In Memoriam Michael Komape…

Cela vous a peut-être échappé, mais aujourd’hui, 19 novembre, nous célébrons la journée mondiale des toilettes! “Happy #WorldToiletDay !” ai-je pu lire sur les différents fils des réseaux sociaux que je suis. J’aurais pu trouver ça risible, encore une de ces commémorations internationales comme il y en existe tellement…. mais compte-tenu de l’actualité locale, cette journée mondiale des toilettes 2017 revêt une tonalité particulièrement sombre.

Depuis quelques jours se tient à Polokwane, capitale du Limpopo, le procès intenté au service de l’éducation de cette province et au National Département of Basic Education par la famille de Michael Komape, petit écolier décédé il y a trois ans, alors qu’il avait cinq ans, dans des conditions particulièrement atroces, dans les toilettes de la Mahlodumela Primary school. Michael venait de faire sa rentrée à l’école quelques jours plus tôt. Le 20 janvier 2014, ne le trouvant plus, le directeur de l’école appelle la mère qui retrouvera son fils noyé dans les excréments humains des “pit toilet”  de l’établissement (vous avez vu “Slumdog millionaire”? c’est le même principe, des planches trouées sur une fosse). Les planches pourries se sont effondrées sous le poids du petit garçon dont seule la main tendue cherchant de l’aide surnageait au dessus de la fange…

Les parents sont représentés et aidés par l’association Section 27 qui se bat pour la reconnaissance des droits des citoyens à l’accès à ce qui nous paraît basique en tant qu’européens: eau courante, alimentation, services de santés etc… Le département de l’éducation a fait la sourde oreille devant les plaintes des parents, arguant que ce n’était pas leur faute et qu’il s’agissait d’un mauvais concours de circonstances. Le représentant de l’Etat essaie de dépeindre un portrait de la famille endeuillée comme une famille seulement intéressée par le bénéfice pécuniaire qu’elle pourrait tirer d’un tel procès…

Les autorités provinciales ont cru qu’offrir les rafraîchissements et la nourriture pour les funérailles de l’enfant suffirait au dédommagement des parents. Puis quelques mois avant l’ouverture du procès, elles ont proposé un règlement à l’amiable que la famille a refusé. Aujourd’hui, plutôt que de reconnaître leurs torts et de présenter des excuses à la famille, les services de la province et de l’état essaient par tout les moyens d’échapper à leur responsabilité. La ministre de l’éducation du Limpopo allant jusqu’à déclarer dans une interview que si l’enfant était mort c’était la volonté de Dieu, et qu’elle n’était pas Dieu…

Le procès doit durer jusqu’au 28 novembre et on n’en connaît pas les conclusions par avance, mais cette histoire est assez emblématique de l’état de la “nouvelle Afrique du Sud” et révèle à quel point l’Ubuntu est plus un slogan qu’une véritable ligne de conduite pour les responsables politiques de ce pays. Encore une fois sont révélés l’incompétence, l’indifférence au sort des plus démunis et le refus par les autorités d’endosser les responsabilités de leur charge.

L’accès à l’eau courante et aux systèmes d’évacuation des eaux est loin d’être généralisé en Afrique du Sud. Ceux qui empruntent les routes longeant les townships ou les “informal settlements” sont habitués aux silhouettes familières de ces parallélépipèdes en plastique qui servent de toilettes publiques et qui sont régulièrement (ou non) vidés et remplacés par les services publics.

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Ce qu’on ne réalise pas pour autant c’est que certains services publics ne disposent pas d’installations sanitaires, et qu’un certain nombre d’écoles notamment, n’ont, soit pas de toilettes du tout, soit ont recours à ces “pit latrines” dangereuses et inadaptées pour les enfants.

