Molefe, Mo le fait pas?

Le dernier hashtag à la mode sur les réseaux sociaux sud-africains ces deux dernières semaines, c’est #lifeofbrian . On y trouve un nombre de tweets souvent assez comique sur une situation politique qui n’incline pas à la mélancolie…

Nous avons laissé Brian Molefe, en novembre dernier, après la publication du rapport sur la “State Capture”, pleurant en conférence de presse, et inventant un “shebeen” à Saxonwold (lieu de résidence des Gupta) où il aurait passé du temps, à l’insu de sa femme. Un peu éclaboussé par le scandale, il décidait quelques jours après la parution du rapport, de donner sa démission, pour ne pas nuire à la réputation et au bon fonctionnement d’Eskom (également surnommée Eishkom), la compagnie publique d’électricité. Cette attitude avait été saluée comme un exemple de responsabilité, dans un pays qui n’y est guère habitué (relire les précédents posts).

 

En janvier dernier, Brian Molefe refaisait parler de lui alors que l’ANC du North West était en ébullition puisque Papa Zuma avait demandé à un des parlementaires de cette province de démissionner pour laisser sa place au pauvre Brian, privé de moyen de subsistance depuis sa démission (enfin presque puisqu’il devait toucher comme bonus de départ 30 millions de rands comme retraite anticipée). Brian devint donc parlementaire, et nombre de pronostiqueurs se virent fort surpris lorsqu’il ne décrocha pas le ministère des finances au moment du houleux remaniement qui coûta son poste à Pravin Gordhan et précipita la dette de l’Etat sud-africain au statut de junk bond. Quelques cadres de l’ANC auraient émis (pour une fois) quelques réserves.

Voilà donc Brian Molefe, prêtant serment devant Mbaleka Mbete, numéro un du parlement en janvier, frais et dispo comme un écolier lors de la rentrée des classes. Tout semble rentré dans l’ordre quand soudain, le 12 mai dernier, nouveau coup de théâtre, Brian Molefe démissionne du parlement pour reprendre sa place chez Eskom, tranquille, comme si rien ne s’était passé. La nouvelle ne passe pas inaperçue. Quelles mouches ont piqué Brian et ses amis du conseils d’administration de la compagnie d’électricité? Quel sont les motifs d’un tel revirement? Monsieur de la Rochefoucauld (non pas Maxime, l’autre!) l’avait bien dit: “c’est l’intérêt qui guide le monde”. Tout est (bien sûr) une histoire de gros sous…

Parmi les explications successives et embrouillées de Brian, d’Eishkom et de Lynn Brown, ministre des entreprises publiques, quelques pistes. Brian Molefe avait démissionné, pour “ne pas nuire à la gouvernance” de l’entreprise publique, pensant faire jouer la clause de retraite anticipée qui lui assurait un versement confortable de 30 millions de rands (environ 2 millions d’Euros) malgré les seulement dix-huit mois qu’il avait passé à la tête de l’entreprise publique. Las. Il n’avait pas assez bien lu son contrat. Il ne remplissait pas les conditions d’âge pour la retraite anticipée. Brian n’entendait pas pour autant renoncer au pactole (sans blague: honnête et fauché, c’est pas franchement une position enviable dans ce pays).

Il a donc engagé des discussions avec le conseil d’administration, qui avait justement du mal à le remplacer, bien qu’ayant rendu publique (comme exigé par la loi) la vacance de poste et recherché activement un successeur. Le faisant office de CEO était récemment embourbé dans une affaire de favoritisme, de contrats accordés pour une somme dépassant le milliard (!) de rands à un société dont il ignorait que sa belle-fille était mandataire sociale. Bref, début mai, les discussions aboutissent à la démission surprise du Parlement et, le 15 mai à la réinstallation de Molefe dans le fauteuil qu’il avait quitté six mois auparavant. Il est accueilli en véritable rock star au siège d’Eish!kom  lors de son retour… Vous imaginez Jean-Bernard Levy qui serait allé faire un tour ailleurs pendant six mois, accueilli comme ça Avenue de Wagram?

