Cansado, un monde nouveau?

Avez-vous entendu parler de l’exposition: “Charlotte Perriand un monde nouveau” inaugurée au début du mois d’octobre à la Fondation Louis Vuitton? C’est, paraît-il l’expo du moment à Paris. Nombre de mes amis l’ont déjà visitée et dit sur les réseaux sociaux le bien qu’ils pensaient de l’artiste et de l’exposition. Du coup, je n’hésite pas à frimer en leur disant que j’ai grandi dans du Charlotte Perriand!

Mais, me direz-vous, quel est le rapport entre Charlotte Perriand et Ngisafunda, puisque je vous a promis un blog sur l’Afrique? Et bien, si vous suivez ce blog depuis un certain temps, vous vous souviendrez que j’ai passé mon enfance en Mauritanie, dans une cité minéralière. Il se trouve que la cité minéralière en question (conçue pour loger les salariés de la MIFERMA, société constituée à la fin des années 50) a été dessinée par un atelier d’architecture travaillant régulièrement avec les apôtres du modernisme architectural et industriel qu’étaient Jean Prouvé et Charlotte Perriand. Et que c’est cette dernière qui a en dessiné une grande partie des meubles.

J’ai grandi à Cansado, cité construite à mi chemin entre le point central, centre névralgique du port minéralier, et Nouadhibou, ex-Port Etienne, ville créée en 1907 par le pouvoir colonial pour exploiter les ressources marines, les eaux mauritaniennes étant parmi les eaux les plus poissonneuses du monde. La maison de mon enfance n’avait rien de personnel. Elle ressemblait à toutes celles qui l’entouraient. Nous y avons emménagé en 1972 avec seulement quelques possessions: vêtements, livres, jouets, et le matériel photo de mon père. Tout l’équipement de la maison, mobilier, électro-ménager, vaisselle*, était fourni par la société. Inutile de dire qu’enfant, le nom de Charlotte Perriand m’était parfaitement inconnu (pour ce.lle.ux qui en ignorent encore le nom, un superbe hommage par Mona Chollet à lire ici).

A l’époque j’ignorais tout de “less is more”,** le motto de l’architecture moderniste, ou du virage vers une production plus industrielle des bâtiments. J’aimais cette maison, son architecture basse, ses murs blancs en béton, ses petites ouvertures pour éviter la morsure du soleil et les vents de sables, son mur d’enceinte et son toit en terrasse sur lesquels avec ma fratrie et quelques copains du quartier, nous avons passé des heures à jouer, profitant de la vue panoramique jusqu’à la mer. J’aimais les meubles au dessin géométrique et ludique. Les bibliothèques nuage, les enfilades avec leurs portes en contreplaqué noires et blanches et ses banquettes en bois sur lesquelles on pouvait se vautrer à son aise pour lire. “Pour moi le sujet c’est l’homme, ce n’est pas l’objet” disait Charlotte Perriand. Je l’ai perçu, vécu, avant même de savoir qui elle était. Contrairement aux honorables cabriolets recouverts de velours broché de chez ma grand-mère française sur lesquels on ne devait monter qu’avec révérence et en se tenant bien droite, on pouvait vivre sa vie affalée sur les banquettes du salon ou sur les fauteuils grillagés.

Je me souviens avoir vu, lorsque nous étions à l’école primaire, un documentaire sur la création de la MIFERMA (société des Mines de Fer de Mauritanie) et de ses deux cités, qui insistait sur le tour de force nécessaire pour faire sortir de terre, en trois ans, deux cités habitables (l’une au pied des mines de fer, à Zouérate, l’autre près de la mer pour expédier le minerai), et de la voie de chemin de fer de 700 kilomètres qui les reliait permettant d’acheminer le minerai sur le plus long train du monde. C’était une gageure de les approvisionner en eau et fixer la population nécessaire à faire fonctionner l’ensemble, sur un territoire où la population était en grande partie composée de nomades. L’industrialisation du processus et un certain génie de l’organisation avaient permis d’en arriver au bout. En tant qu’enfant, tout ça me paraissait bien théorique.

En découvrant Charlotte Perriand, des années plus tard, je me suis rendue compte que l’univers de ses créations m’était très familier. J’ai essayé de m’intéresser à la genèse de Cansado. Et j’ai découvert, à ma grande surprise, que c’est un cas régulièrement étudié dans les publications d’architecture comme un exemple de planification urbanistique post-coloniale, comme ont pu l’être la tour Sabena à Kinshasa, la cité de Chandigarh en Inde, ou celle de Brasilia.

C’est vrai que cette création avait quelque chose d’épique. Le défi était de trouver où et comment localiser la cité, assez proche pour ne pas avoir de problème de transport du personnel, mais à l’abri du bruit et des poussières du port minéralier. Un wagon de minerai basculé pour être vidé de son contenu qui passe sur des convoyeurs pour être déchargés dans les cales d’un bateau, ça fait déjà du boucan! Alors lorsque le train fait près de deux kilomètres, je vous laisse imaginer! La localisation serait un endroit pas trop exposé aux vents de sable, très fréquents dans la région, et pas trop proche de Nouadhibou, ville de pêcheurs désordonnée où avaient commencé à se développer des quartiers de bidonvilles. Le lieu choisi fut une pointe fermant la baie du Lévrier, protégée par des falaises et vierge de toute installation. Cette table rase permit une liberté totale aux concepteurs du projet qui voulaient par ailleurs laisser de la place pour d’éventuelles nouvelles phases de construction qui n’eurent jamais lieu.

Il fallut trois ans, entre 1960 et 1963 pour faire sortir de terre le complexe minéralier. On lit, dans les compte-rendus architecturaux, les idées qui ont guidées l’édification des cités de la MIFERMA. La construction des cités minière et minéralière correspondaient pour leurs promoteurs à rien moins que l’incursion de la modernité au royaume des maures et des vents de sable. Les cités créaient un habitat sédentaire dans une zone où il y en avait très peu et la vie industrielle bouleversait les hiérarchies traditionnelles. L’ambition était de donner le coup d’envoi de la Mauritanie du futur. Le système de castes existant sur le territoire ne serait plus valide au sein de l’exploitation minière, seule la compétence était requise pour occuper des postes. Les logements seraient construits selon les mêmes principes, meublés avec les mêmes meubles, les seuls éléments distinctifs étant entre les types d’habitations (villas séparées ou maisonnettes alignées dans des rangées), les volumes et les espaces, distribués différemment. Ce qui distinguerait ce projet des anciennes villes coloniales c’est que la séparation ne se ferait pas selon un plan binaire: ville blanche, ville indigène, mais un même habitat pour tous, où la localisation, comme ce qui se faisait dans les cités minières se ferait en fonction du rôle du chef de famille dans la société d’exploitation.

Les habitations étaient réparties en 30 villas “cadres”, 170 logements de maîtrises et 490 logements subalternes. Venaient s’y ajouter deux immeubles d’appartements pour les célibataires et un hôtel pour recevoir les hôtes de passage. En plus des logements, le projet comprenait la création d’équipements médicaux, d’écoles, de clubs de loisirs, d’un cinéma (ah le cinéma Le Phare, j’y ai vu tous les Tarzan avec Johnny Weissmuler!), d’un hôtel, d’une chapelle et d’une mosquée. Il fallait fidéliser du personnel qui viendrait essentiellement d’Europe pour les plus qualifiés, et d’Afrique, de Mauritanie ou des pays limitrophes pour les autres. Je me souviens avoir eu dans ma classe des camarades sénégalais.e.s, guinéen.ne.s, togolais, canariens… Les mauritaniens arabophones étaient scolarisés dans une école mauritanienne.

