Bonne chance monsieur le Président !

Alors c’est fait. Voici presque deux semaines que le rusé Jacob (Zuma), après avoir convoqué des journalistes de la SABC pour leur dire son incompréhension vis à vis de la demande qui lui avait été faite par les instances dirigeantes de l’ANC a fini par se rendre à l’évidence. Il a présenté sa démission aux instances dirigeantes de l’ANC. Le mercredi 14 février 2018 aux alentours de 22 heures, prenait fin l’ère de Jacob Zuma à la tête de la république d’Afrique du Sud. Moins hésitant que son voisin d’outre-Limpopo, le président Zuma après avoir tenté de négocier un préavis, s’est rendu à l’évidence, il valait mieux capituler que subir l’affront d’une huitième motion de défiance au parlement, présentée, pour la première fois par son propre parti: l’ANC. Le matin les faucons de la police avaient perquisitionné le manoir abritant la famille Gupta et des rumeurs d’arrestation des frères Gupta et de Duduzane Zuma, fils chéri du président et affidé des Gupta, avaient commencé à se répandre (bien que totalement infondées).

La fin des “Zupta” aura été à l’image du dernier mandat de Zuma: rocambolesque. Tenant en haleine le pays entier pendant deux semaines, le feuilleton, avec sa fin abrupte, a sevré brutalement tous les amateurs de suspense. Pas de “cliffhanger”, de menaces voilées, de promesses de révélations sensationnelles. Pas de petite phrase mémorable, juste un banal communiqué, « pour le bien du parti ». Dans la foulée, Cyril Ramaphosa a prêté serment et a pu prononcer le très attendu #SONA2018 dans un parlement apaisé. Le début du mandat du président Ramaphosa se présente plutôt sous des auspices favorables, le cours du Rand s’est affermi, les acteurs économiques ont opiné du chef.

Sa communication est sans faute, très inspirée des standards imposés par la présidence Obama. Photos dans les journaux le montrant, jeune étoile montante de la politique africaine, aux côtés de Madiba en 1994, diffusion sur les réseaux sociaux de selfies avec des joggers sur la promenade de Sea Point à Mouille Point le matin au lever du jour, marche contre l’obésité et la malbouffe dans un township, incitant les habitants à marcher plus. L’ANC se rengorge de la bonne tenue du Rand et de l’unité retrouvée. La DA (Democratic Alliance) principal parti d’opposition ronge son frein, pas vraiment d’aspérités à mettre en évidence pour reprendre la parole. Le pays n’a d’yeux que pour “Cyril”, cet ex-jeune syndicaliste devenu l’un des principaux négociateurs/artisans de la CODESA (convention qui donna naissance  à l’exemplaire constitution de la nouvelle Afrique du Sud), puis converti en Black Diamond, rendu multi-millionnaire grâce aux politiques de redistribution du capital des entreprises sud-africaines au sortir de l’apartheid…

Ramaphosa rassure Clifton (banlieue chic du Cap où il réside: vue imprenable sur l’Atlantique et immobilier le plus cher de tout le pays) et Sandton (siège du Johannesburg Stock Exchange). Il a aussi l’assentiment de tous ses compatriotes qui n’envisagent pas de voter pour un autre parti que l’ANC. Dans ce pays où le respect des anciens est une valeur cardinale, on ne peut se détourner de la main qui vous a libérée, même au prétexte qu’elle ressemble de plus en plus à un croc de boucher. Beaucoup de sud-africains “ordinaires” montrent un regain d’enthousiasme pour leur pays depuis l’éviction de Zuma. C’est tout juste si l’on entend, dans ce concert de louanges et de proclamations d’optimisme, les bémols de l’EFF qui soupçonne fortement le nouveau président d’avoir beaucoup encouragé l’intervention musclée de la police à Marikana en Août 2012 (il avait fait partie du conseil d’administration de la société propriétaire de la mine).

Après neuf ans de pillages des caisses de l’Etat et des entreprises para-publiques, de détérioration gravissime des services publics, d’augmentation dramatiques des inégalités, on a envie d’y croire. Il serait bon de voir le pays reprendre espoir et offrir à sa jeunesse la promesse d’un avenir qui porte moins les traces de l’héritage de l’apartheid, redonner l’espoir aux townships et aux zones rurales les plus oubliées.

L’un des piliers de la construction de la nouvelle “nouvelle Afrique du Sud” serait l’abandon de la culture d’impunité grévant à la fois les services publics, les entreprises para-publiques, et l’élite économique. La comparution des “Zupta” devant une cour de justice et leur condamnation pour leurs pratiques d’extorsion serait une bonne première étape, mais une partie des acteurs a fui le pays. Et ils ont les moyens de vivre sans encombre dans des contrées ne possédant pas de convention d’extradition avec l’Afrique du Sud. La condamnation des principaux responsables des désastres d’Eskom, de Sassa, et de Life Esidimeni, montrerait à la Nation qu’être à un poste de pouvoir comporte une part de responsabilité que l’on ne peut contourner. Le comportement d’un Brian Molefe, complice des Gupta dans le coulage d’Eskom de Qedani Mahlangu, responsable des services de santé dans le Gauteng, ne peuvent plus être admis comme inévitables et rester sans sanction.

