“Money money money, must be funny, in the rich man’s hand”…

Il y a quelques semaines, la compagnie d’assurance Discovery a été au centre d’une polémique en Afrique du Sud, au motif de son refus de prendre en charge les frais de suivi de grossesse et d’accouchement d’une de ses clientes. En effet, la quadragénaire, qui avait cotisé pendant une dizaine d’années, avait dû renoncer à son assurance santé (privée) pour des raisons financières quelques mois auparavant. Se retrouvant enceinte, elle a alors rejoint de nouveau le pool des clients de Discovery qui lui annonça que ses frais de suivi de grossesse et d’accouchement ne seraient pas pris en charge, car la grossesse était une condition pré-existante à sa souscription de l’assurance, et que celle-ci n’était aucunement tenue d’en financer les frais médicaux.

Le PDG de Discovery Health s’est même fendu d’une interview dans les journaux pour expliquer que si les assurances en venaient à prendre en charge les grossesses commencées avant la souscription cela mettrait en péril leur rentabilité.

Les questions d’argent ont souvent été présentes dans mes discussions avec les femmes. Et si appartenir aux 15% de privilégiées à bénéficier d’une assurance privée permettait d’avoir plus d’options que le reste de la population, cela ne constituait tout de même pas une panacée. L’avantage d’avoir une assurance, c’est que cela permet d’avoir le choix de son type de suivi et de son lieu d’accouchement. En réalité ces choix sont fortement contraints par plusieurs facteurs, et le facteur économique n’est pas le moindre.

Pour une personne venant d’un pays européen où l’Etat-providence finance et organise le système de soins, et où, même si l’on choisit le secteur privé, le parcours de suivi de grossesse est normé par les recommandations d’instances nationales, la situation sud-africaine surprend. Le suivi de grossesse ne fait pas partie des bénéfices minimum prescrits (PMB) que les assurances doivent obligatoirement rembourser. En revanche les assurances doivent obligatoirement prendre en charge l’hospitalisation de la future mère pour menace d’accouchement prématuré et pour l’accouchement. Le reste est laissé à la discrétion des assureurs.

Pour un certain nombre de femmes de la classe moyenne, c’est à dire percevant un revenu d’au moins 10 000 rands par mois, la question du financement d’un suivi de grossesse et d’accouchement dans une structure privée se pose, les hôpitaux publics ayant très mauvaise réputation. Deux des jeunes femmes que j’ai interrogées avaient eu un suivi privé mais payé à leur frais: l’une libanaise, était rentrée accoucher à Beyrouth, l’autre avait un salaire trop juste pour cotiser à une assurance privée et avait donc provisionné par avance les fonds nécessaires à un suivi de grossesse/accouchement normal soit environ 60 000 rands. Ayant par goût personnel une envie de suivi plus holiste, elle avait opté pour un suivi sage-femme, moins onéreux et peu d’examens complémentaires.

Pour celles bénéficiant d’une assurance privée, la question du suivi médical de grossesse n’était pas résolue pour autant. A première vue, avoir une assurance c’est plutôt souhaitable, mais cela ne met pas les futures mères à l’abri de toute préoccupation pécuniaire. Comme le souligne l’article de Bhekisisa, centre d’enquête sur la santé du Mail & Guardian, les tarifs des consultations et des prestations dans les hôpitaux privés en Afrique du Sud ont connu une inflation galopante ces dernières années, et les conditions de remboursement des quelques cent plans existant sur le marché ne sont pas toujours lisibles…

Lorsqu’on est titulaire d’une assurance privée, il vaut mieux bien éplucher son contrat et savoir ce qui est compris et ce qui n’est pas compris dedans. Une jeune femme de mon panel s’est retrouvée dans la situation de devoir accoucher dans un hôpital public car elle avait souscrit son assurance moins d’un an avant son début de grossesse. Lors de sa déclaration, l’assurance lui avait annoncé qu’elle rembourserait certaines consultations mais pas l’accouchement. Une autre a dû souscrire une assurance complémentaire pour prendre en charge la différence entre ce que lui remboursait son plan et ses dépenses effectives.

“L’assurance était pas top, je devais payer les consultations, j’ai choisi aussi mon gynéco en fonction de ça!”

Pour celles ayant souscrit une assurance santé minimale “key care”, seuls les frais d’hospitalisation étaient remboursés, le suivi en ville étant à payer de leur poche. L’une de mes interviewées avait téléphoné à son assureur pour avoir une idée des médecins pratiquant des tarifs non augmentés et être suivie par l’un de ceux-là, pas trop loin de son domicile. Souvent, les femmes choisissaient plutôt le médecin par recommandation familiale ou amicale, qu’en fonction des tarifs…. et se retrouvaient avec un reste à charge, les gynécologues des “bons établissements” de Johannesbourg se contentant rarement de fixer des tarifs au plafond de remboursement de l’assurance.

“Le problème avec les assurances, c’est que les médecins peuvent avoir des tarifs sept fois supérieurs au plafond de l’assurance pour la consultation. Tu finis par payer la différence… “

Quasiment toutes les femmes interrogées dans la classe moyenne m’ont avoué avoir dû calculer, faire des arbitrages. L’une des jeunes femmes avait la possibilité, chez son gynéco, d’alterner une consultation avec un médecin, et une consultation avec une sage-femme, option qu’elle a choisie car sa grossesse ne montrait pas de complication et que c’était moins onéreux. Mais cette option était disponible dans ce cabinet-là, pas forcément dans d’autres.

L’une a choisi de faire le test non invasif pour les maladies chromosomiques dès le départ et de ne plus faire de test de dépistage prénatal ou d’échographies spécialisées. Une autre n’a pas fait les échographies spécialisées à 12 semaines et 24 semaines parce que cela ajoutait 2200 rands par consultation et qu’elle avait déjà une échographie par mois chez son gynécologue.

Une autre payait de sa poche les consultations et ne les faisait pas rembourser sur son compte-épargne santé en prévision d’éventuels coups durs après la grossesse.

La question du suivi n’était alors pas seulement fonction du/ de la praticien.ne, et déterminée dans un dialogue raisonné avec le/la soignant.e en fonction des préférences des futures mères, et du déroulement de la grossesse, mais aussi en fonction des accommodements financiers possibles.

Curieusement, sans doute parce que comme je l’ai expliqué ailleurs, l’échographie de grossesse remplit un autre rôle que sa seule fonction médicale, aucune femme n’a remis en cause la fréquence des consultations et l’utilisation systématique de l’échographe à chaque consultation, partie facturée en sus de la consultation même si le tout prenait au maximum vingt minutes et pouvait contribuer au dépassement d’honoraires remboursés. Alors qu’aucune recommandation médicale internationale ne reconnaît l’utilité en matière de santé des futures mères et des bébés d’une échographie tous les mois.

En l’absence de PMB, les médecins auraient pu s’inspirer des recommandations du ministère sud-africain de la santé qui régit les hôpitaux et centres de santé publics. Six consultations par grossesse, des examens sanguins (HIV, TB, Rhesus, MST) et d’urine obligatoires, des échographies en cas de détection de signe d’appel. Mais ils semblent plutôt être des adeptes du “plus, c’est mieux”. Et leurs clientes ne protestent que rarement sur le côté pécuniaire. Les femmes ayant changé d’obstétricien (pour un suivi sage-femme) en cours de grossesse l’ont fait pour ne pas se voir imposer de césarienne programmée, et pas pour des raisons financières.