Soixante ans après, qu’est-devenue cette cité? Le rêve de Charlotte Perriand et de ses camarades d’inventer un art de vivre fonctionnel et beau, en rapport avec leur temps a t’il survécu? Il faudrait le demander à ceux qui occupent la cité actuellement. Les mémoires ou les articles d’architectes ont des verdicts mitigés sur l’échec d’un modèle somme toute encore très européen.

C’est un échec, disent-ils, parce que les utilisateurs imaginés par les concepteurs étaient des utilisateurs correspondant à des familles nucléaires européennes et ne prenaient pas en compte, notamment dans le nombre de pièces, les familles plus étendues d’origine africaine. Par ailleurs, au début de l’aventure, il y avait du fait, du manque de cadres africains, une partie européenne de la ville et une ville africaine.

Bien que la Mauritanie ait acquis son indépendance au début du projet, la société des Mines de Fer de Mauritanie n’a été nationalisée que fin 1974, entraînant la “mauritanisation” des emplois et la diminution progressive du nombre d’expatriés européens. Le changement d’occupants a fait ressortir que les maisons ne correspondaient qu’imparfaitement aux types de famille non-occidentales, à leur style de vie.

Ce n’est pas cependant un échec parce que certains habitants d’aujourd’hui revendiquent fièrement cette “cité moderne” et lui reconnaissent une place à part dans le paysage mauritanien. Et puis aussi parce qu’à l’instar de ce qui s’est passé dans d’autres réalisations architecturales modernes comme Chandigarh, les habitants ont commencé à modifier l’architecture des maisons pour y adjoindre des constructions (restant dans les limites des enceintes initiales) pour mieux répondre à leurs besoins en termes d’hébergement ou pour servir de complément de revenu. Certes, la cité n’a pas évolué exactement selon le rêve de ses concepteurs, mais elle garde une unité à part dans le paysage urbain mauritanien. Les vues aériennes à soixante ans d’écart sont à peu près semblables.

Nous avons quitté Cansado en 1980 et n’y sommes jamais retournés. Je ne sais pas si j’y remettrai les pieds un jour, j’ai trop peur d’y abîmer mes souvenirs… comme le dit le poète: “le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants…” et les Charlotte Perriand?

* Deux jeux de vaisselle pour les cadres: une vaisselle de tous les jours, et une vaisselle de réception

** “Faire mieux avec moins” , mouvement qui prône la sobriété en terme d’architecture et de décoration

*** On peut retrouver désormais les “enfilades Cansado”, les “Daybeds Cansado”, les étagères nuages de Charlotte Perriand ayant équipé les maisons de la cité chez les antiquaires spécialistes des meubles des années 50 pour des prix astronomiques.

A quoi rêve la jeunesse africaine?

En ces temps où la jeunesse des pays du Nord se passionne pour l’avenir de la planète, et où elle se mobilise en masse pour sauver le monde de ses démons carbonés, il y a une grande absente des débats et des programmes de télévision: la jeunesse du Sud. On est prompt à relever, avec des expressions laudatives ou méprisantes, le nombre d’étudiants ou de lycéens séchant les cours pour venir manifester devant les lieux de pouvoir. La prestation de Greta Thunberg devant les Nations Unies a été abondamment commentée. L’allocution d’une jeune fille de seize ans devant cette assemblée est en soi extraordinaire. Mais où sont les reportages sur les étudiants de Dakar, Abidjan, Cotonou, Yaoundé, Nairobi, Dar-es-Salam, Kinshasa ou Johannesbourg? S’est-on intéressé à la façon dont ces jeunes-là voient leur avenir? Qu’ont-ils à dire sur l’avenir de cette planète que, qu’on le veuille ou non, nous avons en commun?

Il serait présomptueux de répondre à un sujet aussi vaste en un billet de blog. La question appelle des recherches sociologiques, anthropologiques, économiques et serait un bon sujet de colloque interdisciplinaire. Le roman, s’il ne permet pas d’établir des faits est une aide précieuse pour illustrer des points de vue actuels. Il se trouve que j’ai récemment lu deux romans d’auteurs congolais, “Congo Inc.” d’In Koli Jean Bofane et “Johnny chien méchant”, d’Emmanuel Dongala, et que leur sujet, précisément, ce sont les rêves (enfouis/enfuis/piétinés) d’une partie de la jeunesse congolaise.

Le roman très ironique d’In Koli Jean Bofane, met en scène Isookanga, un Rastignac congolais à moitié pygmée (sa mère a fauté avec un homme d’une autre ethnie) de vingt-six ans qui décide de partir tenter sa chance à Kinshasa. Isookanga alias Congo Bololo dans sa vie virtuelle, rêve de fortune, de capitalisme et de mondialisation, loin de la sagesse immémoriale incarnée par son oncle, gardien des traditions et de la forêt. Kinshasa ne se révèle pas à la hauteur de ses attentes, et Isookanga se retrouve à la tête des shégués, ces enfants des rues qui vivent de rapines et de combines autour du marché central. Les aventures d’Isookanga sont l’occasion pour l’auteur de peindre un portrait mordant de l’actuelle RDC. Tout le monde en prend pour son grade. Les personnages secondaires de ce roman féroce sont tous plus ou moins affreux, bêtes et/ou méchants (à l ‘exception sans doute du vieux pygmée). Des édiles de la ville de Kinshasa au seigneur de guerre à la retraite, en passant par l’anthropologue belge pétrie de repentance coloniale qui croit avoir rencontré la “nature congolaise” en passant quelques jours chez les ekonda, l’officier des casques bleus qui fréquente les adolescentes prostituées du marché central, ou le pasteur très âpre au gain de l’église de la multiplication divine adepte des costumes de marque et des berlines allemandes.

Emmanuel Dongala dépeint les trajectoires de deux personnages, dans une ville du Congo non nommée, qui ont à peu près le même âge seize ans, et vont finir par s’affronter. Le premier, Johnny chien méchant, a oublié son nom de baptême. Adepte des noms de guerre, c’est un adolescent qui a été enrôlé dans une de ces milices qui vendent leur service au plus offrant et se rémunèrent en pillant et en violant ce.lle.ux qui n’ont pas l’heur d’être du bon côté. La seconde, Laokolé, a longtemps cru, conformément au rêve instillé par l’idéologie du développement occidentale, qu’une bonne éducation serait la clé de son émancipation. Elle est à la veille de passer son bac, et rêve de devenir ingénieure. Son père a été tué lors d’un précédent épisode de violence civile qui a laissé sa mère mutilée. Une énième crise met fin à tous les rêves de l’adolescente qui n’aura plus que la possibilité de développer sa résilience dans un pays qui n’a rien à lui offrir que l’absurdité de la violence et de la méchanceté.