Les têtes doivent tomber à tous les niveaux, celui des responsables politiques (et la composition des responsabilités au sein des commissions de l’ANC sera un bon signe de la résolution à changer les moyens de faire de la politique), celui des responsables des entreprises étatiques qui on facilité la corruption, celle des fonctionnaires locaux qui jouent sur la culture de l’impunité: les directeurs d’hôpitaux qui volent dans la caisse, les professeurs de lycée qui échangent notes contre prestations sexuelles, les policiers qui se font un plaisir d’accepter un règlement des amendes “on the spot” (NDRL: c’est à dire dans leur poche). Mais il faut aussi s’intéresser aux liens consanguins dans le secteur économique privé, où des scandales comme celui de Steinhoff, ou comme celui qui a affecté Mc Kinsey, KPMG, SAP et d’autres multinationales, montrent que la collusion et l’entre-soi mènent souvent à des abus. Dans le cas de Steinhoff, la malhonnêteté du management est sans doute en cause, mais le manque de diversité de l’élite du business sud-africain (pour la plupart passés par les mêmes lycées privés chics et les filières de “chartered accounting” de UCT ou de Wits), a favorisé le manque de réactivité (voire la complicité) des commissaires aux comptes de l’entreprise et des membres du conseil d’administration. En attendant l’une des victimes collatérales de la dernière affaire financière sud-africaine risque d’être le fond de pension des fonctionnaires sud-africains…

Bonne chance donc monsieur le Président Ramaphosa, je vous souhaite de réussir à remettre ce pays sur une trajectoire qui donne leurs chances à tous les sud-africains et à ceux qui ont choisi de vivre dans ce merveilleux pays. Et comme le murmurait l’esclave qui tenait la couronne de laurier à l’oreille du général vainqueur auquel Rome faisait un triomphe: “souvenez-vous que vous êtes un homme” et j’ajouterais même que “la roche Tarpéienne est près du Capitole”.

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Fin de partie en vue pour Jacob Zuma?

Encore une folle semaine politique au pays de Mandela. L’évènement le plus commenté en a été la remise à une date ultérieure du discours sur l’état de la Nation sud-africaine que devait prononcer Jacob Zuma le jeudi 8 février. Le 31 janvier, Mnusi Maimane, leader de l’Alliance Démocratique (DA) avait écrit à Baleka Mbete, numéro Une du parlement, pour lui demander de reporter le SONA (State Of the Nation Address) jusqu’à ce que l’Afrique du Sud soit dotée d’un nouveau président. Tout ce que pourrait prononcer un Jacob Zuma affaibli par les affaires de corruption et la victoire de Cyril Ramaphosa à la conférence nationale de l’ANC en décembre 2017, n’aurait aucun sens. Pourquoi dépenser des millions de rands dans une cérémonie qui aurait pour point central un discours vide ? L’EFF promettait, comme les années précédentes des démonstrations de force… un petit rappel ci-dessous de la houleuse rentrée parlementaire, deux mois après la publication du remarqué rapport de la Public Protector sur le “State Capture” qui insistait sur la corruption à grande échelle sévissant au plus haut niveau de l’état sud-africain.

Baleka Mbete a sagement reporté sine die les célébrations. En effet, le discours qui marque l’ouverture du Parlement et du Conseil National des Provinces pour l’année, marque le début de réceptions d’officielles de toutes sortes, diplomates et membres de l’élite économique et politique sud-africaine.

L’annonce que le discours ne serait pas prononcé jeudi 8 Février comme prévu, car les conditions d’une ouverture du parlement dans une certaine sérénité n’étaient pas réunies, a fait repartir les rumeurs de prochaine démission de Zuma. L’exécutif de l’ANC s’est réuni longuement tout le week-end dernier à la résidence du président de la république à Pretoria pour discuter d’un éventuel retrait de Zuma, conformément au souhait du nouvel exécutif de l’ANC. On aurait presque aperçu les vautours voler en cercle au dessus de Mahlamba Ndopfu, la résidence des présidents sud-africains à Pretoria.

