De quoi les prénoms sud-africains sont ils le signe?

Lorsqu’on s’installe dans un pays étranger, on doit souvent se faire au fait que les personnes y portent des noms étranges ou du moins peu familiers. En arrivant à Johannesburg j’ai été surprise par la variété des prénoms portés par ceux que je croisais, enchantée par les Prince, Princess, Joy, Pretty, Blessing, Gift, Raven, amusée par les Morné (oui, en français ça sonne bizarre), Donnée, Brené, Amoré, et intriguée par les Sipho, Sibusiso, Xolani, Themba, Nothemba, Nomvulo, Mpho, et quelque peu interloquée par les (rares) Disappointment, Rehab, Patience, Perseverance (véridique !)…

La variété des prénoms n’est pas étonnante en soi. Elle est le signe d’une terre où ont convergé des tribus d’origines différentes qui y ont fait souche au cours du temps et porte le poids des modes et des traditions de ces différentes vagues d’immigrations. Venant de France et ayant atteint un certain âge, je suis habituée à une variété de prénoms assez restreinte, avec une prédominance des prénoms d’origine judéo-chrétienne, même si cela évolue. Comme l’a montré Baptiste Coulmont, grand spécialiste de la sociologie des prénoms en France, le répertoire des prénoms s’est beaucoup étendu depuis le 19ème siècle et s’est ouvert à une plus grande variété. Le prénom est à la fois un marqueur générationnel, culturel et social. Baptiste Coulmont s’amuse d’ailleurs tous les ans à mesurer la fréquence des prénoms dans l’obtention des mentions au bac.

Au-delà de l’enchantement de la nouveauté des prénoms sud-africains et de la grâce que je trouvais à certains, la suggestion de Sipho, mon prof de zoulou que les prénoms africains avaient tous une signification, et la réponse d’une jeune mère que j’interviewais pour ma recherche “becoming a mother in Johannesburg”*, “je n’ai pas choisi le prénom de mon bébé, le premier-né il appartient à ma mère, c’était à elle de le choisir”, m’ont incitée à aller chercher un peu plus loin sur la façon dont les prénoms sont choisis dans les différentes communautés sud-africaines.

Je n’ai pas trouvé de référence consultable sur Johannesburg, mais un article très intéressant sur les pratiques de choix du prénom dans la région du Cap Oriental autour de la ville universitaire de Grahamstown où se trouve l’Université (currently referred to as) Rhodes. Cet article de Vivien de Klerk et Barbara Bosch s’intéresse, juste après la chute de l’apartheid, aux particularités de l’attribution du prénom dans différentes communautés autour de la ville. Les questionnaires, en anglais, afrikaans et isiXhosa ont été distribués dans les écoles primaires de la localité et une centaine d’entretiens en maternité ont été conduits pour comprendre comment ont été choisis les prénoms des enfants.

Esthétique vs symbolique

Les résultats montrent des différences nettes de pratiques entre les répondants blancs et non-blancs mais pas seulement. Les différences résident à la fois dans le moment du choix (souvent avant la naissance pour les blancs, moins souvent pour les non-blancs), dans les modalités du choix (qui choisit quels sont les justifications du choix), dans le degré de liberté dans le choix (plus de recoupements dans les noms Xhosa que dans les noms blancs), et dans le fait que la signification plus que l’esthétique est massivement privilégiée chez les répondants noirs.

Parmi les répondants dont la langue maternelle est l’anglais, les modalités du choix du prénom étaient assez semblable aux pratiques des autres pays anglophones: choix par les parents, dans un répertoire de prénoms “traditionnels” pour la plupart, dont les parents ignorent l’origine ou la signification. Ces critères ne sont donc pas invoqués comme raison du choix. Les raisons principales sont les goûts personnels, la volonté de donner le nom en mémoire d’une personne souvent un membre de la famille qu’on veut honorer. C’est notamment le cas le plus fréquent pour les garçons premiers-nés. Les anglophones natifs sont ceux qui se montrent les plus libres dans le choix du prénom.

Parmi les répondants dont la langue maternelle est l’afrikaans, on compte les afrikaners et les “colored” (catégorie forgée pendant l’apartheid qui rassemble des métis et descendants de métis). On retrouve dans cette catégorie la coutume de donner aux enfants les noms des grands-parents, et une plus grande inventivité dans les prénoms, composant des prénoms existants avec des prénoms de personnalités étrangères.

Pour les répondants Xhosa la signification du nom est très importante. Les parents de ce groupe montrent plus de contraintes dans la procédure de choix du prénom que ceux des deux autres groupes. On donne un prénom à l’enfant en fonction des circonstances de sa naissance, du sens que la famille donne à celle-ci. Ce sont soit les parents, soit la grand-mère qui choisissent le prénom.  C’est dans ce groupe que l’on trouve les enfants dont les prénoms sont choisis le plus tard (parfois des jours après la naissance), bien que pour certains des répondants le choix du prénom ait fait l’objet de discussion en amont.