Depuis 2010, soit quatre ans avant la mort de Michael Komape, l’association Equal Education qui est partie prenante au procès au côté de Section 27, a régulièrement alerté les autorités sur le manque d’équipements sanitaires des écoles sud-africaines. En 2012 Equal Education a traîné la ministre de l’éducation au tribunal pour la contraindre à publier des normes minimales d’équipements et de sécurité pour les infrastructures scolaires. Ces normes ont été édictées en 2013, sans amélioration notable.  En 2017, les statistiques du rapport du “National Education Infrastructure System” montrent que plus d’une école sur 6 utilise encore des “pit toilets” (4567 écoles sur 23 495). 45 écoles (toutes situées dans l’Eastern Cape) n’ont pas de toilettes du tout.  Trois ans après la mort de Michael Komape, un accident semblable pourrait se reproduire dans une de ces 4500 écoles…

Ces dernières semaines ont vu la résurgence de discussions sur la suppression des frais de scolarité pour les étudiants de l’enseignement supérieur. Certains étudiants ont essayé de re-jouer #FeesMustFall en perturbant les examens, et un conseiller de Jacob Zuma (et ex-petit ami d’une de ses filles) a sorti de son chapeau un plan qui permettrait de financer totalement les études supérieures. Ce plan est une des cartes jouées par le clan Zuma pour essayer de s’attirer les faveurs de l’opinion. A la lumière du procès de Polokwane, on peut se demander quelle est l’urgence de consacrer des fonds publics aux universités quand les établissements publics d’éducation primaire ne peuvent même pas offrir à leurs élèves des installations et des infrastructures où ils soient en sécurité.

 

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Affreuse féministe aussi longtemps qu’il le faudra…

Ouf, le mois d’août est passé, on peut enfin abandonner la cause sur les femmes et laisser l’abominable ANCWL se charger des débats de fond sur le sujet!

En Afrique du Sud, le mois d’Août est, depuis la chute de l’apartheid, consacré à la célébration des (droits des) femmes. Le 9 août est férié en mémoire du jour d’août 1956 où une délégation de femmes de tous horizons et de toutes couleurs mit le cap sur les Union Buildings à Pretoria pour remettre une pétition au gouvernement et demander l’abandon des laissez-passer mettant en place la restriction de circulation et séparant les espaces urbains entre espaces réservés pour chaque catégorie raciale. Une photo très forte de cette manifestation est publiée tous les ans, celle des meneuses du mouvement, quatre femmes, d’origines différentes, symbolisant avant l’heure la “nation arc-en-ciel”: Albertina Sisulu, Sophie Williams de Bruyn, Raima Moosa, et Helen Joseph, tenant les liasses de feuilles avec les signatures obtenues devant le siège du gouvernement, et accompagnées de milliers d’anonymes.

Ce n’était pas forcément une mauvaise idée de consacrer le mois d’août à réfléchir sur les conditions d’existence des femmes sud-africaines et sur les façons de les améliorer. Las, ici comme ailleurs, le mois est l’occasion d’un “pink washing” massif, de promotions marketing écoeurantes et de déclarations hypocrites des plus révoltantes de la part de politiciens à court de couverture media.

Pour le mois des femmes j’ai eu droit:

  • à un numéro spécial “Women on Wheels” (WOW!, bien trouvé non?) avec mon magazine (de déco) préféré, une édition annuelle débordant de citadines dans des couleurs pastel et autres cabriolets “pinkwashés”. Parce que nous les femmes nous avons droit à des voitures adaptées à nos goûts (elle n’est pas belle la vie?).
  • A une proposition de cours de cuisine “Healthy” par mon assurance santé (privée), mais bon, payants quand même les ateliers, il faudrait pas que je coûte plus à mon assureur que ce que je lui rapporte…
  • A des cours de gym “feel-good” spéciaux.
  • Et si j’achetais deux bijoux ou montres dans un magasin chic, le troisième était offert!!!

Les entreprises sud-africaines ont rivalisé d’idées affligeantes originales pour vendre leur camelote améliorer leur notoriété, organisé des “journées de la femme” dans leurs bureaux à coup d’interventions de gouroues plus ou moins crédibles sur leur agenda féministe. Les politiques en ont profité pour redorer leur blason en allant dans les provinces donner de la voix pour célébrer les glorieuses pionnières de la cause des femmes et se confire en beaux discours.