Mais rien n’y a fait. Le rusé Jacob ne semble pas pressé de laisser son poste. Chacun y est allé de son pronostic. Il négocierait un parachute doré, demanderait des garanties sur son impunité, etc. Toujours est-il que personne n’a pu lui faire entendre raison. Il est encore dans la place et compte bien y rester. Il ne partira pas contraint et forcé mais quand il l’aura décidé. Les partis d’opposition ont promis un blocage national si Jacob Zuma prononce le SONA. Julius Malema, qui a été un des plus fervents supporters de Zuma lorsque celui-ci a obtenu la peau de Thabo Mbeki en 2007, a juré de mettre fin à la présidence Zuma. Une motion de censure a déjà été déposée pour le 17 février, et une journée nationale d’action de l’opposition à Zuma est prévue pour le 22 du même mois. Tout cela laisse de marbre l’occupant des Union Buildings.

La menace judiciaire se précise, une nouvelle bataille sur les 783 charges de corruption qui pèsent contre Zuma a été perdue par ses avocats. Une enquête sur le State Capture devrait être ouverte sous la houlette d’un juge indépendant. Le comité exécutif voudrait éviter la honte de l’impeachment ou du procès pour corruption alors que Zuma est encore en place, mais comment lui faire entendre raison? Lui forcer la main reviendrait à braquer les soutiens que uBaba possède encore dans le parti qui ne peut pas se payer le luxe d’une hémorragie de cadres en prévision des élections de 2019. Laisser traîner la situation peut également faire paraître comme déjà affaiblie la nouvelle direction de l’ANC et ternir l’aura dont peut bénéficier Cyril Ramaphosa dans l’élite économique du pays.

Bref, on aurait tord de vouloir enterrer trop vite uBaba décidément rompu aux manoeuvres politiques. La formule qui résume le mieux l’impasse politique du moment en Afrique du Sud est celle qui figure sur la couverture du Mail & Guardian de cette semaine: “He’ll go now-now” (c’est à dire, quand il le voudra). Pour les non initiés, lorsqu’un interlocuteur sud-africain vous annonce qu’il vient “now-now” ce n’est pas forcément une bonne nouvelle, cela annonce un futur éventuellement proche… ou pas!

Mort d’une journaliste sud-africaine…

Son nom ne vous dira rien. Elle s’appelait Suna Venter. Elle a été retrouvée morte chez elle jeudi 29 juin 2017.  Un arrêt cardiaque. A trente-deux ans. Un procès avec son ancien employeur, la chaîne publique SABC venait de conclure à sa réintégration (avec sept de ses camarades) et au paiement de dommages et intérêts. Sa vie professionnelle pouvait recommencer, mais son corps a abandonné la partie.

Quels sujets tellement délicats avait-elle traités pour mettre sa santé à risque ? Des trafics d’armes, de diamants, des génocides ? Que nenni. Ses désaccords avec son employeur, SABC, portaient sur politique intérieure sud-africaine. L’an dernier, avec sept autres journalistes de la chaîne (surnommés depuis les SABC8) elle avait contesté la politique du media national qui ne voulait pas que soient couvertes les nombreuses manifestations contre l’inefficacité du gouvernement et des autorités provinciales tenues par l’ANC (les « delivery protests ») dans de nombreux villages et villes. Les habitants manifestaient contre le manque de services qui sont devenus des droits avec la chute de l’apartheid : accès à l’eau, à l’électricité, à l’éducation, à la santé. Ils brûlaient des écoles, organisaient des barrages sur les principaux axes routiers, brûlaient des pneus.

Mais la direction de SABC n’en démordait pas : il ne fallait pas encourager les gens dans la voie de la protestation, donner une mauvaise image des autorités ANC affaiblies avant les élections municipales d’août 2016… ne pas désespérer Pietmaritzburg…  Les huit journalistes qui s’opposaient publiquement à cette décision furent donc mis à pied et privés d’antenne. Mais aussi stressante que soit cette situation, elle n’est que la partie émergée du calvaire de Suna Venter dans la dernière année. Comme l’a révélé sa famille, elle a été la victime de multiples intimidations, SMS de menace, domicile cambriolé à plusieurs reprises, pneus de son véhicule lacérés, câbles sectionnés sur sa voiture. On lui a tiré dessus au pistolet à grenaille à la sortie d’un restaurant. Elle a été enlevée, et retrouvée attachée à un arbre du Melville Koppie, ses agresseurs ayant mis le feu à l’herbe autour d’elle.

Les hommages à une journaliste courageuse pleuvent. Mais vendredi matin, Tim Cohen, un journaliste venu soutenir son collègue de Business Day, Peter Bruce a été molesté devant le domicile de celui-ci par des membres du mouvement BLF* (Black Land First) qui voyaient en lui un agent du « White Monopoly Capital ». Les manifestants de BLF, reprochent aux éditoriaux de Peter Bruce de faire la part belle aux critiques des agissements de la famille Gupta (cf « Eish*, State Capture !» le billet que j’avais écrit il y a quelques mois) et de moins s’intéresser à d’autres affaires concernant des grands patrons sud-africains blancs. Curieusement, ce regain d’hostilité a lieu quelques semaines après la diffusion des « #Guptaleaks » qui ont rendu publics des emails de membres de la famille Gupta avec un certain nombre de personnalités politiques ou d’entreprises sud-africaines qui montrent la collusion des uns avec les autres, et la corruption du système.