Bien sûr, ces romans sont des oeuvres de fiction, et toute ressemblance avec des personnages et des lieux qui auraient existé est sans doute fortuite etc… Toute la jeunesse africaine ne peut se retrouver dans ces destins particuliers marqués par les crises politiques successives d’un pays qui n’en finit pas de (mal di)gérer son passé colonial, comme le rappelle In Koli Jean Bofane. Mais les romans de Chibundu Onuzo, ou de Chimamanda Ngozi Adichie pour le Nigéria, ou de Niq Mhlongo pour l’Afrique du Sud dépeignent une jeunesse aux antipodes des revendications écologistes. La préoccupation des jeunes africains, c’est l’accès aux bénéfices du “progrès” tels qu’ont pu en bénéficier leurs homologues européens. Pouvoir vivre une vie digne. Avoir accès à l’eau, à l’électricité, à des services de santé et à une éducation de qualité pour commencer. Pouvoir offrir à leurs parents des conditions de vie meilleure que celles que ceux-ci ont connu. Avoir le droit de rêver d’accéder à l’université et aux bénéfices de la mondialisation, en termes de consommation mais aussi en termes de voyages, de rencontres. Seule une toute petite partie de jeunes, issus des classes moyennes supérieures peuvent y prétendre aujourd’hui.

“Vous m’avez volé mon enfance” a scandé l’égérie du mouvement des jeunes du nord aux dirigeants de ce monde. Cette phrase résonne bien étrangement sur d’autres continents.

Sindiwe, entre tradition et maternité (devenir mère à Johannesburg part 13)…

J’ai rencontré Sindiwe par des amis communs. C’est l’incarnation parfaite du “diamant noir”, ces jeunes noir.e.s qui ont embrassé les opportunités que leur offrait la démocratie et la fin de l’apartheid, pour faire de bonnes études et devenir des professionnels recherchés. Diplômée en économie de l’université de Cape Town, elle était en dernière année de thèse, travaillant en même temps pour un organisme de recherche lorsqu’elle a été débauchée par le département investissements d’une grande banque sud-africaine. Elle raconte que lorsqu’elle avait annoncé à sa mère qu’elle poursuivrait son master par une thèse, sa mère lui aurait répondu: “mais alors, tu ne pourras jamais te marier?”.

Elle est en couple avec un européen rencontré à l’université, consultant dans un grand cabinet international, et me dit que probablement elle n’aurait pas trouvé de mari noir, car les sud-africains noirs voient d’un mauvais oeil d’avoir une épouse plus diplômée qu’eux. Une de ses amies avocates qui a épousé un avocat noir remet à son mari, tous les mois l’intégralité de sa paye dont il lui restitue une partie pour ses dépenses. Sindiwe y voit un signe d’allégeance et une façon d’apaiser le sentiment de malaise du mari, qui, selon la tradition doit “dominer” sa femme.

Sindiwe a échappé aux aléas du marché du mariage traditionnel en épousant un européen. Leur niveau de vie lui a permis d’avoir accès aux meilleurs soins médicaux possibles à Johannesbourg. Mais le fait de fonder une famille bi-culturelle a aussi l’inconvénient de les couper des modèles existants. Ils doivent inventer un équilibre familial différent de ceux de leurs familles d’origine…

” En fait je n’étais pas sûre de pouvoir avoir des enfants. Depuis mes dix-huit ans j’ai des problèmes de fibromes utérins. En 2010, j’avais vingt-huit ans, j’ai de nouveau eu des fibromes, le gynéco que j’ai vu m’a conseillé l’hystérectomie, car les fibrômes risquaient de revenir tout le temps. J’ai pris un second avis. Le second gynéco, un type plus âgé, m’a conseillé la chirurgie pour éradiquer les fibromes présents mais ne voyait ça que comme une solution temporaire. Ils allaient revenir. Un an après l’opération, à la visite de contrôle, il m’a dit qu’il ne fallait pas que je tarde trop si je voulais des enfants, parce que le problème de fibromes, qui était réapparu, risquait d’empirer et de m’empêcher à terme d’envisager des grossesses. J’étais avec celui qui allait devenir mon mari depuis la fac. Et il voyait que cette histoire me préoccupait. Pourtant, je n’avais jamais pensé à avoir des enfants auparavant, ce n’est pas quelque chose dont je rêvais étant petite, mais l’idée que peut-être je n’en aurais jamais si j’attendais plus, m’a profondément perturbée.

Mon futur mari m’a dit: “on n’a qu’à essayer! On va traverser ça ensemble”. J’étais très touchée qu’il me dise ça, qu’il se sente concerné aussi. Et nous sommes tombés enceinte très rapidement. Durant toute la grossesse le gynéco a contrôlé les fibromes. Il n’y a pas eu de problème de ce côté là. Mais je savais que j’aurais forcément une césarienne du fait de mon utérus cicatriciel. En plus mes bébés (Sindiwe a eu un second enfant deux ans après le premier) étaient très gros. Je ne voulais pas prendre de risque.

Pour le suivi de la première grossesse j’avais le gynéco qui m’avait opérée. Il était très compréhensif, me donnait plein de choses à lire, des articles qu’il imprimait si j’avais des questions. J’avais fait des recherches sur Internet pour voir si je pouvais accoucher par voie basse. Il m’a expliqué pourquoi il ne le conseillait pas. Il m’avait même dessiné sur une feuille mon utérus, la localisation des fibromes et là où il ferait la césarienne. J’ai pris toutes le vitamines et suppléments alimentaires conseillés. J’étais très stressée pour la trisomie 21. J’ai fait l’échographie détaillée à 12 semaines et à 20 semaines pour le premier.

L’échographiste était super compétente, elle m’a tout expliqué, tout montré, et elle m’a assuré qu’il n’y avait pas besoin de faire d’autre test. J’en ai un meilleur souvenir que du test non-invasif que j’ai fait pour le second (cela n’existait pas quand j’ai attendu le premier). J’ai hésité à prendre ce test. Il était très cher, 1000 dollars non remboursés par l’assurance. Je n’étais pas sûre de vouloir avorter en cas de résultat positif. Mon mari pensait qu’il valait mieux le prendre et interrompre la grossesse en cas de résultat positif. J’ai été très choquée par l’attitude de ma mère, que j’ai eue au téléphone et à laquelle j’expliquais mes hésitations à ce moment-là. Elle qui est si religieuse, elle me disait qu’il fallait prendre le test et ne pas mettre au monde un bébé atteint. Les trois semaines d’attente des résultats ont été un enfer, mais finalement, tout allait bien.

J’ai un souvenir curieux de ma première césarienne. Le médecin était plutôt vieux, blanc et plutôt relax, sans doute un privilège de l’expérience. Il était assez positif et encourageant. Je me souviens qu’il parlait de golf et qu’il plaisantait avec l’anesthésiste pendant la césarienne. Pour ma seconde grossesse, il avait pris sa retraite. Alors j’ai changé de médecin et de clinique. J’ai choisi une obstétricienne kényane, beaucoup plus jeune, dans les quarante ans. Elle nous donnait juste les faits, était assez transactionnelle, assez neutre. Mon mari ne l’aimait pas. On sentait qu’elle était totalement pétrifiée par les risques de judiciarisation, qu’elle contrôlait tout ce qu’elle disait pour qu’on ne puisse pas se retourner contre elle. Sur l’aspect médical je l’ai trouvée assez scolaire. Elle ne nous a jamais dit: “votre bébé va très bien” ou un truc comme ça.