Dans les faits les droits des femmes n’ont pas été moins malmenés au mois d’août de cette année qu’à d’autres périodes de l’année.

Madame Ndlamini Zuma (maladroitement rebaptisée madame Mini-Zuma par un stagiaire de la SABC) candidate à la présidence de l’ANC (et donc du pays) a formulé que si les femmes étaient des victimes, elles n’avaient à s’en prendre qu’à elles-mêmes. C’est bien connu, les victimes d’abus et de violences l’ont bien cherché non?

Pendant ce même mois, un vice-ministre de l’éducation a molesté deux femmes à la sortie d’une boîte de nuit, sans pour autant être arraisonné malgré une vidéo accablante. Il a fallu dix jours d’indignation publique (le fait que l’une des femmes était une parente d’une des ministres du gouvernement Zuma a sans doute joué) pour que le vice-ministre de l’éducation démissionne sous la pression du président. Mais il est toujours député et au service de son parti. Sans blague, pour trois claques, on ne va pas en faire une histoire tout de même?

Un groupe de pression chrétien a présenté un texte de loi au gouvernement qui pourrait restreindre de fait l’accès de ce droit fondamental des femmes, et notamment aux femmes les plus défavorisées… Ce texte, s’il était adopté, réduirait la période pendant laquelle les femmes ont droit à l’avortement pour raison personnelle (20 semaines d’après la loi de 1996), et obligerait les femmes à se présenter dans les services hospitaliers publics munies d’une échographie (très difficile à réaliser dans le secteur public, et très onéreuse dans le secteur privé). Vingt semaines cela paraît long mais c’est hélas adapté aux conditions de vie et à l’accessibilité des services de santé publics locaux. Les conditions d’accès à l’avortement étant déjà compliquées, autant dire que cette loi enterrerait la possibilité d’un avortement autre que clandestin pour une grande partie des femmes ne disposant pas de revenus suffisants. Elles vont sans doute avoir recours à ses pourvoyeurs de “quick abortions” dont les pubs clandestines ornent les carrefours, et dans le meilleur des cas remercier leur bonne étoile de ne pas saigner à mort…

Je n’ai malheureusement pas le talent de “pousser une longue plainte déchirante pudiquement cachée sous la morsure cinglante de mon humour ravageur” (Ah Desproges!).  Je ferai juste une suggestion: et si on nous lâchait les baskets? Si on arrêtait l’hypocrisie? Si on renvoyait une fois pour toutes aux oubliettes ces journées des droits des femmes, ces mois des femmes et leurs cortèges de manifestations creuses, illustrations paradoxales de cette “société du spectacle”. Les femmes étant “la moitié du ciel”, pourquoi ne pas se préoccuper du respect de leurs droits toute l’année? Stop à ces célébrations hypocrites et coûteuses, assez de discours mielleux et creux, finie la comédie du “pink-washing” un mois par an!

J’entends déjà les rengaines de ceux qui disent que, de toute façon, la condition des femmes s’est bien améliorée, qu’on commence à les fatiguer avec ces histoires, qu’il faut que les féministes relâchent la pression et qu’on ait enfin des relations apaisées entre les sexes, que la cause s’est usée à force d’être invoquée à tort et à travers, que ses inquisitrices auraient à jamais galvaudé le terme. Relax ma chérie, tu vas ruiner les effets de ton traitement au Botox… Merde le féminisme c’est SO vingtième siècle! On a inscrit l’égalité dans les constitutions, il faut lui laisser le temps de s’imprimer dans les moeurs? Ouvre tes chakras et respire, tout finit toujours par arriver!

Désolée de jouer la rabat-joie de service. Le féminisme un mois par an, ça ne marche pas plus que le régime “spécial bikini” au mois de juin ou de novembre (selon l’hémisphère). L’afficher sur des T-shirts, même signés d’une maison de haute couture, c’est sympa, mais ce n’est pas suffisant. Il faut continuer à dénoncer les injustices faites aux femmes, où qu’elles se trouvent et quelle que soit leur origine géographique, sociale, religieuse, leurs préférences sexuelles et leurs opinions politiques… Et malheureusement on en a tous les jours l’occasion… Et bonne rentrée quand même!