Les assureurs pourraient jouer le rôle de force normative sur le suivi médical de grossesse, en émettant des recommandations, en envoyant des livrets d’information à leur clientes sur les options de suivi médical de grossesse, et en influençant subtilement les médecins, en fonction des recommandations internationales par exemple. Mais ce n’est pas la voie choisie par l’une des représentantes d’un assureur sud-africain qui a accepté de me recevoir. Les recommandations envers les femmes sont plutôt des recommandations en termes de diététique et d’adaptation de leur style de vie. Le coffret qui leur est envoyé lorsqu’elles déclarent leur grossesse se contente de proposer des publicités, des échantillons et des bons de réductions sur des produits pour bébés.

Quant aux pratiques des médecins, elle reste très prudente: “nous ne discutons pas des avantages et des inconvénients des césariennes ou autres examens ou traitements que les médecins prescrivent. Nous devons être prudents, en tant qu’assureurs, notre boulot c’est de payer, pas de contester. Même si on pense qu’un peu plus de dirigisme ne nuirait pas”. L’objectif, plus que d’assurer la meilleure santé à long terme des mères et des enfants, est de préserver la rentabilité des opérations financières. Chacun son métier…

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Stella, prof de yoga prénatal et doula, apôtre de la naissance holistique

J’ai contacté Stella sur les conseils d’une amie qui avait suivi ses cours de yoga prénatal pendant ses trois grossesses. Les doulas sont quasiment inexistantes en France, j’en avais entendu parler par des collègues québécoises, mais je n’en avais jamais rencontré. J’étais donc assez désireuse de faire la connaissance de Stella.

Elle m’a reçue dans le jardin de son studio de yoga, à la fin d’un de ses cours. Nous avons discuté à l’ombre d’un grand arbre dont le tronc noueux rappelé celui des ficus des mythes indiens, bercées par le glouglou d’une fontaine dans le bassin de laquelle nageaient des carpes Koï. Je n’ai jamais entendu parler de yoga prénatal pendant mes grossesses, peut-être n’y étais-je pas sensible. C’était une autre époque, et notre culture du corps est différente de celle des descendants des pionniers qui ont colonisé ce bout du continent africain.

Lorsque j’attendais mes deux derniers, j’ai beaucoup apprécié la préparation en piscine, donnée à la piscine municipale de mon quartier, juste après les séances de bébés nageurs, où il était agréable de respirer et de relaxer nos corps s’alourdissant de femmes gestantes. J’ai pu constater l’effet que ça avait sur mes bébés, particulièrement actifs lorsque je faisais la planche, la nuque et les genoux soutenus par d’affreux mais salutaires boudins en polystyrène. Les exercices de respiration m’ont beaucoup servi. Je les trouvais beaucoup plus compréhensibles que lors de la formation sur la méthode Lamaze que j’avais suivie aux Etats-Unis. Dans les consultations d’obstétrique auxquelles j’ai assisté en tant que chercheuse, lorsqu’on abordait la question de l’activité physique c’était plus pour dire qu’on n’était pas obligée de tout arrêter lorsqu’on était enceinte, que l’activité physique régulière était plutôt favorable, mais qu’il fallait savoir la doser.

La vocation de Stella se confond avec son histoire personnelle. Elle a organisé ses activités autour de l’univers de la naissance. Et d’ailleurs dans notre discussion elle ne fait pas de récit séparé de sa vie personnelle et de son histoire professionnelle, celles-ci sont intimement liées.

Je suis arrivée en Afrique du Sud il y a vingt-trois ans, j’ai grandi en Zambie, où mes parents étaient missionnaires dans un village de brousse. Mon père faisait du développement communautaire dans une zone très rurale. Mon père faisait l’école également, ma mère l’aidait, et servait d’infirmière avec la petite armoire à pharmacie qu’elle arrivait à fournir, mais ils n’avaient pas le contrôle sur grand-chose. J’ai grandi à côté de celle que je considère comme ma seconde mère. Elle travaillait pour mes parents à la mission, elle s’occupait des consultations d’infirmière et de sage-femme à l’hôpital que tenaient mes parents.

Je pense que c’est elle qui a décidé de ma future vocation d’assistante/auxiliaire de naissance. Elle m’a emmenée avec elle en visite avec elle très jeune dans les villages, peut-être à partir de mes huit ans.

Elle était souvent appelée dans les villages, pour aider des femmes qui allaient accoucher. J’ai eu la chance de pouvoir très tôt voir des naissances. C’était un évènement naturel, une affaire de femmes, c’était la communauté des femmes qui prenait soin de la future mère. Il y avait entre trois et cinq femmes autour, et les autres entraient et sortaient pendant que le travail se faisait. Il y avait des femmes assises, en train de discuter, des filles de tous âges qui entraient et sortaient c’était assez agité et plutôt joyeux, et puis, tout à coup, cela devenait silencieux. Ma nounou aidait à récupérer le bébé au moment de l’expulsion.

J’ai grandi dans la brousse, loin de tout hôpital, La naissance y était quelque chose de très naturel. Un petit pourcentage des naissance se passait mal. Mais 90% se passaient sans problème. Le problème a été créé par les hôpitaux des missions, ce sont eux qui ont créé le traumatisme de la naissance. J’ai appris en regardant. J’ai assisté à de nombreuses naissances dans la brousse.

Lorsque j’ai attendu mon premier enfant, il y a vingt ans, j’habitais en Afrique du Sud, je n’avais aucune envie d’avoir une naissance médicalisée comme on la préconisait ici. J’étais allée voir un gynéco à Cape Town qui, dès la première consultation, voulait me faire faire des tas d’examens. Je n’ai pas confiance dans les gynécos. Je connaissais cette sage-femme rurale en Zambie, je suis rentrée pour accoucher en brousse. Mais finalement, elle n’a pas pu m’aider et j’ai accouché seule. Ce n’était pas idéal, j’ai eu des déchirures assez importantes. Lorsque j’ai attendu mon second enfant, je me suis tournée vers une sage-femme ici. Elle rentrait du Royaume Uni où elle avait exercé et elle savait très bien assister des naissances non médicalisées. J’ai dû quand même avoir deux consultations avec un gynéco pour des questions d’assurance, mais sinon elle m’a suivie pour toute la grossesse.

Nous nous sommes très bien entendues. Nous parlions beaucoup. Elle nous posait des questions sur tout, nous demandait comment nous allions, si nous avions fait des rêves à propos du bébé, comment nous envisagions sa naissance. On parlait de nutrition, de toutes sortes de choses. Elle nous conseillait des lectures. Chaque fois que nous lui répondions elle nous écoutait très attentivement, très humblement. Cela nous a beaucoup aidés pendant la grossesse et l’accouchement.