Les significations des prénoms peuvent donc être liés aux sentiments des parents au moment de la naissance : Zukisa : « patience » pour des parents qui ont attendu longtemps, Xolelwa  : « sois pardonnée » pour l’enfant d’une femme qui a eu un enfant non attendu. Ils peuvent aussi constituer un remerciement aux ancêtres pour l’arrivée de l’enfant : Sibongile, Ayabonga, Bongani, Siyabulela, sont tous des prénoms qui signifient la gratitude. Les prénoms peuvent avoir une signification programmatique : les dérivés de Themba : « espoir » montrent que les parents placent leur espoir d’un avenir meilleur dans leurs enfants, comme le prénom Khayalethu : « notre maison ». D’autres prénoms font allusion à la position de l’enfant dans la famille. Anele : « nous sommes au complet » ou Zanele « nous avons assez de filles » indiquent que la famille a atteint sa taille optimale…

De ce que j’en comprends, dans les autres groupes ethniques les processus de nomination sont les mêmes, excepté pour les membres de certaines églises qui donnent massivement des noms chrétiens à leurs enfants. Il aurait été intéressant d’étendre l’étude à d’autres groupes ethniques et de pouvoir comparer l’évolution des prénoms dans le temps. Dans un autre article, Vivien de Klerk remarque que pendant la période de colonisation et d’apartheid, certains parents ont donné deux prénoms à leurs enfants, un prénom « européen » pour l’école, et un prénom africain pour la famille. Lorsque la lutte contre l’apartheid s’est intensifiée, l’adoption du seul prénom africain était une forme d’affirmation d’une identité africaine et de sa résistance à l’oppression d’un régime politique ayant systématiquement dénié tout valeur aux cultures locales. Il serait donc intéressant de constater aujourd’hui, après vingt-trois ans de pouvoir de l’ANC, comment les pratiques ont évolué.

Quand on change de prénom…

Dans ce même article, elle évoque les changements de noms demandés et parus dans les gazettes du gouvernement en 1997 et 2000. Elle y fait une constatation étonnante. Les gens ne changent pas leurs prénoms parce qu’ils auraient une signification embarrassante: comme les Rehab ou Disappointment cités plus haut, en tout cas pas dans une proportion significative. Les changements de noms sont principalement demandés par des personnes aux noms africains, qui ont soit changé leur prénom pour un nom à consonnance anglaise, soit réordonné leurs prénoms pour faire apparaître leur prénom anglais en premier. Elle y voit un signe que les personnes qui prennent du temps pour effectuer cette démarche reconnaissent la valeur sociale de l’anglais dans le monde économique et voient dans l’adoption d’un premier prénom anglais une façon d’augmenter leurs propres chances dans une économie mondialisée.

Comme toute bonne recherche, le travail de Vivian de Klerk pose plus de questions qu’il n’en clôt. Trois interrogations me turlupinent en refermant ses articles (merci à elle de les avoir mis en accès libre sur Research Gate!!!).

Tout d’abord il serait intéressant de voir l’évolution des prénoms africains donnés en fonction des époques. Dans les dernières décennies de l’apartheid, il est probable qu’on ait eu plus de prénoms militants Sizwe: “lance” ou l’équivalent de “révolution”, “rebelle”, “champion” etc. Quid de la période post-apartheid, qu’expriment les prénoms à la mode, quels sont les messages passés? L’espoir d’un futur meilleur?  Une vision plus optimiste de l’existence? Pour les personnes ayant des prénoms africains et anglais, comment le prénom anglais est-il choisi, est-il la traduction du prénom africain Themba= Hope ou est-il choisi sur d’autres critères?

En tant que sociologue, j’aurais aimé qu’elle se penche un peu plus sur des critères plus sociaux et sur les éventuelles différences entre les classes moyennes et populaires dans les pratiques de dénomination. A la lueur de mes entretiens avec des mères de jeunes enfants à Johannesburg il semble que l’intervention de la grand-mère maternelle ou de la famille dans le processus de choix du prénom est probablement moindre lorsque celle-ci est restée en zone rurale. De même on peut faire l’hypothèse que les couples des classes moyennes vivant dans des logements séparés de leur famille auraient plus de latitude pour choisir le prénom de l’enfant. Quel est l’impact, pour les femmes noires ayant accès à des assurances médicales privées des échographies et de la possibilité de connaître le sexe de l’enfant avant la naissance sur la pratique du choix du prénom?

Enfin, il me semblerait intéressant de comprendre comment les individus vivent avec des prénoms programmatiques, ceux-ci ont ils une influence sur la manière dont ils se perçoivent? Y-a-t’il une influence sur le développement psychologique de la personne? Lorsqu’un couple français appelle sa fille Agathe, il est peu probable qu’ils aient choisi ce prénom parce qu’il lui souhaite de devenir vierge et martyre (Doux Jésus!), mais plus vraisemblable qu’ils trouvent ce nom joli où se réfère au gemme ou à une personne de leur entourage. Lorsqu’on s’appelle Khayalethu “notre maison”, se sent on plus responsable de l’hébergement de ses vieux parents que si l’on s’appelle Pretty ou Princess?