Depuis que j’écris ce blog j’exprime régulièrement ma confiance dans le système sud-africain pour prévenir une dérive du pays vers le chaos. J’ai notamment plusieurs fois écrit que la présence d’une presse libre et d’une justice indépendante pouvaient servir de contrepouvoir et garantir la jeune démocratie de ce pays. Les attaques contre les journalistes, dénoncées vigoureusement par le SANEF (South African National Editors Forum) et les débuts décevants de la nouvelle « Public Protector » qui semble s’être totalement détournée de l’enquête sur le “State Capture”, pour s’intéresser à des faits beaucoup plus anciens, montrent la fragilité des contrepouvoirs et la possibilité d’un basculement.

Le médecin de Suna Venter avait demandé à la jeune femme de trouver une profession moins stressante. Cette dernière avait répondu qu’on ne quittait pas un champ de bataille avant la fin des combats. Son cœur ne l’a pas entendu ainsi…

Les images illustrant cet article sont des détails d’oeuvres du peintre sud-africain Colbert Mashile qui expose actuellement à la galerie Everard Read à Johannesburg. 

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Bref, je suis allée au WEF…

La semaine dernière se tenait à Durban la version pour l’Afrique du World Economic Forum. N’écoutant que mon courage et l’intérêt de mon lectorat, et aussi la possibilité d’avoir un premier aperçu de cette grande cité portuaire qu’est l’ex-Port Natal, je me suis décidée à y faire un tour. Ces fora (c’est le pluriel de forum pour les béotiens ou ceux qui auraient oublié leur latin), ces fora donc, se sont beaucoup développés partout dans le monde ces dernières années et il me paraissait que je pourrai peut-être y glaner des informations inédites. Le thème de cette année était: “Achieving Inclusive Growth”.

Quels sont les enseignements que j’ai tirés de cette escapade de vingt quatre heures? (moins que le président Zuma ou son ministre des finances, ou même Robert Mugabe, qui sont restés les trois jours!!!)

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Sur la forme: une mise en scène particulièrement efficace des pouvoirs politiques, civils et économiques

C’est la seconde ou troisième fois que je viens dans ce genre de manifestation et j’y suis fascinée par le professionnalisme de l’organisation. Tout de même rassembler sur trois jours une grande partie des chefs d’Etats et ministres des gouvernements africains pour les faire dialoguer avec les grands acteurs économiques internationaux et les grandes ONG, c’est en soi un exploit. Le Centre des Congrès Chief Albert Luthuli (un des quatre prix Nobels sud-africains, mais si!) était presque protégé comme Fort Knox. Grilles sur tout le périmètre, policiers en armes, compagnies de sécurité privées à l’intérieur, portiques et détecteurs de métaux à l’entrée de l’hôtel Hilton et du Convention Center. Contrôle électronique des cartes d’accès, donnant la possibilité d’entrée dans les différentes zones. Installation dans les couloirs des coins medias avec journalistes armés de caméras et de micros. Sans compter une partie spectacle assurée par des zoulous en costumes traditionnels venant sonner régulièrement de la trompe devant l’entrée de la salle plénière. C’était quand même impressionnant pour moi de croiser, en chair et en os ces politiques et ces personnalités connues via les chaînes d’information ou les réseaux sociaux. “Tu as vu? C’est Macky Sall?”. “Tu savais toi que Forrest Whitaker était investi dans l’éducation?”. “Mais c’est Cyril Ramaphosa!”. Hélas, au grand dam de mon chauffeur de Uber, je n’ai réussi à apercevoir ni Jacob Zuma (il faut dire que j’ai séché le dîner culturel où il a fini en dansant), ni Bob Mugabe (qui fermera les yeux sur cette familiarité).

Sur le fond: rien de nouveau sous le soleil

Les trois jours étaient rythmés par des discussions et des séances pleinières, avec des thèmes aussi variés (et alléchants) que: la croissance, le leadership, les migrations, le chômage, la corruption, l’éducation, la recherche, les ressources naturelles, le digital, les systèmes de soins, les inégalités… De quoi se cultiver et donner de la visibilité aux activités et aux centres d’intérêt des grands sponsors du forum. Pour avoir suivi deux plénières et deux sessions, je dois avouer que je n’y ai pas appris grand chose, ni les questions, ni les réponses n’étaient nouvelles, mais j’ai quand même eu l’occasion de ricaner. Et ma foi, de temps en temps, ça détend.