L’accouchement à la maison a été très rapide. La sage-femme est restée une heure et après elle nous a laissés. Pour la naissance de mon troisième, dix ans plus tard, nous avions loué une piscine que nous avions mise dans le salon, mon fils de neuf ans était dans la piscine avec moi pendant l’accouchement. Pour lui, c’était naturel. Il a assisté à tout. On a perdu l’habitude d’assister à la naissance et à la mort de nos proches dans nos sociétés, je trouve ça dommage…

J’ai monté un cours de yoga prénatal. Je recevais des femmes venant de la pratique de cette sage-femme. Elle avait monté un super cours d’éducation prénatale, certainement un des plus complets du coin, mais je me suis aperçue que ça restait de la théorie. Finalement, un grand nombre de ces femmes finissaient avec une césarienne. Tout ce savoir restait au niveau de la tête, il ne passait pas par/dans le corps.

C’est comme ça que j’ai développé mes cours de yoga prénatal, parce qu’il ne faut pas seulement avoir la connaissance, il faut aussi que cela redescende au niveau des hanches. Toutes mes séances ont cet objectif: faire redescendre le savoir au niveau des hanches, ouvrir les hanches, ouvrir le passage pour le bébé. J’ai inventé des mouvements pour leur permettre de visualiser ce qui se passe, la rotation des hanches, pour allonger le psoas, pour le relâcher, sinon le bébé ne pourra pas descendre. Dans la brousse, les femmes n’arrêtent pas de marcher, elle ne s’asseyent jamais sur des chaises, les bébés descendent naturellement. En ville, avec nos modes de vie actuels, alors que nous passons notre temps assises dans nos voitures, sur des chaises ou des fauteuils de bureau, les bébés ne descendent pas. Je veux donner ce pouvoir aux femmes, ce pouvoir de comprendre et de contrôler ce qui se passe pendant leur accouchement, pour qu’elles comprennent les mécanismes de la naissance et qu’elles utilisent cette connaissance sans problème. Elles font 80% du boulot en cours de yoga et les 20% restant pendant le travail. Cela dure moins longtemps et elles ne sont pas exténuées.

J’ai aussi suivi une formation de doula. Il y a plusieurs formations en Afrique du Sud. Il faut compléter un cursus cours plus pratique sur deux ans et justifier d’un certain nombre de suivis, et prendre l’engagement de se recycler régulièrement. La doula s’occupe de la prise en charge émotionnelle de la femme, absolument pas du tout de l’aspect médical, qui est du ressort de la sage-femme ou de l’obstétricien.ne. Je consacre l’équivalent d’une semaine par mois à mon activité de doula. Je n’accepte pas toutes les demandes. Il faut qu’il y ait un “fit” avec la femme et le couple. J’ai monté aussi des séances de yoga et des ateliers pour les couples. Dans la brousse, l’accouchement et la naissance sont des affaires de femmes, les hommes ne sont jamais impliqués. Ici, il faut leur donner des clés pour assister à la naissance. Ca marche plutôt bien. Il y a une demande.

Plus récemment j’ai fait une formation de “craniofascial therapy“, c’est une formation assez longue. Cela permet d’apaiser les tensions des tissus connectifs. Je reçois beaucoup de jeunes mères et des bébés traumatisés après des naissances à l’hôpital. Ces femmes passent par un tel stress! Je reçois aussi des mamans ayant recours à la fécondation in vitro, j’en vois une en ce moment, elle est en phase de traitement, c’est très perturbant pour elle, elle me dit que mes séances lui font beaucoup de bien. Je vois aussi beaucoup de bébés nés après fécondation in vitro… Nos modes de naissance actuels sont vraiment très traumatisants!

PS: Comme je ne comprends pas en quoi consiste la ‘cranio-fascia therapy’, elle m’invite à essayer, elle m’offre une séance d’une heure. Je suis un peu sceptique, mais j’accepte. Je reviens deux semaines plus tard et après une heure de manipulation très douce qui ressemble parfois plus à une imposition des mains qu’à un massage, je me sens étonnamment bien.


Grossesses 2.0 : devenir mère à l’ère du digital… (Devenir mère à Johannesburg, part 8)

Cela faisait quelque temps que j’avais envie de vous faire un petit billet sur ce thème mais ‘La coupe d’Hygie’, excellent blog au demeurant, m’a piqué mon titre pour ce billet, alors j’ai décidé de partager aujourd’hui ma surprise sur la ‘digitalisation des grossesses’. En effet, pour une certaine partie des femmes interrogées, les smartphone et Internet ont pris une place croissante dans le vécu de grossesse.

L’auteur de la Coupe d’Hygie détaille dans son billet pourquoi la très sérieuse FDA (Food and Drug Administration) nord-américaine, vient d’approuver l’application ‘Natural Cycles’ comme une méthode contraceptive efficace (quoique moins efficace que d’autres méthodes: pilule ou stérilet). Avec pédagogie il décortique comment les normes de la FDA construisent l’efficacité d’un contraceptif, à quelles épreuves, pour parler comme une sociologue des sciences, on a soumis ‘Natural Cycles’ pour lui délivrer l’approbation.

Ayant effectué mes derniers terrains en France et au Royaume Uni en 2011, je n’avais pas encore pris la mesure de l’importance d’Internet et des applications parmi les acteurs de la grossesse. Très vite, les femmes que j’ai interrogées en Afrique du Sud, du moins celles qui ont les moyens de disposer d’un smartphone et d’un accès non restreint à Internet ont évoqué leur usage d’Internet et des applications pour smartphones comme alliés de leur parcours reproductif. En effet, les ‘applis’ smartphone en ont aidé plus d’une à éviter les grossesses non désirées pendant leur période en-couple-stable-mais-sans-désir-d’enfant, puis à définir les périodes où elles étaient les plus fécondes lorsque le projet d’agrandir la famille se précisait. Bien souvent ces femmes avaient opté pour  cette contraception moins efficace mais moins contraignante que la pilule* à partir de la stabilisation de leur couple. Pour certaines, cela s’était traduit par une grossesse un peu plus précoce que souhaitée, mais cela a permis à une grande majorité de planifier leur grossesse.

Une fois la grossesse constatée, les jeunes futurs parents étaient en général avides d’informations sur les prochains mois. Un nombre non négligeable de mères m’a avoué avoir beaucoup écumé les blogs et les forums sur Internet, visionné des vidéos sur You Tube, et téléchargé des applications pour comprendre ce qui se passait dans leur grossesse. Pour les anglophones le téléchargement de l’application “What to expect (when you’re expecting)’** était une référence plusieurs fois citée. Les futures mères appréciaient des petites notifications envoyées quotidiennement sur ce qui se passait, de pouvoir s’imaginer les principales étapes franchies, semaine par semaine, par leur futur bébé.

Enfin, une mère m’a mentionné l’application ‘who’s your daddy?’*** grâce à laquelle son mari recevait des informations spécifiques et qui apprenait aux primo-pères à (bien) suivre la grossesse de leur compagne. En l’occurrence, l’application comprenait un espace pour monitorer les contractions et comprendre quand partir pour la maternité, fonctionnalité qui leur avait été utile le jour J.

La ‘digitalisation’ des grossesses est devenue inéluctable pour les femmes des classes moyenne/moyenne supérieure. L’offre en santé connectée ne pouvait passer à côté d’une condition, la grossesse, de plus en plus médicalisée dans les pays développés. La maîtrise de la reproduction peut désormais passer par des moyens non hormonaux, comme en atteste l’homologation de l’application Natural Cycles par la FDA (qui lui reconnaît cependant une efficacité moindre qu’aux contraceptifs hormonaux).