*Promis, on en reparle dans un prochain post!

“Je suis Kevin. Un Kevin ne peut pas, n’a pas le droit d’être un intellectuel. Il peut être prof de muscu, vendeur d’imprimantes, gérant de supérette, mais intellectuel – impossible. Par son prénom même, Kevin indique une extraction bassement populaire. […] Connais tes limites, Kevin !… Tu ne dépasseras jamais le mollet.”

Iegor Gran, La Revanche de Kevin

 

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Le bruit des funérailles, le soir au fond des townships…

Une candidate à la nomination pour la course présidentielle qui accepte d’être l’oratrice principale au congrès des entrepreneurs des pompes funèbres, cela vous paraît baroque? Pas en Afrique du Sud. La prétendante à la succession de son ex-mari à la tête de l’ANC, Nksosasana Dlamini Zuma a en effet profité du congrès des croque-morts au centre international des congrès de Durban pour y faire un discours économique programmatique sur la transformation radicale de la chaîne de valeur du traitement des macchabées.

Il faut dire qu’ici, les funérailles, ce n’est pas de la rigolade. La moindre bourgade de campagne traversée révèle son, voire ses entrepreneur/s de pompes funèbres. L’amateur de road-trips ne compte plus les enseignes de”funeral homes”  ou de “funeral services” le long des routes, même les plus désolées. La mort est beaucoup plus présente en Afrique Australe qu’elle ne l’est dans les pays occidentaux. Non pas qu’on y meure plus, ou peut-être un tantinet plus jeune… On ne cache pas les décès comme des réalités honteuses. On ne réserve pas les enterrements aux petits comités, à la “plus stricte intimité”. Les funérailles ici et notamment pour la majorité de la population noire doivent être célébrées dignement et toutes affaires cessantes.

Elles font partie de l’espace politique. Depuis la période de l’apartheid, les funérailles collectives de militants dans les townships le week-end étaient une façon avec pour les opposants au régime de narguer les forces de l’ordre et de renforcer la solidarité. Elles peuplent aussi la littérature d’Afrique Australe. Parmi les nouvelles de Nadine Gordimer dans “Life Time Stories”, figure l’histoire poignante d’une famille rhodésienne voulant récupérer le corps d’un membre de leur famille décédé à Johannesburg où il était allé cherché du travail pour pouvoir l’inhumer dans la terre de ses ancêtres. J’ai déjà évoqué dans ce blog l’excellente romancière zimbabwéenne Pettina Gappah qui consacre plusieurs de ses nouvelles à des situations de funérailles. Zakes Mda construit aussi une histoire grinçante autour d’un entrepreneur de pompes funèbres qui fait fortune.

Les funérailles font également partie des relations industrielles, certaines compagnies proposent des assurances obsèques à leur salariés et une directrice des Ressources Humaines que j’ai rencontrée expliquait qu’elle devait préciser dans les contrats d’embauche le niveau de parenté pour lequel ses employés avaient droit à un congé payé pour assister aux funérailles sinon cela pouvait ajouter une proportion non négligeable de jours chômés par an. Il est malvenu de refuser un congé sans solde pour les obsèques d’une tante, d’une grand-mère (on peut en avoir plus de deux, si, si…), et plus la personne est importante, plus la foule viendra se presser aux cérémonies. Les obsèques sont pour toutes les familles l’occasion de régaler les membres de la famille (élargie), les voisins, les curieux et d’affirmer le statut de la famille. Il ne serait pas rare que celle-ci emprunte pour éviter de déchoir à son rang.

J’ai voulu me pencher sur ce que disent les sciences humaines et sociales sur les funérailles en Afrique Australe. Et j’ai trouvé un article particulièrement intéressant de l’historienne Rebekah Lee dans un numéro spécial sur la mort en Afrique du “Journal of African History”. C’est un lieux commun chez les anthropologues que de constater la plus grande exubérance des funérailles sur le continent africain que dans la sphère occidentale où la mort a été reléguée aux marges. Rebekah Lee explique que cette visibilité de la mort proviendrait d’un besoin de “neutraliser” les esprits des morts qui sont perçus comme des menaces par les vivants. Les vivants occidentaux pour leur part seraient assez peu perturbés par leurs morts, et nécessiteraient moins de ces rituels d’apaisement et de réintégration dans une vie “normale” que sont des funérailles imposantes.

Contrairement à ce que certains peuvent avancer, le consumérisme et le caractère ostentatoire des funérailles de Townships n’a rien à voir avec l’époque moderne. Des travaux des années 50 montrent déjà une tendance à “sur-dépenser” pour ces évènements. Avant même la chute de l’apartheid, les chansons folkloriques des ouvriers du Lesotho venant travailler dans les mines du Rand faisaient largement état de leur crainte de mourir loin de chez eux et de ce fait de ne pas avoir droit à des funérailles en bonne et due forme.