En revanche, elle abordait beaucoup plus les aspects matériels de la maternité, me demandait comment je m’en sortais avec le premier. J’étais très fatiguée pendant la grossesse, avec le boulot et le bébé. Elle me demandait comment je me sentais en tant que femme, épouse, mère. c’est elle qui m’a convaincue de prendre une aide à temps complet à la maison. Mon mari ne comprenait pas. Sa mère est allemande, elle a toujours tout fait chez eux. Pour lui il était impensable d’avoir besoin de quelqu’un à demeure. C’est elle qui m’a aidée à le persuader que c’était nécessaire, et ça allait beaucoup mieux après! La péridurale n’a pas pris cette fois-ci alors j’ai eu une anesthésie générale, et lorsque je me suis réveillée, j’avais un second bébé!

L’allaitement n’a été facile pour aucun des deux, mon lait n’arrivait pas, il a fallu attendre cinq jours à chaque fois. Ils donnaient des suppléments aux bébés à la clinique. Je me sentais inadéquate. J’ai sevré mes bébés lorsque j’ai repris le boulot, après quatre mois pour le premier et après cinq mois pour le second. Pour la première naissance, ma mère est revenue de l’étranger pendant six semaines pour m’aider. Elle n’a pas pu pour le second, mais j’avais de l’aide à domicile, et mes tantes passaient deux fois par semaine pour s’assurer que tout allait bien. Dans ma culture, la femme rentre chez ses parents pour accoucher et y reste au moins trois mois. Ce n’était ni possible, ni souhaitable pour nous, mon mari s’est beaucoup impliqué. Et ma mère vit à l’étranger.

J’ai des amies qui ont fait ça. c’était moins facile pour le père de trouver sa place. Le mari d’une de mes copines a commencé à voir une autre femme pendant que sa femme était chez ses parents avec leur bébé nouveau-né…

Devenir père à Johannesburg (devenir mère à Johannesburg, part 12)…

Ecrivant ce post le jour de la Journée Internationale des Droits des Femmes, j’ai envie d’ inclure dans ma recherche “Devenir mère à Johannesbourg” quelques lignes sur… les pères… Un jour où j’effectuais des entretiens dans les locaux d’un centre communautaire à Soweto, un jeune homme qui devait avoir une vingtaine d’années, entendant l’intitulé de ma recherche, m’avait fort judicieusement interpelée: “tu sais, tu devrais aussi interroger des hommes sur ‘devenir père à Johannesburg”, c’est pas facile non plus!”. Je n’ai pas eu le temps de le prendre au mot.

J’ai beaucoup entendu parler des pères pendant tous mes entretiens. Les émissions de radios ou la presse quotidienne font régulièrement état de la démission des pères sud-africains (et surtout des hommes noirs), et c’est vrai que les statistiques leur donnent raison, ou sur la violence intra-familiale souvent perpétrée par les pères. La General Household Survey de 2016 montre que 64% des enfants sud-africains vivent dans un foyer différent de leur père biologique, et 29 % sans aucun adulte mâle. J’ai principalement entendu parler de deux types de pères dans ma recherche, les pères présents et les pères absents.

Les pères présents, on ne s’en étonnera pas, se retrouvent plus dans les quartiers favorisés de la ville, où la norme procréative est proche de la norme occidentale. La parentalité, choisie, arrive après la mise en couple et au moment où le couple se sent prêt. Les futurs pères, dans cette optique étaient présents, voire très présents, menant à cette aberration de langage de femmes enceintes qui employaient le “nous” lorsqu’elles mentionnaient leur gestation: “nous sommes enceinte”, intégrant le futur père symboliquement dans la grossesse. Ces pères assistaient à tout ou partie des consultations posaient des questions. Une de mes interviewées raconte que son conjoint étant avocat, l’obstétricien prenait bien soin de répondre à toutes ses questions, voire à lui fournir des articles de revues scientifiques pour justifier ses dires… D’autres pères discutaient sport avec le gynéco pendant la césarienne, ou faisaient office de ‘coach/accompagnant’ pendant le travail.

Dans les townships, une majorité des pères étaient absents. Seule une petite partie de mes interviewées ont réussi à maintenir une relation avec le père après la naissance du bébé. Et ce d’autant plus que les futurs parents étaient jeunes. L’annonce de la grossesse est terrible pour les jeunes femmes qui en grande majorité ne la souhaitaient pas, mais pour autant n’avaient pas pris les précautions optimales pour éviter la survenue d’une grossesse. Pour les hommes, c’est aussi difficile de l’ admettre, et plus tard, de s’adapter à leur nouveau rôle. Un certain nombre se défausse du problème en niant que l’enfant puisse être le leur*. D’autres, qui auraient envie de jouer un rôle à la fois dans la vie de l’enfant et dans la vie de la mère, sont retenus par des barrières économico-socio-culturelles comme le rappelle ce rapport sur la paternité en Afrique du Sud.

Une conjonction de facteurs économiques (taux de chômage extrêmement élevé et donc pas de revenu permettant la cohabitation des parents, hébergés dans leur famille d’origine), de facteurs traditionnels: pour cohabiter, il faudrait se marier, et se marier coûte d’autant plus cher qu’il faut que la famille du marié acquitte la lobola (prix de la fiancée) à la famille de la mariée. Le prix de la lobola est déjà un frein au mariage dans les classes moyennes comme le note Roger Southall dans ‘The new black middle class in South Africa”, il est prohibitif dans les quartiers les plus pauvres.

Pour tenir un rôle auprès de la mère et du futur enfant, il faut au moins que le père (ayant reconnu être à l’origine de la grossesse) acquitte l‘inhlawulo (dédommagement) qui permette de prendre en charge l’entretien du bébé. Dans le cas où le futur père n’a pas de revenu, c’est à sa famille de le faire, et la famille se fait souvent tirer l’oreille. Les séances de demande d’inhlawulo racontée par les mères sont souvent des épisodes très marquants et humiliants du début de leur grossesse, où elles doivent affronter les quolibets de la famille de leur petit ami, mettant en doute leur parole. Lorsque l’inhlawulo est acquitté, la famille du père peut demander la garde de l’enfant, le paiement faisant foi de leur droit sur l’enfant qui s’inscrit dans la lignée paternelle. Bien souvent, quand les familles n’ont pas d’argent, elles refusent de payer, et la famille de la fille interdit au futur père l’accès à leur fille et au bébé une fois né qui s’inscrit dans la lignée maternelle.

Une de mes jeunes interviewées, qui a continué à voir en cachette le père de son bébé me racontait les stratagèmes que celui-ci devait déployer pour venir les voir. Il avait profité du séjour à hôpital où elle était restée plus longtemps pour cause de césarienne, et venait quand les autres membres de la famille n’était pas là. Les deux seules jeunes femmes que j’ai interviewées à Soweto qui ont pu former une famille nucléaire avec le père de leur enfant étaient issues de familles très réduites (l’une vivait avec sa mère malade qui est décédée lorsqu’elle était à la maternité) et l’autre avec une mère alcoolique qui l’a jetée dehors en apprenant sa grossesse. Le père étant salarié d’une entreprise de bâtiment et n’étant pas logé par sa famille, ils ont pu, avec la bénédiction de la famille restée dans le Northwest, s’installer ensemble.