Malheureusement pour lui, ce retour au bercail n’est pas passé inaperçu. La ministre Lynn Brown a été convoquée à Luthuli House (le siège de l’ANC) pour s’expliquer devant les autorités du Parti sur cette décision, qui si elle arrange les affaires de Zuma et de ses amis Gupta, notamment sur le deal portant sur la construction d’une centrale nucléaire a rencontré des réticences chez les non guptaphiles. L’opposition a déposé le 15 mai devant la Haute Cour de justice du Gauteng une interdiction du retour de Molefe aux manettes d’Eskom. La ministre des entreprises publiques a vaguement toussé que, comme le package départ anticipé à la retraite ne fonctionnait pas, il était bien moins coûteux pour l’entreprise publique de réinstituer l’impétrant que de lui payer, sur les deniers de l’entreprise (puisque le fond de pension avait refusé la demande) les 30 millions de rands auxquels il estimait avoir droit. Cette explication n’étant pas suffisante, l’impétrant ajoutait qu’en fait, il n’avait pas vraiment démissionné, mais pris des congés sans solde. Congés pendant lesquels, bien sûr, il avait trouvé amusant de se faire nommer au parlement. L’ennui c’est qu’on ne peut pas être à la fois parlementaire et détenir un poste dans une société publique… Bref un imbroglio qui a connu un nouvel épisode hier (le 23 mai) en attendant la décision de la Haute Cour, avec une commission parlementaire ad hoc réunie pour entendre les explications de la ministre très surprise par le niveau d’hostilité rencontré par cette décision… Inutile de dire que la ministre n’a pas convaincu ses contradicteurs, au premier rang desquels l’ex-ministre des finances Pravin Gordhan, du bien fondé de sa décision.

Seul l’avenir (et la Haute Cour) nous dira si Brian Molefe peut légalement reprendre le chemin de son bureau (et prétendre aux gratifications salariales qui vont avec). On n’est pas à l’abri d’un énième retournement de situation, mais les tensions au sein de l’ANC et les passes d’armes pour la succession de uBaba Zuma laissent présager une fin d’année agitée…

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Mort pour une poignée de tournesols…

Depuis près d’un mois, une petit bourgade de la province du North West, nommée d’après un célèbre huguenot français, Coligny, connaît des manifestations quasi-quotidiennes et réactive les tensions raciales dans le village. Des magasins du village et des maisons appartenant à des blancs ont été saccagés et pillés, mais les habitants continuent à manifester. Ce qui a causé ces tensions? La mort le 20 avril, d’un adolescent noir de dix-sept ans, Matsomola Jonas Mosweu, qui avait été pris par deux fermiers blancs en train de voler des tournesols dans un de leur champ. Ce qui s’est passé après est peu clair, mais le jeune homme a été retrouvé mort, sur le bord d’une route, probablement après être tombé (ou s’être jeté?) de la benne du bakkie (le terme local désignant les pick-ups).

Les circonstances de la mort doivent être éclaircies par la justice, mais le premier juge (blanc), craignant pour la sécurité de la famille s’est récusé. Le second (noir), qui a demandé à la famille de la victime d’être présente à l’audience pour expliquer sa décision, a accordé aux deux accusés la liberté sous caution le 8 mai, arguant que les résultats de l’autopsie n’étaient pas connus, que le témoin n’avait pas formellement identifié les deux hommes, ni la victime. Ce jugement a satisfait les familles des deux hommes libérés, mais augmenté la fureur des habitants de la petite ville. Certains ont saccagé les magasins de la rue principale de la bourgade, d’autres ont brulé des pneus sur les routes menant aux fermes, d’autres ont mis le feu à plusieurs maisons appartenant à des blancs.

Les incidents ont vite fait remonter les tensions entre blancs et noirs de la ville rouvrant des plaies à peine refermées.

Pas sûr que les réactions des politiques locaux aident à résoudre quoi que ce soit. Certains responsables politiques (notamment de l’ANC), jouent les pompiers pyromanes, n’hésitent pas à proclamer que l’apartheid existe toujours à Coligny, ignorant superbement que leur parti est au pouvoir, que c’est lui qui a mis fin au système, et que s’il y a un échec de la réconciliation entre communautés, il faudrait au moins que le parti qui tient les rênes depuis vingt quatre ans en prenne sa part. L’EFF, qui a manifesté récemment à Coligny, reproche aux autorités et notamment aux forces de police et à la justice, d’accorder beaucoup plus de crédit et d’attention aux faits mis en avant par les blancs que lorsqu’ils sont approchés par des noirs pour le même type de plainte. Un reproche qui est exprimé assez fréquemment aux détenteurs de l’autorité publique. Le seul témoin de la scène de crime a dû se faire accompagner par une représentante EFF du North West pour que sa déposition soit prise en compte, aboutissant à l’arrestation des deux fermiers.