Bref, je suis allée au WEF…

La semaine dernière se tenait à Durban la version pour l’Afrique du World Economic Forum. N’écoutant que mon courage et l’intérêt de mon lectorat, et aussi la possibilité d’avoir un premier aperçu de cette grande cité portuaire qu’est l’ex-Port Natal, je me suis décidée à y faire un tour. Ces fora (c’est le pluriel de forum pour les béotiens ou ceux qui auraient oublié leur latin), ces fora donc, se sont beaucoup développés partout dans le monde ces dernières années et il me paraissait que je pourrai peut-être y glaner des informations inédites. Le thème de cette année était: “Achieving Inclusive Growth”.

Quels sont les enseignements que j’ai tirés de cette escapade de vingt quatre heures? (moins que le président Zuma ou son ministre des finances, ou même Robert Mugabe, qui sont restés les trois jours!!!)

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Sur la forme: une mise en scène particulièrement efficace des pouvoirs politiques, civils et économiques

C’est la seconde ou troisième fois que je viens dans ce genre de manifestation et j’y suis fascinée par le professionnalisme de l’organisation. Tout de même rassembler sur trois jours une grande partie des chefs d’Etats et ministres des gouvernements africains pour les faire dialoguer avec les grands acteurs économiques internationaux et les grandes ONG, c’est en soi un exploit. Le Centre des Congrès Chief Albert Luthuli (un des quatre prix Nobels sud-africains, mais si!) était presque protégé comme Fort Knox. Grilles sur tout le périmètre, policiers en armes, compagnies de sécurité privées à l’intérieur, portiques et détecteurs de métaux à l’entrée de l’hôtel Hilton et du Convention Center. Contrôle électronique des cartes d’accès, donnant la possibilité d’entrée dans les différentes zones. Installation dans les couloirs des coins medias avec journalistes armés de caméras et de micros. Sans compter une partie spectacle assurée par des zoulous en costumes traditionnels venant sonner régulièrement de la trompe devant l’entrée de la salle plénière. C’était quand même impressionnant pour moi de croiser, en chair et en os ces politiques et ces personnalités connues via les chaînes d’information ou les réseaux sociaux. “Tu as vu? C’est Macky Sall?”. “Tu savais toi que Forrest Whitaker était investi dans l’éducation?”. “Mais c’est Cyril Ramaphosa!”. Hélas, au grand dam de mon chauffeur de Uber, je n’ai réussi à apercevoir ni Jacob Zuma (il faut dire que j’ai séché le dîner culturel où il a fini en dansant), ni Bob Mugabe (qui fermera les yeux sur cette familiarité).

Sur le fond: rien de nouveau sous le soleil

Les trois jours étaient rythmés par des discussions et des séances pleinières, avec des thèmes aussi variés (et alléchants) que: la croissance, le leadership, les migrations, le chômage, la corruption, l’éducation, la recherche, les ressources naturelles, le digital, les systèmes de soins, les inégalités… De quoi se cultiver et donner de la visibilité aux activités et aux centres d’intérêt des grands sponsors du forum. Pour avoir suivi deux plénières et deux sessions, je dois avouer que je n’y ai pas appris grand chose, ni les questions, ni les réponses n’étaient nouvelles, mais j’ai quand même eu l’occasion de ricaner. Et ma foi, de temps en temps, ça détend.

Quand par exemple Robert Mugabe, les yeux ouverts (non, il ne dort pas! Il ferme les yeux pour les protéger de la lumière!) affirmait sans sourciller que le Zimbabwe était le second pays le plus prospère du continent après l’Afrique du Sud. Je ne sais pas si c’était avant qu’Eskom menace de couper sa fourniture d’électricité au Zimbabwe pour cause de factures impayées. J’ai eu le plaisir de voir en “live” notre nouveau ministre des finances, l’élégant Malusi Gigaba, qui jouait la carte de la confiance en l’avenir et donnait aux représentants de l’économie mondiale présents l’assurance d’une stabilité du pays et des structures économiques qui allaient à l’encontre des proclamations faites en interne de recherche de Radical Economic Transformation.