Lorsque la famille nucléaire n’est pas la norme, et que la famille étendue est le meilleur moyen de subsister dans un pays où le chômage sévit, ce sont les impératifs de la famille étendue qui priment sur les affinités amoureuses et les naissances. Dès lors, s’il y a eu paiement de l’inhlawulo, la famille du père (et le père) peut demander à voir l’enfant, mais souvent dédommagement ou pas, les relations se distendent après la prime enfance, les couples ayant du mal à rester ensemble sans cohabiter. Les pères peuvent se manifester, ou pas quand l’enfant grandit.

Les enfants ne sont pas forcement privés de figure paternelle pour autant. Habitant avec la famille de leur mère, c’est souvent un grand-père, ou un oncle maternel qui jouera ce rôle. Il y a peu de stigmatisation pour les enfants nés hors mariage ou non reconnus par la famille de leur père biologique. La non reconnaissance par le père biologique est entrée dans les normes administratives. Au département des “home affairs” où l’on fait enregistrer les naissances, les employés n’inscrivent pas les deux noms des parents biologiques s’ils ne sont pas mariés (sous la loi coutumière ou la loi civile). Une de mes amies, expatriée française non mariée, en a fait l’expérience. Elle a dû batailler pour que son compagnon et père de son enfant, figure sur l’extrait de naissance de leur fils. En l’absence de document attestant du mariage, l’employé avait seulement inscrit les noms de la mère…

Alors que les recherches traditionnelles avaient tendance à pathologiser les familles non nucléaires, certains chercheurs commencent à s’intéresser de plus près aux paternités, non plus définies par des statuts administratifs ou coutumiers, mais plus par une paternité en actes. Elles montrent que des pères cherchent de nouvelles façons de s’impliquer dans l’éducation des enfants, même en ne résidant pas avec eux. Mais les barrières sont nombreuses. La position culturelle attendue du père, est un homme adulte (et donc ayant complété son initiation), et en mesure de fournir une sécurité matérielle à ses enfants, en gagnant suffisamment bien sa vie. C’est souvent impossible pour les pères des quartiers les plus pauvres, et cela conduit à l’éviction des pères par les familles maternelles, ou leur auto-éviction, ne sentant pas la légitimité à tenir un rôle autre qu’économique auprès de leurs enfants.

Je voudrais pour finir vous livrer une petite anecdote qui m’a serré le coeur. Alors que je faisais mes courses dans le Woolworth (supermarché haut de gamme) de mon quartier. Un homme, probablement un ouvrier d’un chantier voisin (il portait un bleu de travail), me demande de l’aider. Il me dit qu’il se demande quel lait est le plus adapté pour un bébé. Il a, dans les mains, des boîtes de lait concentré sucré et des briquettes de lait de vache pasteurisé. Je réponds à l’homme qu’il ne faut surtout pas donner de lait sucré aux bébés. Je lui demande l’âge du bébé, il a moins de six mois. Je dis à l’homme que pour un bébé de moins d’un an, le lait de vache n’est pas recommandé et qu’il vaut mieux qu’il prenne du lait formulé exprès pour les bébés, au rayon spécialisé. Mais c’est très cher, trop cher me dit-il. C’est le lait le plus adapté pour bébé, réponds-je avec mon catéchisme de familière des milieux de la petite enfance européens. Il me remercie et s’en va. Plus tard, ma fille Valentine qui avait assisté à l’échange me dit qu’elle a vu l’homme passer à la caisse avec ses briquettes de lait…

Je ne sais pas qui était cet homme, je ne le saurai jamais. Mais pour moi il a symbolisé ces pères qui veulent tenir un rôle auprès de leur enfant mais à qui la réalité économique ne donne pas la possibilité de s’y engager. “It’s the economy stupid?”

*”Billy Jean is not my lover, She’s just a girl who says that I am the one, but the kid is not my child”

Stella, prof de yoga prénatal et doula, apôtre de la naissance holistique

J’ai contacté Stella sur les conseils d’une amie qui avait suivi ses cours de yoga prénatal pendant ses trois grossesses. Les doulas sont quasiment inexistantes en France, j’en avais entendu parler par des collègues québécoises, mais je n’en avais jamais rencontré. J’étais donc assez désireuse de faire la connaissance de Stella.

Elle m’a reçue dans le jardin de son studio de yoga, à la fin d’un de ses cours. Nous avons discuté à l’ombre d’un grand arbre dont le tronc noueux rappelé celui des ficus des mythes indiens, bercées par le glouglou d’une fontaine dans le bassin de laquelle nageaient des carpes Koï. Je n’ai jamais entendu parler de yoga prénatal pendant mes grossesses, peut-être n’y étais-je pas sensible. C’était une autre époque, et notre culture du corps est différente de celle des descendants des pionniers qui ont colonisé ce bout du continent africain.

Lorsque j’attendais mes deux derniers, j’ai beaucoup apprécié la préparation en piscine, donnée à la piscine municipale de mon quartier, juste après les séances de bébés nageurs, où il était agréable de respirer et de relaxer nos corps s’alourdissant de femmes gestantes. J’ai pu constater l’effet que ça avait sur mes bébés, particulièrement actifs lorsque je faisais la planche, la nuque et les genoux soutenus par d’affreux mais salutaires boudins en polystyrène. Les exercices de respiration m’ont beaucoup servi. Je les trouvais beaucoup plus compréhensibles que lors de la formation sur la méthode Lamaze que j’avais suivie aux Etats-Unis. Dans les consultations d’obstétrique auxquelles j’ai assisté en tant que chercheuse, lorsqu’on abordait la question de l’activité physique c’était plus pour dire qu’on n’était pas obligée de tout arrêter lorsqu’on était enceinte, que l’activité physique régulière était plutôt favorable, mais qu’il fallait savoir la doser.

La vocation de Stella se confond avec son histoire personnelle. Elle a organisé ses activités autour de l’univers de la naissance. Et d’ailleurs dans notre discussion elle ne fait pas de récit séparé de sa vie personnelle et de son histoire professionnelle, celles-ci sont intimement liées.

Je suis arrivée en Afrique du Sud il y a vingt-trois ans, j’ai grandi en Zambie, où mes parents étaient missionnaires dans un village de brousse. Mon père faisait du développement communautaire dans une zone très rurale. Mon père faisait l’école également, ma mère l’aidait, et servait d’infirmière avec la petite armoire à pharmacie qu’elle arrivait à fournir, mais ils n’avaient pas le contrôle sur grand-chose. J’ai grandi à côté de celle que je considère comme ma seconde mère. Elle travaillait pour mes parents à la mission, elle s’occupait des consultations d’infirmière et de sage-femme à l’hôpital que tenaient mes parents.

Je pense que c’est elle qui a décidé de ma future vocation d’assistante/auxiliaire de naissance. Elle m’a emmenée avec elle en visite avec elle très jeune dans les villages, peut-être à partir de mes huit ans.

Elle était souvent appelée dans les villages, pour aider des femmes qui allaient accoucher. J’ai eu la chance de pouvoir très tôt voir des naissances. C’était un évènement naturel, une affaire de femmes, c’était la communauté des femmes qui prenait soin de la future mère. Il y avait entre trois et cinq femmes autour, et les autres entraient et sortaient pendant que le travail se faisait. Il y avait des femmes assises, en train de discuter, des filles de tous âges qui entraient et sortaient c’était assez agité et plutôt joyeux, et puis, tout à coup, cela devenait silencieux. Ma nounou aidait à récupérer le bébé au moment de l’expulsion.