Quelle signification accorder à ces évènements? Les responsables politiques nationaux ont évité de se mêler de l’affaire qui suscite quelques commentaires dans les journaux et les sites d’information en ligne. L’affaire fait moins les gros titres que les énièmes pitreries des gens au pouvoir, la dernière en date étant la réinstallation dans son ancien poste de l’ancien directeur d’Eskom, Brian Molefe, dans un coup de théâtre dont seule l’Afrique du Sud a le secret.

On pourrait considérer que Coligny est juste une de ces petites bourgades enflammées par un fait divers et que tout cela va se calmer et rentrer dans l’ordre. Après tout, les protestations sont nombreuses en Afrique du Sud. Environ 2000 manifestations sont recensées par an, depuis 2014, en augmentation par rapport à la période précédente (1997-2013) où il y en avait en moyenne 900, et concernent surtout les townships ou des villages abandonnés dont les habitants veulent signaler le manque de “service delivery”. Ces manifestations témoignent de l’état d’abandon dans lequel se trouvent les campagnes ou les périphéries des villes sud-africaines, dont les habitants noirs se sentent laissés pour-compte, et questionnent leur participation à une démocratie qui ne semble fonctionner que pour les riches.

Coligny ressemble à nombre de petits villages ruraux du North West. Une rue principale avec des magasins, des maisons éparpillées le long de la route, qui se détache sur la terre rouge et sèche des bas-côtés, des fermes appartenant à des Afrikaners, souvent signalées par un portail et les noms des propriétaires, un township qui s’étend avec des “shacks” en tôle, et des cubes en parpaings entassés les uns près des autres. Les promesses de l’ANC de donner à tous une maison et l’accès à l’eau, l’électricité et à des toilettes, n’ont pas été remplies. Le raccordement à l’électricité est problématique, parfois les habitants ont accès à des systèmes d’électricité prépayée, mais ils n’ont pas les moyens et bidouillent. Certaines maisons n’ont pas d’eau, pour les habitants des shacks, il y a souvent des lignes de toilettes sèches, au bord des townships.

Avec un salaire journalier de 105 rands (7,5 €) pour un journalier agricole, pourvoyant souvent aux besoins de cinq personnes, pas de terrain permettant un petite agriculture de subsistance*, pas d’eau pour irriguer la terre sèche, les habitants ne mangent pas toujours à leur faim. Comme le souligne l’économiste de l’agriculture Tracy Ledger, si personne ne meurt de faim en Afrique du Sud, la capacité à se nourrir est plus dépendante de la proximité d’un supermarché que de celle des lieux de production  agricole. Très souvent, il est plus économique pour une famille pauvre de se nourrir de chips et de soda hyper sucrés que de “mealie meal” (sorte de polenta qui constitue l’aliment de base des sud-africaines), de poulets et de légumes. Le prix du “mealie meal” aurait augmenté de plus de 30% l’an dernier alors que l’inflation générale était autour de 7%.

Le champ de tournesols se trouve de l’autre côté du township. La barrière entourant le champ a été volée. Les habitants du township ont pris l’habitude de couper à travers champ pour circuler. Notamment les jeunes qui vont au lycée dans la ville voisine en effectuant vingt kilomètres à pied lorsque les bus ne fonctionnent pas ou qu’ils n’ont pas les moyens de payer le transport. Les chapardages d’épis de maïs et de fleurs de tournesol sont nombreux ce qui excède les fermiers qui n’hésitent pas à attraper les voleurs pris en flagrant délit et à les amener au poste de police.

Le 20 avril, c’était les vacances scolaires, les parents de Matsomola Jonas Mosweu le croyaient chez des amis dans une ferme où il avait l’habitude d’aller. Il a trouvé la mort dans un champ de tournesols…

*Malgré les promesses de redistribution des terres, les terrains agricoles sont encore massivement aux mains des fermiers blancs (Il faut dire que le Land Act de 1913 accordait 93% des terres aux fermiers blancs et que sans expropriation, mais en faisant seulement appel à la rétrocession négociée, cela n’avance pas vite).