Quand par exemple Robert Mugabe, les yeux ouverts (non, il ne dort pas! Il ferme les yeux pour les protéger de la lumière!) affirmait sans sourciller que le Zimbabwe était le second pays le plus prospère du continent après l’Afrique du Sud. Je ne sais pas si c’était avant qu’Eskom menace de couper sa fourniture d’électricité au Zimbabwe pour cause de factures impayées. J’ai eu le plaisir de voir en “live” notre nouveau ministre des finances, l’élégant Malusi Gigaba, qui jouait la carte de la confiance en l’avenir et donnait aux représentants de l’économie mondiale présents l’assurance d’une stabilité du pays et des structures économiques qui allaient à l’encontre des proclamations faites en interne de recherche de Radical Economic Transformation.

Et j’ai bien rigolé aussi quand, dans la session sur les systèmes de santé, le ministre de la santé a dit que son objectif était de créer un système universel de santé en Afrique du Sud. Compte-tenu de l’état du système public actuel avec des hôpitaux bondés au personnel exténué, et la dégradation de la note de la dette souveraine du pays qui va rendre difficile le financement du projet. Quant au devenir des actuels bénéficiaires de plans de santé privés, le ministre ne semblait pas avoir de doute qu’ils rejoindraient sans arrière pensée le système public… J’ai aussi bien ri, mais je suis mauvaise, quand des représentants d’industries pharmaceutiques étaient représentés, au côté d’ONG et de politiques, expliquant comment résoudre tous ces problèmes et jurant la main sur le coeur qu’ils participaient au développement du continent sans la moindre arrière pensée. L’Afrique ne connaît elle pas une croissance démographique qui garantit les débouchés d’un grand nombre de produits? C’est ce qu’on appelle du gagnant-gagnant!

J’étais carrément hilare quand ce grand tiers-mondiste reconnu qu’est Wolfgang Schäuble (ministre fédéral des finances allemand NDLR), à l’issue de ce qui ressemblait quand même à un “crash course” d’économie pour le ministre des finances sud-africain Gigaba: “si vous voulez gagner ces points de croissance qui permettront d’assurer l’avenir de votre pays, il faut que vous vous engagiez à une certaine stabilité, un leadership engagé et responsable”. Le génial Schäuble a ensuite proposé rien de moins qu’une “conférence de Berlin”* pour réfléchir sur la refondation de l’économie du continent.

En fait: une superbe plateforme pour réseauter

Bref, de l’avis de ceux que j’ai pu interroger sur ce qu’ils retiendraient de ce forum, le grand intérêt de ce genre d’évènement, c’est de fournir les carnets d’adresse et les répertoires de cartes de visite. C’est aussi un excellent moyen de rencontrer ceux qui comptent dans la politique et l’économie du continent, de prendre contact, de les jauger, d’être catalogué dans “ceux qui en étaient”. Une question d’affirmer son statut? L’important, c’est ce qui se passait dans les salles bilatérales, ou autour de cafés, ce que vous ne lirez dans aucun compte-rendu. Finalement, le WEF est au niveau mondial ce qu”étaient l’Opéra ou le théâtre à Paris pour la France du XIXème siècle: il fallait en être et y être vu, quelle que soit la qualité de la pièce qu’on y jouait.

Pour ma part, j’ai retenu un chiffre: du fait de son dynamisme démographique, le continent africain doit créer vingt millions d’emplois par an jusqu’à 2020 pour répondre à la demande des entrants sur le marché (qui est déjà loin du plein emploi). Les systèmes éducatifs en place sont loin d’avoir absorbé en quantité et en qualité les besoins de cette jeunesse. Pas sûr que ce soit un facteur apaisant pour les troubles divers dans les universités du continent.

Une dernière anecdote: je suis allée assister à une session sur l’éducation où un certain nombre d’organismes présentaient les solutions qu’ils proposaient pour augmenter le taux d’alphabétisation et d’éducation. Le panel était assez hétéroclite. Il y avait une productrice proposant des vidéos éducatives, un représentant d’une société indienne proposant le sous-titrage de programmes télé populaires pour accroître l’alphabétisation des adultes et leur permettre de lire le journal par exemple. Une représentante des écoles Bridge, des écoles low-cost financées notamment par Mark Zuckerberg. Personne ne s’est permis d’évoquer les ennuis de cet organisme au Kenya et en Ouganda où des jugements leur ont ordonné de plier bagage. Il y avait également un représentant du Boston Consulting Group racontant la mission qu’ils avaient faites pour le gouvernement d’une des provinces indiennes et qui avait amélioré sensiblement les scores des élèves des écoles publiques. Ce qui m’a marquée c’est la présence dans l’assistance du vice-président Cyrille Ramaphosa, et ce d’autant plus que dans son discours de clôture il mentionnait l’éducation des jeunes comme une des priorités des gouvernements africains. Personnellement, j’ai apprécié…

*Pour les plus jeunes ou les plus vieux d’entre nous, pour les étourdis et ceux qui ont tout oublié, c’est par la “Conférence de Berlin” de 1884-1885 que tout a commencé. Elle est un peu considérée comme le péché originel de la colonisation européenne de l’Afrique.