J’ai grandi dans la brousse, loin de tout hôpital, La naissance y était quelque chose de très naturel. Un petit pourcentage des naissance se passait mal. Mais 90% se passaient sans problème. Le problème a été créé par les hôpitaux des missions, ce sont eux qui ont créé le traumatisme de la naissance. J’ai appris en regardant. J’ai assisté à de nombreuses naissances dans la brousse.

Lorsque j’ai attendu mon premier enfant, il y a vingt ans, j’habitais en Afrique du Sud, je n’avais aucune envie d’avoir une naissance médicalisée comme on la préconisait ici. J’étais allée voir un gynéco à Cape Town qui, dès la première consultation, voulait me faire faire des tas d’examens. Je n’ai pas confiance dans les gynécos. Je connaissais cette sage-femme rurale en Zambie, je suis rentrée pour accoucher en brousse. Mais finalement, elle n’a pas pu m’aider et j’ai accouché seule. Ce n’était pas idéal, j’ai eu des déchirures assez importantes. Lorsque j’ai attendu mon second enfant, je me suis tournée vers une sage-femme ici. Elle rentrait du Royaume Uni où elle avait exercé et elle savait très bien assister des naissances non médicalisées. J’ai dû quand même avoir deux consultations avec un gynéco pour des questions d’assurance, mais sinon elle m’a suivie pour toute la grossesse.

Nous nous sommes très bien entendues. Nous parlions beaucoup. Elle nous posait des questions sur tout, nous demandait comment nous allions, si nous avions fait des rêves à propos du bébé, comment nous envisagions sa naissance. On parlait de nutrition, de toutes sortes de choses. Elle nous conseillait des lectures. Chaque fois que nous lui répondions elle nous écoutait très attentivement, très humblement. Cela nous a beaucoup aidés pendant la grossesse et l’accouchement.

L’accouchement à la maison a été très rapide. La sage-femme est restée une heure et après elle nous a laissés. Pour la naissance de mon troisième, dix ans plus tard, nous avions loué une piscine que nous avions mise dans le salon, mon fils de neuf ans était dans la piscine avec moi pendant l’accouchement. Pour lui, c’était naturel. Il a assisté à tout. On a perdu l’habitude d’assister à la naissance et à la mort de nos proches dans nos sociétés, je trouve ça dommage…

J’ai monté un cours de yoga prénatal. Je recevais des femmes venant de la pratique de cette sage-femme. Elle avait monté un super cours d’éducation prénatale, certainement un des plus complets du coin, mais je me suis aperçue que ça restait de la théorie. Finalement, un grand nombre de ces femmes finissaient avec une césarienne. Tout ce savoir restait au niveau de la tête, il ne passait pas par/dans le corps.

C’est comme ça que j’ai développé mes cours de yoga prénatal, parce qu’il ne faut pas seulement avoir la connaissance, il faut aussi que cela redescende au niveau des hanches. Toutes mes séances ont cet objectif: faire redescendre le savoir au niveau des hanches, ouvrir les hanches, ouvrir le passage pour le bébé. J’ai inventé des mouvements pour leur permettre de visualiser ce qui se passe, la rotation des hanches, pour allonger le psoas, pour le relâcher, sinon le bébé ne pourra pas descendre. Dans la brousse, les femmes n’arrêtent pas de marcher, elle ne s’asseyent jamais sur des chaises, les bébés descendent naturellement. En ville, avec nos modes de vie actuels, alors que nous passons notre temps assises dans nos voitures, sur des chaises ou des fauteuils de bureau, les bébés ne descendent pas. Je veux donner ce pouvoir aux femmes, ce pouvoir de comprendre et de contrôler ce qui se passe pendant leur accouchement, pour qu’elles comprennent les mécanismes de la naissance et qu’elles utilisent cette connaissance sans problème. Elles font 80% du boulot en cours de yoga et les 20% restant pendant le travail. Cela dure moins longtemps et elles ne sont pas exténuées.

J’ai aussi suivi une formation de doula. Il y a plusieurs formations en Afrique du Sud. Il faut compléter un cursus cours plus pratique sur deux ans et justifier d’un certain nombre de suivis, et prendre l’engagement de se recycler régulièrement. La doula s’occupe de la prise en charge émotionnelle de la femme, absolument pas du tout de l’aspect médical, qui est du ressort de la sage-femme ou de l’obstétricien.ne. Je consacre l’équivalent d’une semaine par mois à mon activité de doula. Je n’accepte pas toutes les demandes. Il faut qu’il y ait un “fit” avec la femme et le couple. J’ai monté aussi des séances de yoga et des ateliers pour les couples. Dans la brousse, l’accouchement et la naissance sont des affaires de femmes, les hommes ne sont jamais impliqués. Ici, il faut leur donner des clés pour assister à la naissance. Ca marche plutôt bien. Il y a une demande.

Plus récemment j’ai fait une formation de “craniofascial therapy“, c’est une formation assez longue. Cela permet d’apaiser les tensions des tissus connectifs. Je reçois beaucoup de jeunes mères et des bébés traumatisés après des naissances à l’hôpital. Ces femmes passent par un tel stress! Je reçois aussi des mamans ayant recours à la fécondation in vitro, j’en vois une en ce moment, elle est en phase de traitement, c’est très perturbant pour elle, elle me dit que mes séances lui font beaucoup de bien. Je vois aussi beaucoup de bébés nés après fécondation in vitro… Nos modes de naissance actuels sont vraiment très traumatisants!

PS: Comme je ne comprends pas en quoi consiste la ‘cranio-fascia therapy’, elle m’invite à essayer, elle m’offre une séance d’une heure. Je suis un peu sceptique, mais j’accepte. Je reviens deux semaines plus tard et après une heure de manipulation très douce qui ressemble parfois plus à une imposition des mains qu’à un massage, je me sens étonnamment bien.


Ce côté-ci du paradis…

Savez-vous lequel des pays d’Afrique reçoit le plus souvent des louanges de la Mo Ibrahim Foundation? Un pays toujours classé dans les premiers du continent pour le niveau de vie et l’éducation de ses habitants, sa culture démocratique et son niveau de transparence? Il se trouve que nous y avons notre maison de vacances depuis dix ans, ce qui me permet une familiarité que n’ont pas forcément ceux qui s’y rendent pour l’attrait de ces plages et de ses “all-inclusive resorts”.

Présenté dans les brochures touristiques et par son office de tourisme, par une citation de Mark Twain, lequel aurait dit, à propos de l’île, que Dieu aurait inventé Maurice, puis le ciel à son image, Maurice est, au-delà de la carte postale, un pays attachant qui décline cependant des paradoxes aussi vibrants que les couleurs de ses cieux.