 

 

 

Bref, je suis allée au WEF…

La semaine dernière se tenait à Durban la version pour l’Afrique du World Economic Forum. N’écoutant que mon courage et l’intérêt de mon lectorat, et aussi la possibilité d’avoir un premier aperçu de cette grande cité portuaire qu’est l’ex-Port Natal, je me suis décidée à y faire un tour. Ces fora (c’est le pluriel de forum pour les béotiens ou ceux qui auraient oublié leur latin), ces fora donc, se sont beaucoup développés partout dans le monde ces dernières années et il me paraissait que je pourrai peut-être y glaner des informations inédites. Le thème de cette année était: “Achieving Inclusive Growth”.

Quels sont les enseignements que j’ai tirés de cette escapade de vingt quatre heures? (moins que le président Zuma ou son ministre des finances, ou même Robert Mugabe, qui sont restés les trois jours!!!)

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Sur la forme: une mise en scène particulièrement efficace des pouvoirs politiques, civils et économiques

C’est la seconde ou troisième fois que je viens dans ce genre de manifestation et j’y suis fascinée par le professionnalisme de l’organisation. Tout de même rassembler sur trois jours une grande partie des chefs d’Etats et ministres des gouvernements africains pour les faire dialoguer avec les grands acteurs économiques internationaux et les grandes ONG, c’est en soi un exploit. Le Centre des Congrès Chief Albert Luthuli (un des quatre prix Nobels sud-africains, mais si!) était presque protégé comme Fort Knox. Grilles sur tout le périmètre, policiers en armes, compagnies de sécurité privées à l’intérieur, portiques et détecteurs de métaux à l’entrée de l’hôtel Hilton et du Convention Center. Contrôle électronique des cartes d’accès, donnant la possibilité d’entrée dans les différentes zones. Installation dans les couloirs des coins medias avec journalistes armés de caméras et de micros. Sans compter une partie spectacle assurée par des zoulous en costumes traditionnels venant sonner régulièrement de la trompe devant l’entrée de la salle plénière. C’était quand même impressionnant pour moi de croiser, en chair et en os ces politiques et ces personnalités connues via les chaînes d’information ou les réseaux sociaux. “Tu as vu? C’est Macky Sall?”. “Tu savais toi que Forrest Whitaker était investi dans l’éducation?”. “Mais c’est Cyril Ramaphosa!”. Hélas, au grand dam de mon chauffeur de Uber, je n’ai réussi à apercevoir ni Jacob Zuma (il faut dire que j’ai séché le dîner culturel où il a fini en dansant), ni Bob Mugabe (qui fermera les yeux sur cette familiarité).

Sur le fond: rien de nouveau sous le soleil

Les trois jours étaient rythmés par des discussions et des séances pleinières, avec des thèmes aussi variés (et alléchants) que: la croissance, le leadership, les migrations, le chômage, la corruption, l’éducation, la recherche, les ressources naturelles, le digital, les systèmes de soins, les inégalités… De quoi se cultiver et donner de la visibilité aux activités et aux centres d’intérêt des grands sponsors du forum. Pour avoir suivi deux plénières et deux sessions, je dois avouer que je n’y ai pas appris grand chose, ni les questions, ni les réponses n’étaient nouvelles, mais j’ai quand même eu l’occasion de ricaner. Et ma foi, de temps en temps, ça détend.

Quand par exemple Robert Mugabe, les yeux ouverts (non, il ne dort pas! Il ferme les yeux pour les protéger de la lumière!) affirmait sans sourciller que le Zimbabwe était le second pays le plus prospère du continent après l’Afrique du Sud. Je ne sais pas si c’était avant qu’Eskom menace de couper sa fourniture d’électricité au Zimbabwe pour cause de factures impayées. J’ai eu le plaisir de voir en “live” notre nouveau ministre des finances, l’élégant Malusi Gigaba, qui jouait la carte de la confiance en l’avenir et donnait aux représentants de l’économie mondiale présents l’assurance d’une stabilité du pays et des structures économiques qui allaient à l’encontre des proclamations faites en interne de recherche de Radical Economic Transformation.