Cette crainte d’un enterrement à la sauvette dans une tombe anonyme fut à l’origine de la création de sociétés funéraires informelles entre personnes d’une même origine ethnique, fonctionnant comme des assurances, qui permettaient de financer le transport des corps vers le lieu de l’inhumation. Rebekah Lee a enquêté sur les trajectoires (post apartheid) des entrepreneurs Xhoza de pompes funèbres des townships du Western Cape et a montré comment ils ont joué un rôle particulier de médiateurs culturels et d’innovateurs techniques pour répondre au mieux aux questions de mobilité des corps, vivants et morts entre le township et la communauté d’origine.

Ainsi, contrairement à ce qu’imagine madame Dlamini Zuma, une partie importante du travail ne peut être fait que par quelqu’un de la communauté qui comprend les besoins spécifiques des populations. Depuis la fin de l’apartheid, les “funeral parlors” créés par des entrepreneurs noirs ont connu un véritable boom. Ce sont en général des entreprises familiales. Ces entrepreneurs jouent les intermédiaires et proposent des solutions adaptées aux volontés des différentes parties impliquées. Mais une partie de leur activité reste informelle et pas forcément comptabilisée en tant que telle.

La particularité de leur activité c’est qu’elle adresse cette question de la mobilité entre zone rurale et township et prend en compte les nécessaires allers-retours entre ces deux pôles des corps des morts et des vivants. Cette question de la mobilité est centrale dans une société qui voit l’urbanisation prendre le pas, et les campagnes se vider. Plus la population s’installe durablement en zone urbaine, plus se pose la question de l’appartenance. Certains citadins vont franchir le pas en se faisant enterrer sur place actant leur implantation dans la ville. Mais les places dans les cimetières deviennent de plus en plus rares et donc de plus en plus onéreuses. L’an dernier les autorités de la ville de Durban avaient créé un tollé en envisageant de pouvoir enterrer des cercueils debout par manque de place, ou en suggérant d’enterrer plusieurs personnes dans la même tombe. Ces propositions semblaient impliquer un manque de respect des morts pour une partie de leurs détracteurs. La populations indienne et une partie de la population blanche optent pour la crémation qui élimine le problème de la surpopulation des cimetières urbains…

Le rapatriement du corps vers le pays des ancêtres reste une option qui contente la famille restée sur place et relativement moins onéreuse. Rebekah Lee a interrogé quelques uns de ces entrepreneurs qui proposent des services intégrés. Un service de transport : notamment la flottille de véhicules qui va transporter le cortège: minibus et corbillard, on apprend avec amusement à la lecture de l’article que les frais d’assurance sont assez élevés car l’état des routes dans le fin fond de la province du cap oriental fait que les accidents sont nombreux et (ironie du sort!) déciment parfois les cortèges des endeuillés. Et des services plus techniques qui vont permettre de préserver le corps dans un état qui lui permette d’être encore présentable après la transhumance. L’embaumement offre à cet égard une plus-value non négligeable que les croque-morts utilisent couramment sans toutefois détailler trop les procédures qui pourraient faire hésiter les familles.

Evidemment Rebekah Lee ne s’est pas intéressée à la chaîne de valeur économique des entrepreneurs de pompes funèbres et à leur rentabilité, mais son article démontre la réelle plus value sociale de leur service pour une population qui n’a pas toujours eu son mot à dire sur la mise en terre des leurs. Ces services funéraires apparus après l’apartheid dans les townships permettent d’offrir aux leurs des funérailles dignes. Et comme l’expliquait l’anthropologue Nancy Schepper Hugues qui a étudié sur une longue période un bidonville brésilien, souvent lorsqu’on est très pauvre, offrir des funérailles dignes à un parent décédé, c’est réaffirmer la valeur de l’existence qu’il a menée, sa pleine, entière et profonde humanité.

 

 

 

 

 

Un peu de douceur(s) dans ce monde de brutes?

Depuis près d’un an, je vous parlé politique, je vous ai parlé lectures, je vous ai parlé voyages, mais je n’ai pas encore abordé un sujet de fond en Afrique du Sud et pas seulement: la nourriture. Ce n’est pas un sujet anecdotique dans ce pays qui se targue d’avoir les plus prestigieux restaurants et chefs d’Afrique.