Ce qui m’a séduite très vite à Maurice, c’est le mélange. Un mélange apparemment harmonieux des cultures, le mélange des styles. La cohabitation de traits africains, européens et asiatiques dans un même lieu avait tout pour me plaire, à moi qui revendique des racines sur les trois continents. Je suis ravie par les vestiges de vieilles maisons coloniales en bois (en train de disparaître faute d’entretien), par les temples hindous aux couleurs de bonbon chimique, par les mosquées (ici appelées Masjiid) blanches aux toits verts, par les églises en pierre de lave aux toits bleus comme un manteau marial, ou rouge comme la passion du Christ. J’aime y voir déambuler côte à côte les femmes arborant des saris colorés, les rastas à bicyclette, les écolier.e.s et collégien.ne.s en uniforme, les surfers mal rasés roulant des pectoraux, les vieux messieurs créoles et leurs panamas, et les jeunes en jean et en tongs. J’y apprécie que la vie soit simple et douce. En dehors des périodes de cyclone, le temps est agréable tout au long de l’année. Les ciels du couchant se parent de teintes uniquement visibles sous les tropiques. Et pour les familles avec des jeunes enfants (ce qui était notre cas il y a dix-huit ans lorsque nous sommes venus pour la première fois) l’absence de problème sanitaire, de bestioles dangereuses, et le faible décalage horaire avec l’Europe est un atout certain.

J’aime aussi que les toponymes reflètent l’histoire de l’île et ses différentes périodes. Pamplemousses, Fond du Sac, Souillac, Curepipe, Gros Cailloux, Pointe aux Lascars, Case Noyale, Petite-Rivière, Grande-Rivière, Baie du Tombeau… datant de la domination française, voisinent avec Rose-Hill, Bénarès, Médine, Yémen, probablement attribués pendant la période britannique (encore la faute de Napoléon!). J’y apprécie qu’avec tout juste cent ans de domination française, et malgré cent cinquante ans de colonisation britannique, la langue française soit toujours aussi présente et utilisée dans l’île, avec un accent chantant et quelques particularités de langage. Ici les bureaux de tabac se nomment tabagie, et les distributeurs automatiques de billets les gabiers. On ‘cuit’ plus qu’on ne ‘cuisine’. On appelle toujours la femme de ménage la bonne et on lorsqu’on parle d’argent c’est en sous…

Mais sous la carte postale paradisiaque, la vision se lézarde un peu… Les versions aseptisées proposées par les voyagistes et les hôtels ne tiennent pas longtemps. Les plages de Maurice n’ont parfois plus rien de naturel, la démocratie ressemble à une oligarchie, et la cohabitation des communautés, bien que plus pacifique que partout ailleurs, n’en recèle pas moins des fractures.

Un paradis écologique?

“Maurice, c’est un plaisir!” clamait un slogan édicté il y a une dizaine d’années, par le ministère du tourisme. Un documentaire d’une grande chaîne française montrait d’ailleurs le ministre d’alors, Xavier Duval dans une des opérations de relations publiques dont il était friand, amenant des journalistes et des représentants des tours-opérateurs dans des resorts paradisiaques, profitant de buffets de fruits de mers et produits exotiques et dansant le séga (danse nationale de tradition créole). Il passait évidemment sous silence le dynamitage des lagons pour permettre les activités nautiques des hôtels “all-inclusive”, le dragage du sable pour “construire des plages, et le dépeuplement des fonds marins, et la réduction à portion congrue des plages publiques baignables pour le mauricien n’ayant pas les moyens de s’offrir un “campement” sur la plage.

Vers l’intérieur de l’île, la canne à sucre aux plumets blancs a contribué à modifier le paysage et son écosystème. Les forêts endémiques ont presque disparu, remplacées par les espèces amenées par la colonisation à des époques où l’on ne savait pas que les écosystèmes des îles (la notion n’existait même pas) étaient fragiles et pouvait disparaître aussi rapidement que l’emblématique dodo, oiseau  aussi laid que stupide mais qui n’a jamais connu d’autre prédateur que le marin hollandais. La vitalité économique du pays, qui a su en cinquante ans d’indépendance faire progresser son PNB et le niveau de vie de ses habitants, s’est traduite par un urbanisme anarchique d’une laideur que peinent à masquer les branches folles d’hibiscus et de bougainvillées sur les murs lépreux lessivés par les pluies d’été et le soleil.

L’annonce d’un plan “Maurice Ile Durable” au début du vingt-et-unième siècle n’a pas abouti sur des décisions concrètes. L’île est encore largement dépendante des produits fossiles importées pour son énergie produite dans des centrales thermiques (environ 80% de sa production), les voitures sont de plus en plus nombreuses, et la poursuite des constructions de nouveaux hôtels sur le littoral ainsi que de résidences pour étrangers vont peser sur les ressources en eau, toujours un peu tendues pendant la saison sèche, menant à l’interruption de service pour les habitants habitant certaines communes et aux restrictions d’usage pour les autres.

Une nation Arc-en-Ciel, vraiment?

Maurice est célébrée pour la cohabitation harmonieuse de toutes ses communautés, il est vrai que c’est un des rares pays au monde où chaque année a lieu une réunion des différents responsables des communautés pour définir le calendrier des jours fériés de l’année suivante, permettant ainsi aux mauriciens des différentes confessions de pouvoir avoir un jour de fête pour les dates importantes. C’est aussi un pays où tout le monde fête Noël en s’offrant des cadeaux, bien que ce soit une fête chrétienne. Un pays où chrétiens et musulmans savent ce que sont Maha Shivaratree et Diwali, où l’on fête le Nouvel An chinois et où un ministre de la république gagne ses galons en allant négocier des prix préférentiels avec Saudi Airlines pour les pèlerins du Hadj.

Cependant, derrière la façade du multiculturalisme pointe la réalité d’un communautarisme qui fait que les mauriciens vivent en groupes cloisonnés par leur origine ethnique et n’ont pas inventé un “vivre ensemble” plus inclusif et égalitaire comme en témoigne le livre de l’universitaire Julie Peghini. L’arc-en-ciel tant vanté recèle en fait une philosophie non pas d’égalité dans la diversité, mais de cloisonnement de communautés qui conforte les inégalités d’origine. Certains mauriciens sont plus égaux que d’autres. Le non-renouvèlement des élites politiques et économiques en est une preuve. Les différents premiers ministres qui se sont succédé depuis 1968, date de l’indépendance ont porté en tout trois patronymes: Jugnauth (père et fils), Ramgoolam (père et fils) et Bérenger. Les responsables politiques d’aujourd’hui sont souvent les enfants de ceux qui étaient en place à l’indépendance.

L’accession progressive des femmes à des droits civils égaux sur le papier, est moins évidente dans la société. La nomination d’une présidente (fonction honorifique) mauricienne a été un gage de bonne volonté mais celle-ci a dû démissionner pour des soupçons de corruption (alors que l’ancien premier ministre, malgré des affaires plus que douteuses, rêve encore de son retour à la tête de l’Etat). L’avortement n’est toujours pas légal, sauf pour stricte raison médicale ou viol, et le trafic de cytotec auto-administré tue périodiquement des jeunes femmes dans la plus grande indifférence. La pression des responsables religieux de tous bords, ayant une grande influence sur les responsables politiques locaux, rend peu probable un changement de la législation.

Les menaces qui ont pesé sur la tenue de la douzième marche des fiertés le samedi 2 juin 2018 montrent que la tolérance n’est pas une vertu cardinale de cette île. Les responsables et coordinateurs de la manifestation ont reçu des menaces de mort qui ont incité les autorités à demander l’annulation de cette marche avant de se raviser. L’article 250 du code pénal mauricien considère toujours la sodomie comme un crime, même si les poursuites sont inexistantes. Pas en veine de contradiction, le représentant du gouvernement Ramgoolam avait tout de même signé en 2011 la résolution des Nations Unies sur les droits des homosexuels.