Les diverses applications de suivi de grossesse répondent à un besoin d’information bien naturel des femmes, surtout des primipares. Ce que leurs mères, tantes, dans les années 80 cherchaient dans leurs livres ou auprès de leurs médecins, que leurs grand-mères et grand-tantes apprenaient en lisant Laurence Pernoud, ou par des discussions entre paires, dans les années 60, les ‘digital natives’ des années 2000 en sont informées via Internet ou leur smartphone. Elles peuvent ainsi avoir une idée du type d’exercice qu’elle peuvent faire pendant la grossesse, des types d’alimentation recommandés, et toutes sortes d’autres choses…

Comme pour toute innovation, il y a du bon et du moins bon dans cette ‘digitalisation des grossesses’. Oui, Internet permet de réduire l’asymétrie d’information entre médecin et femme enceinte et c’est tant mieux. En tant qu’observatrice particulièrement attentive de consultations autour de la grossesse (obstétrique, échographie) en France et en Angleterre, sur les vingt dernières années, j’ai pu constater que le partage d’information n’était pas toujours le point fort des échanges patient-soignant. Le flux d’information est souvent dirigé du soignant vers la femme sans que celle-ci ait le temps/la possibilité de poser les questions qui lui tiennent à coeur. Souvent empêtrés dans leur mission de détecter les risques, les soignants ont tendance à oublier que la grossesse n’est pas une maladie, qu’au delà de l’évènement physiologique, il y a aussi une dimension sociale et psychologique qui se joue, au moins aussi importante.

Les femmes que j’ai interrogées à Johannesburg se reposaient rarement sur leur médecin pour obtenir des informations (à l’exception d’une, dont le mari, avocat, venait à toutes les consultations, et auquel l’obstétricien répondait, parait-il, de façon très détaillée, et une autre, sociologue, à laquelle l’obstétricien passait des articles scientifiques). Internet et les copines étaient citées comme vecteur privilégié d’information.  Pour celles qui étaient suivies par des sages-femmes, celles-ci semblaient plus à l’écoute et plus soucieuses de répondre et d’élargir le sujet au delà du physiologique.

Si on peut se féliciter de moyens permettant toujours plus d’accès à l’information, un bémol s’impose toutefois dans le choix de l’application, du forum, de la chaîne You Tube sur lesquels on va rechercher des informations. Comment savoir si ceux-ci seront adaptés à son propre cas et au contexte dans lequel on va donner naissance? Le but de l’information est de préparer les futures mères à pouvoir prendre des décisions quant à leur suivi de grossesse et à leur mode d’accouchement. En l’absence de risque déclaré, une femme devrait pouvoir déterminer ce qui lui convient. L’objectif est que l’accouchement se passe bien pour la mère et le ou les enfants, mais aussi que ce moment permette à la femme de se sentir légitime dans son nouveau rôle maternel et de s’y couler sans trop de difficultés. Il devient alors essentiel de choisir les bonnes sources d’information.

Dans quelle mesure les propositions digitales actuelles y contribuent-elles? Une application ne peut faire de réponses plus élaborées que celles prévues dans ses données. Un documentaire ou une émission de télé-réalité très populaire en Angleterre comme “One Born Every Minute”, ont un certain cadrage, très bien démontré par l’article de de Benedictis, Johnson, Roberts & Spiby.  Les auteures de cette étude relèvent que les représentations des accouchements dans cette série sont à la fois peu diversifiés, montrent des femmes passives à la merci du personnel médical plutôt qu’actrices de leur accouchement. Les personnes présentées étaient majoritairement blanches, de classe populaire ou moyenne en couple hétérosexuel. Dans quelle mesure une maman solo, ou avec une histoire particulière**** peut-elle se retrouver dans les propositions de ces applications? Quelles représentations véhiculent la multitude d’applications disponibles? Vont elles dans le sens des femmes et favorisent-elles leur autonomie?

Une sage-femme libérale dirigeant depuis une vingtaine d’années un cabinet infirmier/centre d’éducation à la santé dans une banlieue de classe-moyenne de l’est de Johannesburg me disait que le nombre d’inscrites à ses cours, très complets (douze fois trois heures entre le pré et le post-natal), de préparation prénatale, baissait d’année en année. A son sens, les jeunes femmes étaient plus attirées par des réponses immédiates et laconiques sur leur smartphones que des sessions de trois heures sur un même sujet laissant la place au questionnement. Cela ne lui paraissait pas de très bon augure quant à leur résistance lors de l’épreuve de fond qu’est souvent un accouchement… et ensuite à l’apprivoisement de la vie avec un bébé! Le cliché Facebook du nouveau-né parfait laisse souvent place dans la réalité à des jeunes parents désemparés et débordés.

Pour la partie des femmes de mon panel habitant dans les townships, la révolution digitale des grossesses n’a pas eu lieu. La démocratisation de l’accès aux informations suppose un Internet accessible. Or, pour ces femmes-là, le prix de la data était un facteur très limitant. Certaines sont parfois allées glaner quelques infos sur Internet mais aucune n’a fait mention d’un recours à des applications qui, de toutes façons, supposent d’être en possession d’un smartphone un peu élaboré, hors de leur portée.

* Mais vous pouvez aussi avoir une appli pour ne pas oublier de prendre votre pilule, elle n’est pas belle la vie?

**équivalent américain du ‘J’attends un enfant’ de Laurence Pernoud

*** “the essential app for first-time dads… written for men by men (with advice from midwives) this apps guides first time dads through their pregnancy with simple daily tips and weekly updates”

**** En France je suis tombée sur ce blog d’une maman noire qui en avait assez de se sentir invisibilisée voire maltraitée par le système de suivi hospitalier…

L’importance d’être patient…

“Madame, il faut que vous rentriez tout de suite! R. vient de tomber d’une échelle, il est enfermé dans la salle de bains, il a très mal, il faut que vous rentriez!”. M ne m’appelle jamais, au ton de sa voix ce lundi-là, je comprends que je ne dois pas traîner.

Je viens de lire ce texte de Marie Ménoret, éminente sociologue de la santé, sur sa récente expérience de l’hôpital (de jour) brésilien. J’ai eu envie de vous raconter mon expérience de l’hôpital à Johannesbourg, une expérience qui m’a “ouvert les yeux” comme disent les anglophones. Marie Ménoret relate dans son billet comment elle a été prise en charge au Brésil pour une pneumonie qui s’était déclarée alors qu’elle y séjournait pour un congrès.

Ayant déjà été affectée à plusieurs reprises, donc à peu près sûre de son diagnostic et du seul remède qui puisse l’en délivrer (une bonne cure d’antibiotiques), elle suit un de ses collègues au centre de santé le plus proche pour ce qui sera, suppose t’elle, une affaire rondement menée. Las, à l’hôpital il faut suivre les procédures et sa maîtrise imparfaite du brésilien et des codes de la santé publique locale la rendent impuissante à comprendre les différents méandres dans lesquels elle est entraînée, malgré la présence à ses côtés d’un local. L’aventure lui fera prendre conscience de la vulnérabilité du patient, et de la difficulté de faire spontanément confiance puisque même une sociologue de la santé dans la situation de patiente peine à donner un sens à son aventure thérapeutique/médicale.