Une de mes bonnes surprises lors des premiers voyages que j’ai effectué dans ce pays était la variété des cuisines et des goûts auxquels on avait accès. La cuisine sud-africaine est très variée et puise dans les multiples traditions de ceux qui s’y sont installés depuis des siècles ou plus récemment. On peut manger beaucoup très bien et pour des prix très raisonnables en Afrique du Sud, ce qui n’a pas compté pour rien dans notre décision de nous installer ici. Il faut dire que dans la ville d’Afrique ensoleillée où j’ai passé mon enfance le supermarché ressemblait à ça:

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Photo transmise par Thierry Zouérathie

… et qu’il fallait attendre les arrivages bi-hebdomadaires par avion pour avoir des produits frais. On n’a pas ce genre de souci à Johannesburg qui regorge d’endroits où s’approvisionner en denrées diverses et variées, l’agriculture locale produisant à peu près tout, même des faux Champagne, faux Camembert et Faux Brie tout à fait comestibles.

En revanche, il y a un secteur de la cuisine sud-africaine qui laisse à désirer: celui de la pâtisserie. Le dessert, ce n’est pas trop leur truc aux sud-africains, d’ailleurs certains l’appellent pudding, cela vous donne déjà une petite idée… Ce n’est pas que les pâtisseries sud-africaines n’existent pas, c’est juste qu’elles manquent de… elles manquent de ce je-ne sais-quoi qui réjouit les papilles et fait taire toute culpabilité calorique de mes pâtissiers français préférés. Ce qui pèche dans la pâtisserie sud-africaine, ce n’est pas la quantité. Visiblement pour qu’un gâteau soit bon, il faut d’abord qu’il soit gros et visible. Par exemple, comme ça:

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Une sorte de génoise fourrée de crème et recouverte d’une bonne couche de crème au sucre… Rien qu’à regarder une tranche, on a le compteur calorique qui s’affole, sans parler des enzymes gastriques qui se demandent comment absorber les colorants. Celui-ci, au couleurs du pays est assez populaire, on a aussi le “velvet cake” recouvert de copeaux rouge cramoisi… Vous voulez (au choix) du gras, du féculent, du sucre, vous en aurez pour votre argent! Le nombre de calories contenues dans un seul de ces chefs-d’oeuvre correspond à peu de chose près à la ration mensuelle d’une famille de somalis… Les pâtisseries locales sont donc infréquentables, quid des desserts familiaux?

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Les deux desserts fétiches locaux, évoqués comme les incontournables de la gastronomie sud-africaine,  et qu’on vous sert régulièrement dans pensions, tables d’hôtes ou autres lodges, sont le Malva Pudding (!) et la Milk Tart. Que penser de cet héritage pâtissier? Pas grand bien. Amis de la subtilité papillesque, passez votre chemin! Le Cape Malva Pudding(!) est un dessert spongieux comprenant une base de type quatre quarts à la confiture d’abricot, qu’on arrose d’une sauce sucrée à la sortie de la cuisson et que l’on sert (au choix) avec de la crème anglaise ou de la crème glacée. Résultat, un gloubiboulga gustatif dont on ne retire pas grand chose sinon un sentiment de satiété vite atteint et un taux de sucre à affoler votre diabétogramme.

Quant à la Milk Tart… Pour vous dire à quel point ce dessert est populaire, le mois de février est labellisé “National Milk Tart Month” en Afrique du Sud et des concours de milk tarts sont organisés un peu partout dans le pays. Sur une base de pâte brisée on verse une “custard” faite à base de lait concentré, d’oeufs, de sucre et d’extrait de vanille, avec un peu de Maïzena pour lier le tout. Saupoudrez abondamment le résultat obtenu avec de la cannelle… Un summum gustatif! Personnellement j’ai rarement testé de dessert aussi fade et écoeurant…

Bref, la pâtisserie locale, il n’y a pas de quoi en faire un flanc. Le constat s’impose: les douceurs, ce n’est pas leur tasse de thé aux sud-africains. L’histoire récente ne leur a pas laissé le loisir de mettre au point des ganaches délicates, des crèmes Chiboust ou des tartes Bourdaloue… Heureusement qu’à Joburg, ville d’immigration, la communauté française est sauvée du naufrage par Patachon French pâtisserie, dont le propriétaire a fait ses classes chez Le Nôtre… En cas de blues dominical, une dose d’opéra, de tarte au citron meringuée, un Paris-Brest bien crémeux, ou un gros Saint-Honoré et soudain tout va mieux!

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Vous avez dit… camping?

Rassurez-vous, le sujet de ce billet n’est pas une énième critique de la trilogie des 3 P: pastis-pétanque-Patrick qui immortalisa, pour les francophones, le camping des Flots Bleus… mais de ce qui est ici un art, une activité nationale… Le camping ici, c’est du sérieux, et les mois de décembre et janvier sont certainement les mois où il est pratiqué le plus intensivement, puisque, vous l’avez compris, ce sont les grandes vacances sud-africaines! Grosso modo, les sud-africains que je côtoie à Joburg se partagent entre deux catégories:

1) ceux qui vont visiter de la famille, dans un lieu de villégiature: généralement dans l’ex-province du Cap (les jours sont longs et la température agréable, tempérée par la présence de la mer) ou qui louent des maisons dans les mêmes stations balnéaires (Plettenberg Bay, le Cap ou Hermanus sont ici les équivalents des St Tropez, Biarritz et la Trinité sur Mer). Il n’en sera pas question dans ce billet.