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Elsie Mhlope et le Durban Gospel Choir en clôture du World Economic Forum

“Donc, voici l’hiver de notre déplaisir”*

Nous avons donc laissé le rusé Jacob la semaine dernière, après un remaniement nocturne signant la mainmise du clan Zuma sur les ressources de l’Etat sud-africain sous couvert de “radical economic transformation”. Où-en-est-on dix jours après? Comment ont réagi les sud-africains et quelles sont les prochaines étapes? Il semble ici qu’on se prépare à un “winter of discontent” comme l’écrivait joliment Shakespeare dans la scène d’ouverture Richard III. Et les épisodes politiques à venir n’auront rien à envier à la plus noire des tragédies du Barde… Car Zuma ne se rendra pas sans livrer bataille, s’il faut lui reconnaître une qualité, en plus de la ruse, c’est celle de l’opiniâtreté.

Reprenons la chronologie des derniers jours:

29 mars: à l’issue des funérailles d’Ahmed Kathrada, “uncle Kathy”, vétéran vénéré de la lutte contre l’apartheid et compagnon de prison de Mandela, Zuma révoque son ministre des finances et remanie son gouvernement en y conservant uniquement des fidèles. Les non-sanctions de Bathabile Dlamini, responsable de la gestion catastrophique des “social grants” et de Nomvula Mokonyane, ministre des “water & sanitation”, dont le ministère affiche un taux d’échec de gestion de la ressource et un taux d’endettement record qui conservent leurs postes sont vues comme des indices du resserrement autour de Zuma d’une équipe qui lui est redevable, malgré le discours sur la “radical economic transformation” pour laquelle le maintien de Gordhan et Jonas aurait été un obstacle.

30 mars: Les partis d’opposition demandent à la numéro un du parlement le vote d’une motion de défiance contre Zuma. Un certain nombre de poids lourds de l’ANC, dont le vice-président Cyril Ramaphosa, le secrétaire général Gwede Mantashe et le trésorier général Zweli Mkhize font entendre leur désaccord avec la décision du président de limoger son ministre des finances. Le SACP, dont est issu Gordhan, le comité d’éthique de l’ANC ainsi que des vétérans demandent à Zuma de démissionner. Les pro-Zuma de l’ANC, notamment les représentants de l’ANCYL (la youth league de l’ANC) et de ANCWYL (la women’s league) montent au créneau pour dire que le moment n’est pas à la dissension mais au regroupement autour du président et fustigent violemment ceux qui expriment des voix discordantes. Pendant le week-end, et au début de la semaine du les concertations se succèdent à l’ANC qui a battu le rappel dans les provinces pour l’occasion. La numéro un de l’assemblée, Baleka Mbete revient en catastrophe de l’étranger où elle était en déplacement pour participer aux débats.

En début de semaine, des opposants à Zuma ont lancé le mot d’ordre (peu suivi) pour un #blackmonday, où les sud-africains sont appelés à s’habiller en noir pour exprimer leur réprobation à la politique de Zuma. Les partis d’opposition annoncent une journée d’arrêt de travail et de manifestations le vendredi 7 avril. Le ministre des finances nouvellement nommé, Malusi Gigaba prenant son poste annonce que le remplacement d’un individu ne peut pas avoir de conséquences économiques immédiates, qu’il faut lui laisser prendre ses marques dans son nouveau poste.

3 avril: la terre tremble à Johannesburg et l’agence de notation Standards & Poor annonce qu’elle dégrade la note souveraine de l’Afrique du Sud qu’elle classe désormais en “junk bond” ce qui va rendre plus difficile à l’Etat sud-Africain les emprunts à l’extérieur pour refinancer sa dette qui ne cesse d’augmenter. Le milieu économique sud-africain exprime son inquiétude.

4 avril: l’agence de notation Moody annonce elle aussi une dégradation de la note de l’Afrique du Sud en “junk bond”. Le compte twitter de la présidence de la république annonce que manifester contre le gouvernement est illégal (sic), les trois dissidents les plus célèbres de l’ANC vont à Canossa et présentent des excuses à Jacob Zuma pour leurs prises de position publiques.

Pendant la semaine, les cérémonies d’hommages rendus à Ahmed Kathrada ont lieu dans tout le pays, qui servent de tribune à Pravin Gordhan qui ne manque pas de rappeler à la tribune la lettre que Kathrada avait envoyée à Zuma l’an passé après le Nkandlagate pour lui demander de démissionner. Les journaux annoncent que le JSE (Johannesburg Stock Exchange) a lancé une enquête pour comprendre les mouvements à la hausse détectés sur les actions de la société Oakbay appartenant aux Gupta quelques heures avant la démission de Gordhan.