Il se trouve que j’ai eu l’occasion de voir de près un hôpital à Johannesbourg, et que cela m’a ouvert les yeux sur l’origine du mot ‘patient.e’ et sur la vulnérabilité de celui/celle-ci. Ce n’est pas pour moi que je suis allée à Charlotte Maxeke, hôpital universitaire de Johannesburg (anciennement appelé Joburg Gen), mais pour R mon jardinier. Oui, comme l’écrit si bien mon amie Charlotte, sociologue et femme expat dans son blog, vivre en Afrique du Sud, c’est apprendre à vivre avec un/des employé/s de maison, dont l’inévitable jardinier compte-tenu des conditions d’hébergement dans les beaux quartiers de Johannesburg.

Un lundi, en fin de matinée, je reçois un appel de ma ‘helper’, M me demandant de rentrer d’urgence à la maison car R. vient de faire une chute en taillant une haie et qu’il est au plus mal. Quelques instants plus tard, pestant l’idée qui l’avait fait monter sur une échelle alors qu’il pleuvait, je réalise que je dois amener R à l’hôpital car il est courbé en deux, gémit, paraît au bord de l’évanouissement et n’a même pas réussi à se rhabiller complètement, ne pouvant bouger son bras droit. Un coup de téléphone passé à une de mes copines pour savoir où le faire ausculter et je fais rentrer (péniblement car il est recroquevillé de douleur) R. dans ma petite auto et mets le cap sur Charlotte Maxeke, hôpital dépendant de l’université de Wits. Pendant toute la durée du trajet, il garde les yeux clos et gémit/râle doucement. Le moindre relief sur la route ou arrêt un peu brusque au feu rouge lui arrache un soupir. Je n’en mène pas large. J’ai refusé d’appeler une ambulance parce que R est malawite et n’a pas de papiers. Une ambulance aurait pu me le refuser ou l’emmener je ne sais où.

En route, mon esprit est un peu agité: et s’il expire dans ma voiture? Que faire? Profiter d’un arrêt à un feu rouge pour l’y laisser? Comment expliquer aux policiers que bon, c’est mal de donner du boulot aux sans-papiers, mais que mieux vaut un sans-papiers recommandé qu’un local sans références dans une métropole où l’on sait que la sécurité n’est pas assurée et qu’une partie des cambriolages avec violence sont le produit de renseignements venant de domestiques/employés. Et s’il est handicapé à vie? S’il ne peut plus travailler (il a moins de trente ans)… Nous arrivons finalement aux urgences. Le gardien à sa guérite me laisse passer après avoir jeté un coup d’oeil sur R. et me dit qu’après je devrais aller garer ma voiture à l’extérieur. Il pleut, j’essaie de me rapprocher le plus possible de l’entrée, je gare mon auto devant le bâtiment, derrière deux ambulances. Un vieil homme en uniforme vient s’informer, il jette un oeil à R. Il peut marcher? Parce que je n’ai plus de fauteuil roulant pour lui!

Je fais asseoir R. sur un de ces bancs inconfortables en tôle peinte ajourée du hall et je procède aux procédures d’admission. La préposée me demande une pièce d’identité sud-africaine ou le passeport de R. (qu’il n’a pas). Je finis par lui expliquer que R. est malawite et n’a pas de papiers sud-africains. “Alors vous devez nous payer 5000 rands (environ 300 Euros) pour que nous l’examinions, sinon nous ne le prenons pas! C’est la loi pour tous les étrangers” . Elle me désigne ce qui semble être une circulaire imprimée. Je suis prête à payer pour que R. soit pris en charge, après tout, il s’est blessé en travaillant chez moi et ne serait pas capable de régler une telle somme de sa poche. Je tends ma carte bleue. “nous ne prenons pas la carte bleue madame, il faut nous payer en espèces!”. Inutile de dire que je n’ai pas cette somme sur moi, à Johannesburg on peut tout payer par carte et compte-tenu de la réputation d’insécurité de la ville, il est hors de question de se balader avec de grosses sommes d’argent. J’en fais part à la préposée qui me répond: “combien avez-vous sur vous? 1500 rands, ça fera l’affaire, vous payerez le reste la prochaine fois!” et elle prend les billets et me donne un billet d’admission pour R. en me précisant que si celui-ci doit être opéré ce sera, bien entendu, à mes frais.

J’emmène R. aux urgences, une salle donnant sur le hall et dont l’entrée est surveillée par un garde. La salle est remplie de gens, sur des fauteuils roulants, des brancards, en pyjama d’hôpital ou en civil, certains avec des perfusions, d’autres sans rien. Des blouses bleues ou vertes passent, des infirmier.e.s? des médecins? des internes? Je donne le billet d’admission de R. à l’une des trois personnes au guichet autour duquel nous sommes plusieurs, et lui dis qu’il faut faire vite, R. a très mal, il s’est sans doute cassé quelque chose, il souffre c’est évident. La préposée remplit un registre, dit à R. de s’asseoir sur un banc en bois, contre un mur donnant sur un couloir. On va s’occuper de lui me dit elle. Vous ne pouvez pas rester ici, car vous n’êtes pas malade, asseyez-vous dans l’entrée! Je retourne dans le hall d’entrée et en profite pour aller garer ma voiture à l’extérieur. Lorsque je reviens, je passe une tête dans l’embrasure de la porte des urgences. R. est toujours sur son banc, les yeux dans le vague. Il ne semble rien se passer.  Impression de confusion, de ne pas comprendre.

Je vais patienter sur les sièges en tôle perforée du hall d’entrée. Je regarde les gens entrer, sortir. Il y a de plus en plus de monde. Surtout des personnes noires. Quelques blancs, surtout des personnes âgées. Une consultation se déroule dans deux salles vitrées du hall, des consultations de médecine générale? Toutes sortes de gens y viennent, des jeunes, des vieux, des à peu près en forme… Je dois me décaler pour leur faire de la place. Des gens entrent et sortent. Certains vont fumer à l’extérieur, près du vieil homme qui nous a accueillis. Deux heures passent. Je regarde de nouveau dans le hall des urgences. R. est assis sur un fauteuil roulant et lui ont mis une perfusion. Je fais un petit signe au garde et entre le voir. “Alors, qu’est-ce qu’ils ont dit?” “Rien” “Que vont ils vous faire?” “Je ne sais pas”, “Ils ne vous ont rien dit?” “Ils ont dit que j’allais voir le docteur”. Il me dit aussi qu’il a encore mal et qu’on ne lui a pas donné d’anti-douleur. Il ne gémit plus, semble las et résigné. Je retourne m’asseoir.