2) ceux qui partent à l’aventure, avec leur équipement de camping, et sillonnent les splendeurs paysagères de l’Afrique Australe… Et il y a de quoi faire!

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Les raisons de l’engouement pour le camping? Elles sont sans doute multiples, intuitivement je les classerai en deux grandes catégories: les raisons pragmatico-économiques et les raisons culturelles.

Pour résumer ce que j’entends par “les raisons pragmatico-économiques”: l’Afrique du Sud est plutôt bien fournie en hébergements touristiques abordables, maisons d’hôtes, chalets à louer, mais partir à plusieurs et pour deux ou trois semaines en saison haute peut tout de même finir par se révéler onéreux. Par ailleurs, l’immensité du territoire fait que certaines zones ne sont pas couvertes. Et pour les pays environnants, Namibie et Botswana, majoritairement désertiques, trouver un hébergement en haute saison peut être problématique. Des hébergements par ailleurs de qualité très variable… Avoir son campement avec soi permet aussi d’être plus souple sur les itinéraires et de les composer vraiment à son goût.

Les raisons culturelles concernent surtout les sud-africains d’ascendance afrikaner ou britannique, les noirs ne sont pas très motivés. Mon prof de zoulou par exemple trouve particulièrement absurde d’aller passer ses vacances sous la tente avec un confort restreint… et la probabilité de rencontrer des bestioles peu sympathiques et potentiellement dangereuses pour certaines (la malaria existe encore dans certaines parties septentrionales du pays, comme au Botswana, en Zambie et au Zimbabwe). Dans certains lycées privés anglophones pour les garçons de la bonne bourgeoisie jobourgeoise, une expérience proposée (et tentée par une majorité) est le week-end de camping pères-fils, dans le bush sans confort… une sorte de rite de passage masculin… Pour les  afrikaners, le camping véhicule des souvenirs de l’épisode du Grand Trek, entrepris par les boers (colons d’origine hollandaise) pour échapper aux anglais qui avaient pris possession de la Province du Cap, et fonder au delà du Drakensberg les états libres d’Orange et du Transvaal. Cette épopée en chariots tirés par des boeufs s’affiche dans le marbre des bas reliefs du massif monument des Voortrekker à Pretoria. Une expérience aux dimensions quasi-épiques avec démontage de chariots pour faire face au relief accidenté des montagnes, batailles avec les redoutables guerriers zoulous, etc. On peut aussi y voir tout simplement l’attrait de profiter de la nature et de l’air pur sans intermédiaires, par des citadins lassés des week-ends dans les malls et les gyms climatisés des “suburbs”.

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Le camping ici se pratique comme un art. Si l’on peut trouver sur de nombreuses fermes des emplacements spéciaux pour les campeurs, les sites concentrant des centaines de maisons de toile du type “Les Flots Bleus”ne sont pas d’actualité. La version favorisée du voyage de camping est le voyage itinérant (road trip) avec bivouac. Ce type de voyage demande une certaine préparation. Les plus aventureux (et sans doute les plus jeunes ou les moins argentés) se contenteront de jeter dans le coffre de leur automobile une tente, et des sacs de couchage. Les transports collectifs ne sont pas un bon plan et le voyage avec tente et sac-à-dos n’est pas vraiment recommandé. Le road-trip nécessite une mobilisation quelques semaines voire mois auparavant. Il faut penser à l’itinéraire et anticiper les aspects pratiques.

Personnellement avant d’habiter en Afrique du Sud, je n’avais jamais réalisé à quel point les possibilités d’équipement de camping étaient développés. C’est un secteur économique à part entière! Depuis mon arrivée dans le pays j’achète régulièrement les publications Getaway et Go!, des magazines destinés à promouvoir les voyages individuels en Afrique Australe. Ces superbes publications conseillent des destinations, des itinéraires. De Cape Town au Malawi en trois semaines aller-retour, les incontournables du Botswana, l’essentiel de la Namibie, la découverte de petits joyaux méconnus dans la Province du Eastern Cape… Ils donnent également des indications pratiques: où bivouaquer, comment négocier les routes les plus difficiles (et oui, malgré un très bon réseau routier dans l’ensemble, certaines régions enclavées vus contraindront à des portions de chemin sur des pistes de condition variable!), quel matériel emporter, acheter, louer etc.