Et j’ai bien rigolé aussi quand, dans la session sur les systèmes de santé, le ministre de la santé a dit que son objectif était de créer un système universel de santé en Afrique du Sud. Compte-tenu de l’état du système public actuel avec des hôpitaux bondés au personnel exténué, et la dégradation de la note de la dette souveraine du pays qui va rendre difficile le financement du projet. Quant au devenir des actuels bénéficiaires de plans de santé privés, le ministre ne semblait pas avoir de doute qu’ils rejoindraient sans arrière pensée le système public… J’ai aussi bien ri, mais je suis mauvaise, quand des représentants d’industries pharmaceutiques étaient représentés, au côté d’ONG et de politiques, expliquant comment résoudre tous ces problèmes et jurant la main sur le coeur qu’ils participaient au développement du continent sans la moindre arrière pensée. L’Afrique ne connaît elle pas une croissance démographique qui garantit les débouchés d’un grand nombre de produits? C’est ce qu’on appelle du gagnant-gagnant!

J’étais carrément hilare quand ce grand tiers-mondiste reconnu qu’est Wolfgang Schäuble (ministre fédéral des finances allemand NDLR), à l’issue de ce qui ressemblait quand même à un “crash course” d’économie pour le ministre des finances sud-africain Gigaba: “si vous voulez gagner ces points de croissance qui permettront d’assurer l’avenir de votre pays, il faut que vous vous engagiez à une certaine stabilité, un leadership engagé et responsable”. Le génial Schäuble a ensuite proposé rien de moins qu’une “conférence de Berlin”* pour réfléchir sur la refondation de l’économie du continent.

En fait: une superbe plateforme pour réseauter

Bref, de l’avis de ceux que j’ai pu interroger sur ce qu’ils retiendraient de ce forum, le grand intérêt de ce genre d’évènement, c’est de fournir les carnets d’adresse et les répertoires de cartes de visite. C’est aussi un excellent moyen de rencontrer ceux qui comptent dans la politique et l’économie du continent, de prendre contact, de les jauger, d’être catalogué dans “ceux qui en étaient”. Une question d’affirmer son statut? L’important, c’est ce qui se passait dans les salles bilatérales, ou autour de cafés, ce que vous ne lirez dans aucun compte-rendu. Finalement, le WEF est au niveau mondial ce qu”étaient l’Opéra ou le théâtre à Paris pour la France du XIXème siècle: il fallait en être et y être vu, quelle que soit la qualité de la pièce qu’on y jouait.

Pour ma part, j’ai retenu un chiffre: du fait de son dynamisme démographique, le continent africain doit créer vingt millions d’emplois par an jusqu’à 2020 pour répondre à la demande des entrants sur le marché (qui est déjà loin du plein emploi). Les systèmes éducatifs en place sont loin d’avoir absorbé en quantité et en qualité les besoins de cette jeunesse. Pas sûr que ce soit un facteur apaisant pour les troubles divers dans les universités du continent.

Une dernière anecdote: je suis allée assister à une session sur l’éducation où un certain nombre d’organismes présentaient les solutions qu’ils proposaient pour augmenter le taux d’alphabétisation et d’éducation. Le panel était assez hétéroclite. Il y avait une productrice proposant des vidéos éducatives, un représentant d’une société indienne proposant le sous-titrage de programmes télé populaires pour accroître l’alphabétisation des adultes et leur permettre de lire le journal par exemple. Une représentante des écoles Bridge, des écoles low-cost financées notamment par Mark Zuckerberg. Personne ne s’est permis d’évoquer les ennuis de cet organisme au Kenya et en Ouganda où des jugements leur ont ordonné de plier bagage. Il y avait également un représentant du Boston Consulting Group racontant la mission qu’ils avaient faites pour le gouvernement d’une des provinces indiennes et qui avait amélioré sensiblement les scores des élèves des écoles publiques. Ce qui m’a marquée c’est la présence dans l’assistance du vice-président Cyrille Ramaphosa, et ce d’autant plus que dans son discours de clôture il mentionnait l’éducation des jeunes comme une des priorités des gouvernements africains. Personnellement, j’ai apprécié…

*Pour les plus jeunes ou les plus vieux d’entre nous, pour les étourdis et ceux qui ont tout oublié, c’est par la “Conférence de Berlin” de 1884-1885 que tout a commencé. Elle est un peu considérée comme le péché originel de la colonisation européenne de l’Afrique.