Les consultations ne désemplissent pas, le défilé continue. Je trouve le temps long. Je lis sur mon smartphone, essaie de trouver une nouvelle position pour soulager le bas de mon dos et mon postérieur qui commencent à trouver le métal un peu dur. Je fais les cent pas dans le hall. Je finis par demander à un monsieur dans la file d’attente où il a trouvé son café, je n’ai pas déjeuné et mon estomac, bien que noué, ingurgiterait bien un truc sucré. Il m’indique la cafétéria, quelques étages au dessus, sur l’artère la plus passante de l’hôpital. Charlotte Maxeke est une véritable institution et un vrai labyrinthe, ses quatre tours dominent l’une des collines de la ville. Je finis par trouver des ascenseurs, et la cafétéria assez cafardeuse. Quelques tables et des chaises en plastique où des familles viennent partager un café avec un parent hospitalisé (reconnaissable à son pyjama). La cafétéria donne sur une cour en béton peu attirante bien qu’elle soit un puit de lumière naturelle. Rien pour m’encourager à m’y asseoir, je récupère un cappuccino et retourne près du hall des urgences.

Mes batteries rechargées, il doit être pas loin de 16h30, nous sommes arrivés avant 12h30 je passe une tête aux urgences, R. n’est plus là. Je demande au guichet ce qui lui est arrivé. Une préposée me répond que les infirmières l’ont emmené et qu’elles devraient le ramener incessamment. Je repasse en salle d’attente. Les consultants se font plus rares. Je me demande ce que je fais ici, me sentant totalement impuissante à faire quoi que ce soit. Une demi-heure plus tard R. est de nouveau là sur son fauteuil roulant.

Je lui demande ce qu’on lui a fait: rien. Si on lui a donné un antidouleurs. Non. Je m’indigne, je prends à partie la personne au guichet. Cela fait quatre heures que R. attend, il a un mal de chien, c’est une urgence, et il n’a toujours pas été vu par un médecin! Mais si me dit la personne du guichet, il a été vu! Mais pourquoi ne lui a t’on rien dit? Qu’a t’il? Que va t’on lui faire? Quelle est la suite des évènements? Il faut demander au médecin qui l’a vu! Justement, elle est là! Et elle me désigne une jeune médecin d’origine indienne. Je la salue et lui dis que je suis venue avec R, qu’il aimerait bien savoir ce qu’il a et ce qu’on va lui faire. Elle me répond qu’on lui a déjà fait une radio, identifié qu’il avait la clavicule cassée avec un déplacement des deux morceaux de l’os. Qu’il fallait l’opérer pour rabouter les deux bouts mais que cela demandait de faire une IRM avant pour s’assurer qu’il n’y avait pas de gros vaisseaux sanguins sur le chemin. Dans ce cas pourquoi ne pas lui avoir dit? Elle ne répond pas à ma question, mais je l’entraîne vers R. pour qu’elle lui ré-explique. Je reste auprès de R. et demande si on a une idée de quand aura lieu l’IRM – dès qu’on a un créneau- et l’opération -dans la foulée. Je demande à R. s’il a compris, il me fait oui d’un air las.

Je décide que je peux le laisser. Je lui demande s’il a besoin de quelque chose. Du crédit pour son téléphone. Je retourne à la cafétéria, lui récupère un coupon de “airtime” quelques chips, des biscuits et du coca. Je passe lui donner aux urgences en lui demandant de m’envoyer un texto pour me prévenir lorsqu’il passera au bloc. Je rentre totalement lessivée à la maison.

Le lendemain, à 18h00, je n’ai toujours pas de nouvelles de R. Je laisse plusieurs messages. Silence radio. Il m’appellera le surlendemain soir, avec une bonne voix, me racontant que tout s’est bien passé, qu’il est passé sur le billard mardi dans la nuit et qu’il est maintenant dans le service de chirurgie où on le traite bien. Il sortira quelques jours plus tard et pourra reprendre le travail un mois après.

Le billet de Marie m’a ramenée à ce lundi et j’y ai retrouvé la même impression de non-maîtrise et de manque de lisibilité de la situation. Qui sont ces gens en blouse? Quel est leur rôle, à laquelle s’adresser? Le passage à Charlotte Maxeke m’a ré-appris l’étymologie du mot patient.e. Cet épisode m’a aidée à mieux comprendre ensuite les histoires des femmes que j’interrogerais dans les townships. Se faire soigner, dans un hôpital public sud-africain, c’est attendre beaucoup, c’est se voir imposer une temporalité sur laquelle on n’a aucune prise (enfin dans le cas des femmes accouchant devant les agent.e.s d’admission, elles finissent par agir sur leur prise en charge, mais à quel prix!).

Mes interviews  montrent que le manque d’explications au patient sur son état et sur sa prise en charge médicale n’est malheureusement pas exceptionnel. L’urgence ne semble jamais être l’information ou la réduction d’asymétrie d’information entre soignant et patient. Il y a quelques mois R. a été sévèrement tabassé un week-end à Diepsloot, le township où il réside. Il a été hospitalisé à Thembisa (seul hôpital acceptant de le prendre sans payer où des amis l’ont emmené), lorsqu’il est sorti au bout de quatre jours, les médecins ne lui avaient pas donné une idée des lésions qu’il avait (tympan crevé, vaisseaux des yeux explosés, divers hématomes), du temps normal de guérison pour ces lésions, et du délai après lequel il faudrait s’inquiéter si tout n’était pas revenu à la normale. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que le premier recours en cas de problème de santé non urgent ne soit pas l’hôpital/ les cliniques de townships bondées où le personnel soignant rabroue les malades.

 

 

 

 

Adieu, veau, vache, cochon, couvée?*

Lorsqu’on vit au long cours à Johannesburg, qui est une mégalopole mondiale, ancrée dans la modernité, une “world class city” comme s’en enorgueillit régulièrement le maire de la ville, on peut parfois oublier qu’on est aussi dans une ville profondément ancrée en Afrique. Et puis… et puis il y a de ces petits évènements du quotidien qui vous ramènent sur le continent, et c’est tant mieux. Il y a quelque temps j’ai été transportée de joie par un texto publicitaire. Celui-ci me proposait de m’enrôler dans une loterie en ligne pour gagner… je vous le donne en mille… un voyage aux Seychelles? une voiture de luxe? un bijou de prix? que nenni! la loterie me proposait tout simplement de gagner… une vache! A vrai dire, une vache ou son équivalent en espèces sonnantes et trébuchantes, mais ce détail m’a réellement mise de bonne humeur. D’habitude on me propose plutôt une assurance funérailles, nettement moins drôle vous en conviendrez! (J’ai évoqué le sujet de l’importance culturelle des funérailles ici). Comment expliquer ce gros lot extraordinaire aux yeux européens?

Bien qu’on en voie assez peu en ville, la vache tient une place à part dans la vie quotidienne et l’imaginaire sud-africains (et africains). Le nom générique des trois tribus les plus nombreuses d’Afrique du Sud (Xhosa, Zulu et Swati): les tribus “Nguni” est aussi celui donné à l’espèce de bovidé domestique la plus commune en Afrique Australe dont l’arrivée dans la région est supposée coïncider avec les migrations bantoues entre 600 et 1400. Posséder un cheptel est un signe de respectabilité voire d’opulence pour un certain nombre de peuples africains. Les vaches servent de monnaie d’évaluation du prix de la fiancée (lobola) dans une grande partie de l’Afrique Australe, j’en ai parlé ici. L’an dernier, la lobola payée par la famille Zuma pour le (second) mariage d’un de ses fils avec Ziyanda Dlamini, une fille de la famille royale swatie a défrayé la chronique, comportant entre autres espèces sonnantes et trébuchantes, pas moins de 120 têtes de bétail!