J’avais déjà remarqué l’omniprésence dans les centres commerciaux de magasins axés sur la vie en plein air, mais ces magazines sont saturés de compte-rendus de tests comparatifs: la meilleure lampe frontale, la trousse à pharmacie la plus complète, la meilleure tente, la meilleure remorque pour votre quatre-quatre (on parle de vrais quatre-quatre, pas ceux garés le long des trottoirs à Neuilly ou dans le XVIème permettant à leur propriétaire d’accéder en toute saison à leur fermette en Normandie…). Parce que figurez-vous, il y a plusieurs sortes de remorques: de la plus basique: celle qui ne comprend que vos affaires, à celle qui comprend une tente se dépliant autour d’une unité centrale. Je vous passe la description des tentes, de la pop-up tent (pas vraiment pro, excusez-moi, c’est bon pour vous protéger du soleil à la plage ou pour les super-béotiens) à celle (4 couchages) que vous pouvez déployer sur le toit de votre véhicule tout terrain au palace pour lequel vous n’avez pas intérêt à oublier les sardines en partant… La cerise sur le gâteau étant la petite cabine en toile pour vous ménager une certaine intimité pour la douche ou les toilettes chimiques (oui oui vous pouvez aussi transporter ce genre de commodité avec vous, beurk!)…

A l’approche de Noël et de la haute saison, j’ai été abreuvée de jolis catalogues d’équipement pour les vacances en plein air. Et là, vous n’imaginez pas la profusion d’articles: un inventaire à la Prévert… une énumération à la Vian… Dix types de snorkel pour le quatre-quatre: indispensable pour le passage des rivières ou pour éviter l’asphyxie du moteur lorsque l’on est ensablé… les treuils motorisés pour vous sortir des mêmes mauvais pas…  pour le côté “confort”: des lits de camp/matelas, classique, vaisselle de camping, glacières (classiques ou à brancher sur la batterie de votre véhicule, histoire de garder la bière fraîche en toutes circonstances), les chaises et les tables de camping: plastique? aluminium? rectangulaire? carrée? Une vraie caverne d’Ali Baba… Et pour les nostalgiques d’Out of Africa, de Stanley, Livingstone ou de Savorgnan de Brazza, mention spéciale pour Melvill and Moon, le must des fournisseurs pour safari… Personnellement, j’ai un petit coup de coeur dans leur catalogue pour le Rhodes Field Bar en bois sombre, qui permet de transporter et de présenter en toute occasion votre collection d’alcools et de spiritueux (sans oublier les cacahouètes) parce que bon, la classe, on l’a où on ne l’a pas… Quoi que, le petit écritoire pliable pour écrire mes mémoires au soleil couchant en sirotant l’inévitable G & T prophylactique pour la malaria (non homologué par l’OMS).

Vous l’aurez compris, le camping ici n’est pas un passe-temps d’amateur! Pour les paresseux et les moins impécunieux il est possible de louer un véhicule quatre quatre tout équipé (jusqu’à la tourniquette, pour faire la vinaigrette!), ou, fin du fin, faire du Glamping (contraction de Glamour+camping) ou en plus de l’équipement on vous fournira les accompagnateurs qui vous aideront à monter et à démonter le tout, voire à vous préparer en sus le petit repas à la belle étoile. Elle n’est pas belle la vie?

Fabriquer une “africanité” après l’apartheid… le cas des marchés de souvenirs africains…

Regard sur l’artisanat africain à Johannesburg

Le “bana-bana”, ou marchand de souvenirs sénégalais est une figure de mon enfance africaine. Qu’il fasse du porte à porte pour écouler son stock, ou qu’il vende sur un étal sur le trottoir où dans un marché plus structuré. Je me souviens de discussions animées autour de l’achat d’un objet repéré par ma mère. S’engageait alors une vive discussion sur les mérites de l’objet convoité, la fixation du prix, la rigueur des temps, les difficultés d’élever une famille nombreuse et autres amabilités. A l’issue de cet échange, l’argent changeait de main et l’objet de propriétaire, et chacun reprenait son chemin en ayant le sentiment d’avoir mené à bien sa transaction.

Durant mes premiers pas à Johannesburg, et bien souvent en Afrique du Sud j’ai été frustrée que ce côté africain omniprésent dans les villes de mon enfance en Afrique de l’Ouest y soit si peu présent. L’effet mégalopole? Peu de marchands d’artisanat sur les trottoirs, aucun de ces marchés colorés et parfois odorants où l’on s’interpelle joyeusement d’un étal à un autre, en vantant le velouté d’une mangue, la fraîcheur d’un poisson ou le croquant d’une tomate. Ce qu’on appelle des marchés ici sont souvent des lieux sans vraiment d’âme, à moins d’aimer les croûtes peintes pas des amateurs ou le prêt à porter hippie. Ils se tiennent le week-end sous l’auvent en béton et tôle ondulée d’un parking de centre commercial, et présentent plutôt un bric à brac de produits transformés, traiteurs, babioles et bibelots quelconques mais relativement peu de produits d’artisanat africain.