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Elsie Mhlope et le Durban Gospel Choir en clôture du World Economic Forum

#JZ783…

Le hashtag du moment en Afrique du Sud…

Le hashtag du moment en Afrique du Sud, c’est #JZ783… 783 n’est pas le nombre fétiche de Jacob Zuma, c’est, selon ses détracteurs, le nombre de charges qui pèsent contre lui et contre lesquelles il aurait à se défendre s’il redevenait un citoyen ordinaire. L’utilisation de cette dénomination pour désigner le président Zuma a d’ailleurs créé un incident en séance du parlement le 22 novembre dernier, menant les parlementaires de la Democratic Alliance (principal parti d’opposition) à quitter l’hémicycle en signe de protestation.

Après la parution du rapport “State of Capture” (lire le billet que j’y avais consacré ici), les nuages continuent à s’amonceler au dessus de la tête du président sud-africain. Il a bien du mal à se garder de ses ennemis, et les journaux se font écho d’une inflation récente des mesures de sécurité autour de lui. Les soupçons de corruption et d’interférences avec les affaires sud-africaines de la galaxie affairiste de la famille Gupta minent le débat politique local et les contrefeux allumés par le président Zuma et ses amis semblent avoir du mal à fonctionner efficacement.

Thuli Madonsela, la précédente Public Protector avait recommandé que le président Zuma mette en place dans le mois suivant la parution du rapport, une commission d’enquête sous la responsabilité du Chief justice (le plus haut magistrat sud-africain) pour vérifier/invalider les soupçons de corruption que le rapport mettait en exergue. La semaine dernière, le président Zuma a décidé de faire examiner par les juges cette recommandation de madame Madonsela, et il se pourrait que la cour constitutionnelle, statuant sur la forme et non sur le fond du rapport rende une décision favorable à Jacob Zuma.

Sur le contenu du rapport, les médias appartenant à la famille Gupta ainsi qu’un certain nombre de leurs alliés auraient lancé une campagne Internet de décrédibilisation par voie de presse et sur les réseaux sociaux, mais qui n’a pas réussi à éloigner l’odeur de souffre du pouvoir politique. Les alliés du président Zuma ont relancé la rumeur de la malveillance d’un complot du #whitecapitalmonopoly (des gros bonnets blancs capitalistes).

Mais c’est de son camp que viennent les menaces les plus pressantes. Ce week-end s’est tenue à Pretoria une réunion du National Executive Committee de l’ANC et les voix appelant à une destitution de Zuma avant les élections de 2019 (et la conférence de fin 2017 qui doit désigner son/sa successeur/e) se sont faites plus pressantes, au point que certains membres sont revenus précipitamment de Stellenbosch où avait lieu le mariage d’un membre éminent de l’ANC pour apporter leur soutien à leur champion mal en point.

Après les scandales de Nkandla et le rapport “state of capture” et la déroute électorale de l’ANC d’août dernier (l’ANC a perdu le contrôle de trois des plus importantes municipalités d’Afrique du sud: Tshwane (Pretoria), Johannesburg et Nelson Mandela Bay au profit de ses adversaire de l’Alliance Démocratique), certains cadres de l’ANC n’hésitent plus à exprimer tout haut leur préoccupation et leur volonté d’en finir avec la présidence Zuma et l’érosion préoccupante de la base électorale de l’ANC. Les débats ont été tellement houleux que la conclusion de la réunion et la conférence de presse initialement prévues hier, 27 novembre en fin d’après-midi ont été reportées à ce soir…

De quoi animer les discussions du #saxonwoldshebeen ce soir!