Ce n’est sans doute pas un hasard complet si l’artiste sud-africaine Nandipha Mntambo a choisi le thème de la peau de vache nguni pour sa première expo en solo au tout nouveau Zeitz-MOOCA à Cape Town, dont elle a fait des sculptures féeriques.

Posséder un cheptel nombreux est encore aujourd’hui un signe de pouvoir, même pour des familles dont le revenu et/ou la subsistance ne dépendent plus de la taille du troupeau. Ainsi, les deux derniers présidents du pays ont fait la une des journaux cette année pour des actualités relatives à leurs troupeaux. Jacob Zuma a été mis en cause très récemment pour avoir accepté de recevoir en cadeau de Supra Mahumapelo, numéro Un de la province du North-West, un troupeau dont la valeur est estimée à 1,5 millions de rands. L’ennui c’est que ce troupeau était au départ destiné aux fermiers noirs démarrant un élevage. Le troupeau est hébergé à Nkandla, propriété célèbre de la famille Zuma, mondialement connue pour sa piscine anti-feu et son poulailler financés par l’argent du contribuable sud-africain aux motifs d’amélioration de la sécurité de la résidence. L’histoire ne dit pas s’ils ont monté un élevage de la même espèce d’oies que celles qui protégèrent naguère le Capitole romain des invasions puniques.

Quant à Cyril Ramaphosa, c’est la publication d’un beau livre  de table basse “Cattle of the ages” commandé au photographe Daniel Naudé et dont il a écrit les textes à la gloire des vaches Ankole. Il partage la passion de cette belle race ougandaise qu’il a eu le privilège d’introduire en Afrique du Sud et dont il possède maintenant un très photogénique (et lucratif) troupeau, avec ses homologues Yoweri Museveni d’Ouganda, et Paul Kagame du Rwanda. Espérons que cette passion commune n’inspirera pas au président Ramaphosa l’idée de les imiter en matière de réformes constitutionnelles. Le président Museveni aligne un nombre record de réélections depuis 1996 (il a pris le pouvoir en 1986), et souhaite modifier la loi pour pouvoir être réélu une fois encore. Le président Kagame, qui aurait fait un excellent travail au Rwanda au demeurant, a quant à lui fait modifier la constitution de son pays en décembre 2015 et voter un texte qui lui permettrait de gouverner le pays jusqu’en 2034 ce qui lui a valu une chute de popularité immédiate parmi les puissances occidentales… Il nous reste à souhaiter ne laisse pas “gros Jean comme devant”, comme l’écrivait l’auteur de la fable, le peuple sud-africain porteur de l’espoir d’une “aube nouvelle”.

*Jean de Lafontaine, “La Laitière et le Pot au Lait”

Fin de partie en vue pour Jacob Zuma?

Encore une folle semaine politique au pays de Mandela. L’évènement le plus commenté en a été la remise à une date ultérieure du discours sur l’état de la Nation sud-africaine que devait prononcer Jacob Zuma le jeudi 8 février. Le 31 janvier, Mnusi Maimane, leader de l’Alliance Démocratique (DA) avait écrit à Baleka Mbete, numéro Une du parlement, pour lui demander de reporter le SONA (State Of the Nation Address) jusqu’à ce que l’Afrique du Sud soit dotée d’un nouveau président. Tout ce que pourrait prononcer un Jacob Zuma affaibli par les affaires de corruption et la victoire de Cyril Ramaphosa à la conférence nationale de l’ANC en décembre 2017, n’aurait aucun sens. Pourquoi dépenser des millions de rands dans une cérémonie qui aurait pour point central un discours vide ? L’EFF promettait, comme les années précédentes des démonstrations de force… un petit rappel ci-dessous de la houleuse rentrée parlementaire, deux mois après la publication du remarqué rapport de la Public Protector sur le “State Capture” qui insistait sur la corruption à grande échelle sévissant au plus haut niveau de l’état sud-africain.

Baleka Mbete a sagement reporté sine die les célébrations. En effet, le discours qui marque l’ouverture du Parlement et du Conseil National des Provinces pour l’année, marque le début de réceptions d’officielles de toutes sortes, diplomates et membres de l’élite économique et politique sud-africaine.

L’annonce que le discours ne serait pas prononcé jeudi 8 Février comme prévu, car les conditions d’une ouverture du parlement dans une certaine sérénité n’étaient pas réunies, a fait repartir les rumeurs de prochaine démission de Zuma. L’exécutif de l’ANC s’est réuni longuement tout le week-end dernier à la résidence du président de la république à Pretoria pour discuter d’un éventuel retrait de Zuma, conformément au souhait du nouvel exécutif de l’ANC. On aurait presque aperçu les vautours voler en cercle au dessus de Mahlamba Ndopfu, la résidence des présidents sud-africains à Pretoria.

Mais rien n’y a fait. Le rusé Jacob ne semble pas pressé de laisser son poste. Chacun y est allé de son pronostic. Il négocierait un parachute doré, demanderait des garanties sur son impunité, etc. Toujours est-il que personne n’a pu lui faire entendre raison. Il est encore dans la place et compte bien y rester. Il ne partira pas contraint et forcé mais quand il l’aura décidé. Les partis d’opposition ont promis un blocage national si Jacob Zuma prononce le SONA. Julius Malema, qui a été un des plus fervents supporters de Zuma lorsque celui-ci a obtenu la peau de Thabo Mbeki en 2007, a juré de mettre fin à la présidence Zuma. Une motion de censure a déjà été déposée pour le 17 février, et une journée nationale d’action de l’opposition à Zuma est prévue pour le 22 du même mois. Tout cela laisse de marbre l’occupant des Union Buildings.

La menace judiciaire se précise, une nouvelle bataille sur les 783 charges de corruption qui pèsent contre Zuma a été perdue par ses avocats. Une enquête sur le State Capture devrait être ouverte sous la houlette d’un juge indépendant. Le comité exécutif voudrait éviter la honte de l’impeachment ou du procès pour corruption alors que Zuma est encore en place, mais comment lui faire entendre raison? Lui forcer la main reviendrait à braquer les soutiens que uBaba possède encore dans le parti qui ne peut pas se payer le luxe d’une hémorragie de cadres en prévision des élections de 2019. Laisser traîner la situation peut également faire paraître comme déjà affaiblie la nouvelle direction de l’ANC et ternir l’aura dont peut bénéficier Cyril Ramaphosa dans l’élite économique du pays.

Bref, on aurait tord de vouloir enterrer trop vite uBaba décidément rompu aux manoeuvres politiques. La formule qui résume le mieux l’impasse politique du moment en Afrique du Sud est celle qui figure sur la couverture du Mail & Guardian de cette semaine: “He’ll go now-now” (c’est à dire, quand il le voudra). Pour les non initiés, lorsqu’un interlocuteur sud-africain vous annonce qu’il vient “now-now” ce n’est pas forcément une bonne nouvelle, cela annonce un futur éventuellement proche… ou pas!