Des membres de la famille de Zuma, des affidés comme certains ministres ou la présidente de la compagnie aérienne nationale Dudu Myeni, se relaient pour expliquer à la presse que la dégradation de la note souveraine n’est pas une mauvaise chose, que cela va permettre à l’état sud-africain de renégocier selon ses propres termes, les conditions de son endettement. Visiblement, ils n’ont pas trop suivi ce qui s’est passé en Argentine, en Grèce et dans les pays dont la note de la dette souveraine a été dégradée…  La nouvelle se répand que le deal avec les russes pour la construction d’une centrale nucléaire très coûteuse (mais rapportant des contrats de fournitures intéressants à la famille Gupta) est réactivé, avec des dates de lancement d’appels d’offres déjà programmées.

5 avril: La “speaker” du parlement Baleka Mbete annonce qu’un “vote of no confidence” est planifié pour le mercredi 18 avril accédant à la demande des partis d’opposition.

6 avril: après la cérémonie d’hommage à Ahmed Kathrada en la Cathédrale Saint George du Cap, des organisations de la société civile appellent à occuper les rues de Cape Town autour du Parlement pour dialoguer. Un mouvement similaire a lieu sur Church Square à Pretoria.

7 avril: des dizaines de milliers de sud-africains défilent notamment dans les rues du Cap de Johannesburg et de Pretoria pour clamer leur opposition à Zuma. Des sud-africains de Londres se sont également rassemblés sous le même mot d’ordre sur Trafalgar Square. Le DA a finalement renoncé à marcher sur le siège de l’ANC Luthuli House dans le centre de Johannesburg pour demander la démission de Zuma, les jeunes de l’ANC ayant menacé de représailles les manifestants qui oseraient s’approcher. Des démonstrations pacifiques ont lieu un peu partout certains manifestants allant jusqu’à se poster devant la demeure des Gupta à Saxonwold, faubourg huppé de Johannesburg. Les Gupta peu à l’aise se feront même livrer un véhicule blindé militaire pour pouvoir se protéger… L’ampleur du mouvement n’est pas suffisante pour enclencher quelque réaction. Malgré la brève apparition de l’archevêque Desmond Tutu au côté des manifestants au Cap, la revendication du rassemblement d’une partie très large de la population n’est pour l’instant pas vérifiée.

Forts de la réussite de ce premier test, les organisateurs ont lancé un nouveau mot d’ordre pour le mercredi 12 avril. Une occasion de voir si le mouvement prend et se renforce, et réussi à fédérer au delà des organisations initiales, ce qui est loin d’être acquis.

Le clivage racial se fait encore sentir et des opposants à Zuma n’ont pas voulu se joindre à un mouvement qu’ils percevaient comme mené par des blancs des classes moyennes et supérieures. Les commentaires sur les réseaux sociaux mentionnent notamment le manque de réactivité de la population blanche, prompte à prendre la rue lorsqu’on touche à son pouvoir économique, mais qu’on n’a pas vu se mobiliser lors des évènements de Marikana ou contre d’autres injustices qui touchent en majorité la population pauvre noire.

Les funérailles et hommages aux héros de la libération font l’objet de joutes entre les différentes factions de l’ANC. Pravin Gordhan et Mcebisi Jonas ont été hués et empêchés de s’exprimer par des membres de l’ANCYL lors d’un hommage rendu à Durban à “Uncle Kathy”. Embêté par les démonstrations et le fait qu’elles n’aient pas été totalement anecdotiques, le président Zuma a trouvé hier la parade, lors de son discours en hommage à Chris Hani, leader du parti communiste sud-africain assassiné en 1993, dénonçant des manifestations racistes, où des nombreux panneaux auraient comparé Zuma à un singe.

L’argument du racisme et de la division de la nation arc-en-ciel selon des lignes raciales est l’argument final auquel le président Zuma a affaire en dernier recours. Soufflant sur des braises mal éteintes. Des jeunes de l’ANCYL ont récemment mis en cause la légitimité de Barbara Hogan ancienne membre de la branche armée de l’ANC clandestine et ancienne ministre et veuve d’uncle Kathy, de s’exprimer, sous prétexte qu’elle était blanche et donc raciste. Certaines sources laissent entendre que les Gupta auraient loué les services d’une agence de Public Relations londonienne, Bell Pottinger pour attiser le feu de la discorde raciale. Ce sont les services de cette agence qui auraient concocté la campagne contre le “white monopoly capital” en octobre dernier, cet élément de langage apparaissant soudainement dans le débat public et relayé par des comptes twitter nouvellement créés.