Et j’ai bien rigolé aussi quand, dans la session sur les systèmes de santé, le ministre de la santé a dit que son objectif était de créer un système universel de santé en Afrique du Sud. Compte-tenu de l’état du système public actuel avec des hôpitaux bondés au personnel exténué, et la dégradation de la note de la dette souveraine du pays qui va rendre difficile le financement du projet. Quant au devenir des actuels bénéficiaires de plans de santé privés, le ministre ne semblait pas avoir de doute qu’ils rejoindraient sans arrière pensée le système public… J’ai aussi bien ri, mais je suis mauvaise, quand des représentants d’industries pharmaceutiques étaient représentés, au côté d’ONG et de politiques, expliquant comment résoudre tous ces problèmes et jurant la main sur le coeur qu’ils participaient au développement du continent sans la moindre arrière pensée. L’Afrique ne connaît elle pas une croissance démographique qui garantit les débouchés d’un grand nombre de produits? C’est ce qu’on appelle du gagnant-gagnant!

J’étais carrément hilare quand ce grand tiers-mondiste reconnu qu’est Wolfgang Schäuble (ministre fédéral des finances allemand NDLR), à l’issue de ce qui ressemblait quand même à un “crash course” d’économie pour le ministre des finances sud-africain Gigaba: “si vous voulez gagner ces points de croissance qui permettront d’assurer l’avenir de votre pays, il faut que vous vous engagiez à une certaine stabilité, un leadership engagé et responsable”. Le génial Schäuble a ensuite proposé rien de moins qu’une “conférence de Berlin”* pour réfléchir sur la refondation de l’économie du continent.

En fait: une superbe plateforme pour réseauter

Bref, de l’avis de ceux que j’ai pu interroger sur ce qu’ils retiendraient de ce forum, le grand intérêt de ce genre d’évènement, c’est de fournir les carnets d’adresse et les répertoires de cartes de visite. C’est aussi un excellent moyen de rencontrer ceux qui comptent dans la politique et l’économie du continent, de prendre contact, de les jauger, d’être catalogué dans “ceux qui en étaient”. Une question d’affirmer son statut? L’important, c’est ce qui se passait dans les salles bilatérales, ou autour de cafés, ce que vous ne lirez dans aucun compte-rendu. Finalement, le WEF est au niveau mondial ce qu”étaient l’Opéra ou le théâtre à Paris pour la France du XIXème siècle: il fallait en être et y être vu, quelle que soit la qualité de la pièce qu’on y jouait.

Pour ma part, j’ai retenu un chiffre: du fait de son dynamisme démographique, le continent africain doit créer vingt millions d’emplois par an jusqu’à 2020 pour répondre à la demande des entrants sur le marché (qui est déjà loin du plein emploi). Les systèmes éducatifs en place sont loin d’avoir absorbé en quantité et en qualité les besoins de cette jeunesse. Pas sûr que ce soit un facteur apaisant pour les troubles divers dans les universités du continent.

Une dernière anecdote: je suis allée assister à une session sur l’éducation où un certain nombre d’organismes présentaient les solutions qu’ils proposaient pour augmenter le taux d’alphabétisation et d’éducation. Le panel était assez hétéroclite. Il y avait une productrice proposant des vidéos éducatives, un représentant d’une société indienne proposant le sous-titrage de programmes télé populaires pour accroître l’alphabétisation des adultes et leur permettre de lire le journal par exemple. Une représentante des écoles Bridge, des écoles low-cost financées notamment par Mark Zuckerberg. Personne ne s’est permis d’évoquer les ennuis de cet organisme au Kenya et en Ouganda où des jugements leur ont ordonné de plier bagage. Il y avait également un représentant du Boston Consulting Group racontant la mission qu’ils avaient faites pour le gouvernement d’une des provinces indiennes et qui avait amélioré sensiblement les scores des élèves des écoles publiques. Ce qui m’a marquée c’est la présence dans l’assistance du vice-président Cyrille Ramaphosa, et ce d’autant plus que dans son discours de clôture il mentionnait l’éducation des jeunes comme une des priorités des gouvernements africains. Personnellement, j’ai apprécié…

*Pour les plus jeunes ou les plus vieux d’entre nous, pour les étourdis et ceux qui ont tout oublié, c’est par la “Conférence de Berlin” de 1884-1885 que tout a commencé. Elle est un peu considérée comme le péché originel de la colonisation européenne de l’Afrique.

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Elsie Mhlope et le Durban Gospel Choir en clôture du World Economic Forum