L’univers impitoyable des zama zama…

Les zama zama font régulièrement parler d’eux dans les quotidiens locaux. Je ne m’étais jamais réellement intéressée à eux avant un fait divers sordide survenu la semaine dernière dans “l’informal settlement” de Cloverdene à Benoni, à l’ouest de Johannesburg. Sept corps de morts par balles pourrissant au soleil ont été retrouvés dans un terrain vague et identifiés comme des zama zama, des mineurs clandestins, faisant craindre la reprise d’une guerre entre différents groupes rivaux. Les craintes ont été ravivées par les meurtres, quelques jours plus tard, de quatre femmes apparentées aux victimes alors qu’elles préparaient leurs funérailles. Depuis 2015 la police d’Ekhuruleni aurait dénombré plus de quarante meurtres liés à la guerre des zama zama sans avoir la moindre piste quant aux responsables des tueries. Il faut dire que le manque d’efficacité de la police sud-africaine confine à la légende, et que redresser les torts faits aux zama zama, comme des habitants des townships en général est probablement le cadet de ses soucis.

Les zama zama (“essaye, essaye” en zoulou) font partie des recalés de l’histoire, des invisibles victimes des abandons progressifs des anciens sites miniers. Ils sont, comme l’a formulé joliment une journaliste de Business Day, au fin-fond de la chaîne alimentaire de l’activité minière illégale. Ils sont en grande majorité étrangers, venant des pays avoisinants: Mozambique, Zimbabwe, Malawi, Lesotho, Swaziland pour travailler. Ils se sont trouvés coincés quand les mines ont fermé. Ils sont une conséquence du désinvestissement continu dans l’activité minière et révèlent une partie sombre de la vie de ce pays, une réalité clandestine dont on ne prend conscience périodiquement qu’avec les entrefilets dans les journaux.

On trouve des zama zama partout où il y a des mines désaffectées ou des gisements non exploités. Autour des gisements de chrome dans le Limpopo, dans des anciennes mines de charbon du Mpumalanga, et bien sûr tout autour des restes de ce fameux filon d’or découvert en 1886 sur le plateau du East Rand qui allait accueillir l’incroyable développement de Johannesburg. La géographie de la ville, pour peu qu’on s’y intéresse où même si l’on en déploie simplement un plan de papier révèle une quantité impressionnante de poches de terrain non construit et clôturé, ce sont les anciens puits de mine rendus théoriquement inaccessibles lors de la fin de leur exploitation industrielle, mais auxquels les zama zama trouvent toujours un moyen d’accéder. Lorsque la presse ne fait pas état de la guerre des gangs de zama zama, elle rapporte des opérations de sauvetage dans les boyaux des mines, par les bénévoles du MRS (Mines Rescue Service)…

Les témoignages des zama zama que l’on peut lire montrent que le choix de leur activité est un choix par défaut. Avec un taux de chômage officiel avoisinant les 40% en Afrique du Sud, il ne faut pas faire le/la difficile pour pouvoir gagner sa pitance quotidienne. Descendre dans les entrailles de la terre et essayer d’en arracher quelques éclats d’or paraît une alternative convenable. Il faut bien sûr du cran, pour circuler/ramper et travailler dans des conditions rudimentaires, dans ces boyaux mal entretenus, parfois inondés, où rendus difficiles par les éboulements, (plus de 16 000 kms de galeries sous la Witwatersrand Belt selon Greg Mills), avec les risques d’effondrement que cela comporte. Il faut aussi payer la “sécurité”/protection, des gangs qui se disputent férocement les accès aux galeries et prélèvent leur dîme sur les mineurs clandestins, soit en quantité de sable à tamiser, soit en espèces sonnantes et trébuchantes. Avec près de dix fois moins de zama zama que de mineurs employés officiellement dans les mines d’or en activité (15 000 contre 120 000), on dénombre deux fois plus de morts pour l’exploitation illégale des anciennes mines. On meurt tôt quand on est zama zama…

Les revenus ne sont pas non plus mirobolants, même si la valeur pour 2015 des 8 tonnes d’or extrait par les clandestins au total est estimée à 400 millions de dollars, les zama zama ne sont payés que la moitié du cours de l’or au gramme par des intermédiaires qui le cèderont à des revendeurs possédant une licence.

L’importance du nombre des zama zama vient de la désindustrialisation et du désinvestissement dans le secteur minier depuis la chute de l’apartheid. L’Afrique du Sud représentait 40% de la production mondiale d’or à la fin des années 80, elle n’en était plus qu’à 5% en 2016, le nombre de mineurs ayant été quasiment divisé par deux. Cette chute n’est pas due aux réserves aurifères qui restent parmi les plus importantes au monde, mais aux difficultés d’extraction des actuelles réserves d’or, qui demanderaient des investissements importants, et une charte du secteur minier très défavorable aux investisseurs qui n’ont pas voulu prendre de risque. Ce qui a résulté en une fermeture des mines et à des licenciements massifs.

Comme dans l’étude de la chercheuse Sarah Mosoetsa dans deux townships du Kwazulu Natal ayant subi de plein fouet la désindustrialisation post-apartheid, la seule ressource restant aux travailleurs licenciés et ne disposant pas d’autres sources de revenus, est de s’engager dans une activité économique informelle. L’activité informelle choisie est rarement très différente de celle exercée dans leur activité formelle antérieure. Un certain nombre de femmes des townships étudiés, travaillant auparavant dans le textile avaient acquis une machine à coudre pour revendre leurs services comme couturières. Pour les ex-mineurs du Witwatersrand, l’extraction clandestine devenait l’issue la plus évidente, les laissant à la merci des gangs et des risques d’une activité dans les marges.

Quelle(s) solution(s) au problème des zama zama?

En août 2017 des zama zama ont marché sur le département des Mines à Pretoria pour demander la légalisation de leur activité d’extraction, la création d’un statut de mineur indépendant, qui finalement reproduirait le schéma des premiers arrivés sur l’East Rand avec leurs pelles et leurs pioches pour commencer ce qui ferait la fortune de Johannesburg, bientôt confisquée par les Randlords.

Mais cette proposition se heurte à une charte de l’industrie minière très rigide, et impliquerait d’imaginer ce que pourrait être le statut de ces travailleurs indépendants et comment réguler une activité dangereuse à la fois pour les mineurs et les riverains? Les remblais des précédentes exploitations et les dépôts d’eau teintée du mercure utilisé par l’industrie pour agréger l’or rendent durablement inhabitables et impropres à la culture des pans entiers des abords de Johannesburg.

Par ailleurs, ces travailleurs étant en majorité des migrants des pays voisins, l’état sud-africain, comme la police, n’ont pas vraiment de motivation à trouver des solutions. Leurs états d’origines, englués dans leur problèmes économiques et politiques sont tout aussi inefficaces à protéger le sort de leurs ressortissants à l’étranger…

Le problème des mineurs/orpailleurs clandestins n’est pas unique, peut-être serait-il intéressant de voir comment d’autres pays ont essayé d’y répondre?

En guise de conclusion, une superbe chanson du regretté Hugh Masekela, décédé ces jours-ci, qui parle du sort de ces mineurs étrangers pour qui le train à vapeur qui les emmenait travailler sur les mines de l’East Rand symbolisait la séparation avec leurs familles…

* L’image utilisée en illustration de ce billet est une réinterprétation personnelle d’une peinture de Sam Nhlengetwa, artiste sud-africain que j’apprécie beaucoup pour la justesse de sa dépiction de l’univers des petits travailleurs de Johannesburg.