Les semaines qui viennent s’annoncent donc intéressantes, au delà de la menace de “dérive à la zimbabwéenne” déclinée à l’envi dans les commentaires économico-politiques. Ce qui est sûr c’est que la démocratie sud-africaine connaît là son épreuve la plus sérieuse depuis l’accession de Mandela au pouvoir et que l’ANC va devoir choisir entre la soumission entière à la volonté de domination (et d’accaparement) d’un chef ou le respect de l’héritage de Mandela et de ses compagnons, et leur rêve de construction d’une société multi-raciale plus juste. La bataille qu’a engagée le parti très minoritaire UDM auprès de la cour constitutionnelle pour l’obtention du vote à bulletin secret  le 18 avril est un épisode important, comme le sera la manifestation du 12 avril.

Mais on ne doit pas s’attendre à ce que Zuma se rende sans livrer une bataille pour laquelle il s’est révélé jusqu’à présent fin connaisseur et manipulateur des rouages politiques locaux…

“Je suis déterminé à être un scélérat, et à haïr les frivoles plaisirs de ces jours. J’ai tramé des intrigues, de perfides prologues, grâce à des prophéties d’ivrognes, des libelles et des rêves”… Richard III

*William Shakespeare Richard III “Now is the winter of our discontent”…

#JZ783…

Le hashtag du moment en Afrique du Sud…

Le hashtag du moment en Afrique du Sud, c’est #JZ783… 783 n’est pas le nombre fétiche de Jacob Zuma, c’est, selon ses détracteurs, le nombre de charges qui pèsent contre lui et contre lesquelles il aurait à se défendre s’il redevenait un citoyen ordinaire. L’utilisation de cette dénomination pour désigner le président Zuma a d’ailleurs créé un incident en séance du parlement le 22 novembre dernier, menant les parlementaires de la Democratic Alliance (principal parti d’opposition) à quitter l’hémicycle en signe de protestation.

Après la parution du rapport “State of Capture” (lire le billet que j’y avais consacré ici), les nuages continuent à s’amonceler au dessus de la tête du président sud-africain. Il a bien du mal à se garder de ses ennemis, et les journaux se font écho d’une inflation récente des mesures de sécurité autour de lui. Les soupçons de corruption et d’interférences avec les affaires sud-africaines de la galaxie affairiste de la famille Gupta minent le débat politique local et les contrefeux allumés par le président Zuma et ses amis semblent avoir du mal à fonctionner efficacement.

Thuli Madonsela, la précédente Public Protector avait recommandé que le président Zuma mette en place dans le mois suivant la parution du rapport, une commission d’enquête sous la responsabilité du Chief justice (le plus haut magistrat sud-africain) pour vérifier/invalider les soupçons de corruption que le rapport mettait en exergue. La semaine dernière, le président Zuma a décidé de faire examiner par les juges cette recommandation de madame Madonsela, et il se pourrait que la cour constitutionnelle, statuant sur la forme et non sur le fond du rapport rende une décision favorable à Jacob Zuma.

Sur le contenu du rapport, les médias appartenant à la famille Gupta ainsi qu’un certain nombre de leurs alliés auraient lancé une campagne Internet de décrédibilisation par voie de presse et sur les réseaux sociaux, mais qui n’a pas réussi à éloigner l’odeur de souffre du pouvoir politique. Les alliés du président Zuma ont relancé la rumeur de la malveillance d’un complot du #whitecapitalmonopoly (des gros bonnets blancs capitalistes).

Mais c’est de son camp que viennent les menaces les plus pressantes. Ce week-end s’est tenue à Pretoria une réunion du National Executive Committee de l’ANC et les voix appelant à une destitution de Zuma avant les élections de 2019 (et la conférence de fin 2017 qui doit désigner son/sa successeur/e) se sont faites plus pressantes, au point que certains membres sont revenus précipitamment de Stellenbosch où avait lieu le mariage d’un membre éminent de l’ANC pour apporter leur soutien à leur champion mal en point.

Après les scandales de Nkandla et le rapport “state of capture” et la déroute électorale de l’ANC d’août dernier (l’ANC a perdu le contrôle de trois des plus importantes municipalités d’Afrique du sud: Tshwane (Pretoria), Johannesburg et Nelson Mandela Bay au profit de ses adversaire de l’Alliance Démocratique), certains cadres de l’ANC n’hésitent plus à exprimer tout haut leur préoccupation et leur volonté d’en finir avec la présidence Zuma et l’érosion préoccupante de la base électorale de l’ANC. Les débats ont été tellement houleux que la conclusion de la réunion et la conférence de presse initialement prévues hier, 27 novembre en fin d’après-midi ont été reportées à ce soir…

De quoi animer les discussions du #saxonwoldshebeen ce soir!