Bref, le ciel peut aussi receler ses poches d’ombre, comme le montrent si bien les romans de Natacha Appanah, Ananda Devi, ou de l’incontournable JMG Le Clézio. Tristes Tropiques? Ce billet n’a pas pour vocation de vous détourner de vos projets de vacances sur ce qui reste une des îles les plus sympathiques de l’Océan Indien, mais de faire ressortir des aspects trop oubliés par la communication officielle auprès des futurs touristes, retraités ou investisseurs.

Ma première interaction avec une mauricienne, il y a dix-huit ans, lors de mon premier  séjour sur l’île, a été avec la bonne créole du petit bungalow que nous avions loué sur la plage de Trou aux Biches. “Vous avez de la chance, m’avait-elle lancé de but en blanc, vous vos enfants ils sont blancs!”. Cette phrase m’avait choquée mais elle révélait la hiérarchie sous-jacente bien présente dans les mentalités. Je ne suis pas sûre qu’aujourd’hui, les enfants de Maria aient une analyse fondamentalement différente.

La république de Maurice a cinquante ans et peut être fière du chemin parcouru, d’une île à l’indolence coloniale, essentiellement tournée vers la production de la canne à sucre à une économie plus diversifiée qui a permis l’accession de sa population à l’un des niveaux de revenus les plus enviés d’Afrique. Les gouvernements ont su donner les impulsions nécessaires pour accompagner un développement qui n’était pas acquis, les cours mondiaux du sucre n’ayant cessé de baisser. Cependant, dans les prochaines années, la jeune république va faire face à plusieurs défis. Le premier défi sera de mettre en place une économie qui ne mette pas davantage en péril l’écologie fragile de cette île.  Maurice Ile Durable devrait être plus qu’un slogan, un impératif. Le second défi sera de passer d’une mosaïque de communautés à une véritable nation qui soit plus qu’une chanson populaire écrite pour cet anniversaire. Les communautés historiquement désavantagées devraient pouvoir se sentir pleinement citoyennes et à égalité de chances avec leurs compatriotes. L’accession à une vie décente à Maurice ne devrait plus dépendre d’une nuance de couleur de peau ou de l’appartenance à un clan ou à une communauté.

Adieu, veau, vache, cochon, couvée?*

Lorsqu’on vit au long cours à Johannesburg, qui est une mégalopole mondiale, ancrée dans la modernité, une “world class city” comme s’en enorgueillit régulièrement le maire de la ville, on peut parfois oublier qu’on est aussi dans une ville profondément ancrée en Afrique. Et puis… et puis il y a de ces petits évènements du quotidien qui vous ramènent sur le continent, et c’est tant mieux. Il y a quelque temps j’ai été transportée de joie par un texto publicitaire. Celui-ci me proposait de m’enrôler dans une loterie en ligne pour gagner… je vous le donne en mille… un voyage aux Seychelles? une voiture de luxe? un bijou de prix? que nenni! la loterie me proposait tout simplement de gagner… une vache! A vrai dire, une vache ou son équivalent en espèces sonnantes et trébuchantes, mais ce détail m’a réellement mise de bonne humeur. D’habitude on me propose plutôt une assurance funérailles, nettement moins drôle vous en conviendrez! (J’ai évoqué le sujet de l’importance culturelle des funérailles ici). Comment expliquer ce gros lot extraordinaire aux yeux européens?

Bien qu’on en voie assez peu en ville, la vache tient une place à part dans la vie quotidienne et l’imaginaire sud-africains (et africains). Le nom générique des trois tribus les plus nombreuses d’Afrique du Sud (Xhosa, Zulu et Swati): les tribus “Nguni” est aussi celui donné à l’espèce de bovidé domestique la plus commune en Afrique Australe dont l’arrivée dans la région est supposée coïncider avec les migrations bantoues entre 600 et 1400. Posséder un cheptel est un signe de respectabilité voire d’opulence pour un certain nombre de peuples africains. Les vaches servent de monnaie d’évaluation du prix de la fiancée (lobola) dans une grande partie de l’Afrique Australe, j’en ai parlé ici. L’an dernier, la lobola payée par la famille Zuma pour le (second) mariage d’un de ses fils avec Ziyanda Dlamini, une fille de la famille royale swatie a défrayé la chronique, comportant entre autres espèces sonnantes et trébuchantes, pas moins de 120 têtes de bétail!

Ce n’est sans doute pas un hasard complet si l’artiste sud-africaine Nandipha Mntambo a choisi le thème de la peau de vache nguni pour sa première expo en solo au tout nouveau Zeitz-MOOCA à Cape Town, dont elle a fait des sculptures féeriques.

Posséder un cheptel nombreux est encore aujourd’hui un signe de pouvoir, même pour des familles dont le revenu et/ou la subsistance ne dépendent plus de la taille du troupeau. Ainsi, les deux derniers présidents du pays ont fait la une des journaux cette année pour des actualités relatives à leurs troupeaux. Jacob Zuma a été mis en cause très récemment pour avoir accepté de recevoir en cadeau de Supra Mahumapelo, numéro Un de la province du North-West, un troupeau dont la valeur est estimée à 1,5 millions de rands. L’ennui c’est que ce troupeau était au départ destiné aux fermiers noirs démarrant un élevage. Le troupeau est hébergé à Nkandla, propriété célèbre de la famille Zuma, mondialement connue pour sa piscine anti-feu et son poulailler financés par l’argent du contribuable sud-africain aux motifs d’amélioration de la sécurité de la résidence. L’histoire ne dit pas s’ils ont monté un élevage de la même espèce d’oies que celles qui protégèrent naguère le Capitole romain des invasions puniques.

Quant à Cyril Ramaphosa, il témoigne de son attachement au bétail par la publication d’un beau livre de table basse “Cattle of the ages”. Il a écrit les textes de ce livre de photographies de Daniel Naudé à la gloire des vaches Ankole, superbes spécimens aux cornes caractéristique qui leur confèrent une allure particulièrement hiératique. Il partage la passion de cette belle race ougandaise (qu’il a eu le privilège d’introduire en Afrique du Sud et dont il possède maintenant un très photogénique -et lucratif- troupeau) avec ses homologues Yoweri Museveni d’Ouganda, et Paul Kagame du Rwanda. Espérons que cette passion commune n’inspirera pas au président Ramaphosa l’idée de les imiter en matière de réformes constitutionnelles.

Le président Museveni aligne un nombre record de réélections depuis 1996 (il a pris le pouvoir en 1986), et souhaite modifier la loi pour pouvoir être réélu une fois encore. Le président Kagame, qui aurait fait un excellent travail au Rwanda au demeurant, a quant à lui, fait modifier la constitution de son pays en décembre 2015 et voter un texte qui lui permettrait de gouverner le pays jusqu’en 2034. Mesure démocratique qui lui a valu une chute de popularité immédiate parmi les puissances occidentales… Il nous reste à souhaiter que cette cette proximité d’intérêts n’augure pas d’initiatives politiques similaires,  laissant “gros Jean comme devant”, comme l’écrivait l’auteur de la fable, le peuple sud-africain porteur de l’espoir d’une “aube nouvelle”.

*Jean de Lafontaine, “La Laitière et le Pot au Lait”