Quelques rares lieux, estampillés “African Craft Market” existent néanmoins,  dans les villes les plus touristiques. Le plus près de chez moi est à Rosebank, centre d’affaires entre le vieux centre de Johannesburg et l’opulente Sandton. (Au Cap allez vous promener sur Long Street). Cet African craft market où je me rends régulièrement lorsque j’ai des cadeaux à ramener, est une véritable caverne d’Ali Baba. Mais curieusement, il offre assez peu d’articles “made in South Africa”. Hormis les bijoux et éléments de décoration en perles de rocaille, les paniers Xhosa, les boucliers zoulous en peau d’impala, les oeufs d’autruche naturels ou sculptés, toutes les marchandises à l’intérieur du marché sont importées d’autres pays d’Afrique sub-saharienne, quand elles ne sont pas faites en Chine. Paniers, tissus, sculptures en bois ou en papier mâché du Kenya. Boucliers, statues et masques en bois du Cameroun, du Congo, de Côte d’Ivoire, bronzes du Bénin ou du Nigéria… Et d’ailleurs, les marchands eux-mêmes sont, en majorité d’autres origines que sud-africaine. Une bonne moitié des vendeurs parlent volontiers le français, étant originaires d’Afrique francophone.

Je suis tombée par hasard sur un article des Cahiers d’Etudes Africaines, écrit par Aurélia Wa-Kwabe Segatti qui m’a permis de donner un sens à cette anomalie qu’est l’ African Craft Market. Travaillant sur les migrations à l’intérieur de l’Afrique, et notamment à Johannesburg, elle a interviewé une vingtaine de marchands d’artisanat africain du marché de Rosebank entre autres, ainsi que des gestionnaires de ce type de marchés. La création de ces marchés d’art africain date d’après la fin de l’apartheid. Le régime précédent n’accordait aucune valeur à l’artisanat africain local et n’encourageait pas la création de marchés. Avec l’ouverture du pays au tourisme au moment de l’avènement de la démocratie, il a fallu créer une “africanité” qui avait été mise sous l’éteignoir pendant cinquante années, et gommer l’image trop blanche de l’ère précédente. L’Afrique du Sud pour exister comme destination touristique, devait se vendre comme une destination africaine sans en avoir les codes.

Dans les lodges de safari, que j’ai cités dans un précédent billet, l’africanité est convoquée par l’utilisation dans la décoration pillant sans vergogne les artefacts des pays voisins. Fauteuils en rotin du Malawi, statuettes nigérianes, etc. L’un des plus beaux hôtels de Johannesburg, le Saxon, utilise allègrement ce répertoire mêlé au souvenir de Mandela qui y écrivit, dit-on, ses mémoires.

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L’histoire racontée par les marchands est celle de migrants peinant à s’intégrer dans le milieu professionnel sud-africain, où leurs diplômes ou qualifications n’étaient pas reconnus. Ils ont commencé malgré eux à vendre quelques objets emportés dans leurs bagages pour leur permettre de survivre lorsqu’ils seraient à cours de liquidités. La demande croissante et le manque d’autres perspectives professionnelles les ont menés à se reconvertir en marchands de souvenirs africains et à monter peu à peu des filières d’approvisionnement. Les propriétaires immobiliers y voyaient bien leur affaire, créant des lieux attirant les touristes, et parfois aussi les locaux en quête de cette africanité. Petit bémol cependant, l’auteure remarque que parmi les locaux, seuls les blancs et les indiens fréquentent les marchés d’artisanat africain, la population noire se sentant peu d’affinité avec ce genre de lieux, leur préférant les malls à l’américaine avec leurs enseignes clinquantes et leurs marchandises neuves.

Le succès des marchés d’art africain en Afrique du Sud tient donc à ce qu’ils ont réussi à satisfaire trois types d’acteurs: les promoteurs immobiliers ou les autorités des villes touristiques qui voulaient construire une “africanité” à vendre aux touristes, les touristes en mal d’expérience “africaine”, et les migrants cherchant à trouver une activité professionnelle dans un pays pas forcément accueillant. Ces derniers n’ont pas pour autant été les dindons de la farce. L’auteure de l’article raconte comment ils ont pu imposer leur vue sur l’organisation du marché (pas de division par pays d’origine, mais un savant dosage d’articles de différentes provenances), et sur la fixation des prix. Il y avait au moment où elle a effectué son enquête, une affiche à l’entrée du marché de Rosebank proclamant: “ici c’est l’Afrique, on marchande”. Les palabres sont de rigueur!

Il est cependant dommage que nul part en Afrique du Sud on ne trouve de collections aussi intéressantes que les collections visibles en Europe. Pas d’équivalent de la collection du Musée du Quai Branly, du Musée Royal de Tervuren, des fondation Dapper ou Barbier Mueller. Où auraient-elles plus de sens que dans ce carrefour des migrations africaines?

L’africanité s’exporte en dehors du continent africain. Ainsi, El Cheikh, le marchand sénégalais auquel j’ai eu affaire la dernière fois que j’y suis passée, m’a exprimé son désir d’aller voir ailleurs, la situation locale ne lui semblant plus aussi prometteuse qu’autrefois. Il envisageait de se localiser au Brésil, où il va plusieurs fois par an pour des foires et où la demande d’articles d’artisanat du continent est semblerait-il en croissance!