L’éducation en Afrique du Sud, le moyen le plus puissant pour réduire les inégalités?

La grande actualité du mois de janvier en Afrique du Sud est un sujet récurrent: l’éducation. Oui, celle-là même dont Nelson Mandela a proclamé qu’elle était l’outil le plus puissant pour changer le monde!

Janvier ici, c’est le mois :

1) des proclamations des résultats des examens de fin d’étude secondaires (National Senior Certificate) communément désigné sous le vocable matric pour le public, et IEB pour le privé,

2) des inscriptions à l’université des heureux lauréats (enfin, ceux qui ont la chance d’arriver à naviguer les méandres interneto-administratifs),

3) de la rentrée scolaire pour les premiers et second degrés, effectuée cette année aujourd’hui, le 17 janvier, non sans mal dans certains endroits.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que tout cela ne se passe pas dans la franche bonne humeur…

Il se trouve que cette année, j’ai vécu cette période avec une certaine intensité parce que mes deux “mentees” d’Alexandra, Lumka et Nkateko, passaient leur examen et jouaient leur place en université. Le contrat que nous avions passé il y a deux ans, lorsque je les ai rencontrées, c’est de travailler ensemble pour qu’elles soient, comme elles le souhaitaient, les premières de leurs familles à intégrer l’université.

Le Matric, marronnier de début d’année, reflet des clivages sud-africains…

La presse sud-africaine est atone en début d’année, concomitance des grandes vacances et des fêtes de fin d’année, il ne s’y passe pas grand chose. Alors la proclamation des résultats de l’examen de fin de l’enseignement secondaire, le 3 janvier pour les établissements privés, et le 5 janvier pour les établissements publics ont eu les honneurs de tous les médias. Les responsables des écoles privées les plus prestigieuses ont ouvert la marche en communiquant sur leurs excellents résultats: 98,7% de réussite sur les 112 130 élèves ayant présenté l’examen) dont 88% obtiennent le certificat avec au moins un Bachelor Pass, c’est à dire le niveau minimum pour étudier à l’université. Comme tous les ans, les établissements ont fait la part belle à leurs lauréat.e.s les plus talentueux/talentueuses (ayant eu au moins 7 distinctions, c’est à dire plus de 80% de réussite dans toutes les matières.

Chaque collège a ainsi publié dans les journaux locaux une pleine page de félicitations avec les photos en uniforme des plus valeureux lauréats et lauréates tous sourires, en profitant pour promouvoir l’excellence de leur enseignement…

Côté public, la ministre de l’Education au niveau national et les responsables de l’éducation de toutes les provinces se sont relayés pour se féliciter des excellents résultats des établissements publics, ils ont reçu les élèves les plus brillants pour des cérémonies. Les officiels ont communiqué sur un taux de réussite en nette progression: 75,1% pour les 802 423 élèves ayant présenté l’examen en 2017 contre 72,5% en 2016.

La proclamation des résultats a, on se l’imagine, suscité commentaires et polémiques, dont deux me paraissent assez révélatrices des tensions irrésolues de la société sud-africaine. Le ministre provincial de l’éducation du Gauteng, Panyaza Lesufi, a en effet remis en question le système des deux examens séparés pour les 800 000 élèves du public et les 110 000 élèves du privé. Pourquoi y aurait il deux types d’examens? Cette différence n’alimente elle pas la perception d’une éducation de qualité profitant essentiellement aux enfants des plus riches? La polémique a été vite enterrée, d’autant que les enfants des élites gouvernementales profitent allègrement de l’avantage que leur confère une éducation dans le système privé qui leur assurera sans problème une place à l’université, les lycéens du privé raflant plus de “distinctions” (plus de 80% de réussite dans une matière) que leurs homologues du public, l’acceptation à l’université se faisant sur les notes à l’examen favorise donc ceux-ci (avec un avantage aux élèves des catégories défavorisées sous le régime de l’apartheid, soit les noirs, les colored et les indiens). L’éducation privée tend à mieux préparer les élèves aux examens et à l’université, seuls 2% des étudiants issus du privé décrochent contre presque 50 % des étudiants provenant d’établissements publics.

Côté public, les éditorialistes n’ont pas été tendres avec le système éducatif public dénonçant, derrière les proclamations victorieuses, une certaine hypocrisie… Certes, les résultats sont en hausse, mais si l’on tient compte du nombre de jeunes entrés dans l’enseignement secondaire six ans auparavant, l’éducation publique n’en mène qu’environ la moitié à l’examen de fin d’études secondaires, en laissant une bonne partie sur le bord de la route… Les résultats des dernières études internationales comparatives PISA et PIRLS montrent des résultats en lecture catastrophique des élèves sud-africains. Le taux de réussite au matric serait donc l’arbre qui cache la forêt. Dur constat pour la patrie de Mandela…

Le chemin de croix de l’inscription à l’université…

Une fois le matric en poche avec le fameux “bachelor pass”, on pourrait croire que les ennuis des lycéens sont terminés. Les lycéens, lorsqu’ils ont postulé pour des études universitaires en avril-mai dernier ont fait des voeux pour une admission en université. Ils ont reçu deux types de réponses: admis sans condition si leurs notes en Grade 11 (avant dernière année de lycée) étaient suffisants ou admis à la condition d’obtenir des notes minimales dans certaines matières (admission conditionnelle). Malheureusement, ce n’est pas aussi simple. Plusieurs types d’obstacles se dressent sur le chemin des futurs étudiants et tous sont inégalement armés pour y faire face.

Avoir un Bachelor Pass est nécessaire, mais pas suffisant compte-tenu du nombre de postulants. Par ailleurs les déclarations de Jacob Zuma à la veille de la convention de l’ANC mi-décembre promettant l’université gratuite pour les plus pauvres ont gonflé les effectifs des postulants. Les universités sud-africaines reçoivent dix fois plus de candidatures que de places. Les notes de matric connues, il n’est pas rare qu’elles aient beaucoup trop d’admis sous condition pour un même programme… Commence une véritable valse des futurs étudiants entre les différentes universités pour trouver une place. Le diplôme universitaire étant perçu  comme le passeport pour une nouvelle vie, l’espoir pour certains, comme mes mentees d’Alexandra, de sortir de la pauvreté.

Théoriquement toutes les inscriptions ou l’expression de nouveaux choix si l’on n’a pas eu le programme que le souhaitait doivent se faire sur Internet, sur le portail des universités. Un certain nombre d’universités a prévenu, dès le jour des résultats qu’elle n’accepterait pas les élèves en “walk-in”, c’est à dire venant physiquement s’inscrire sur place. La voie Internet est supposée pouvoir répondre à toutes les éventualités, toutes les demandes. Mais les sites sont submergés, ralentis par le nombre de connections simultanées, et ont parfois du mal à enregistrer les changements/choix des futurs étudiants.

Certains étudiants ont quand même tenté d’aller sur place. Dans certaines universités cela a été la cohue, des lycéens ont été blessés. Unisa a dû mettre en place un service de sécurité spécial pour éviter la panique. Pourquoi les postulants s’acharnent ils à aller sur place? Rationnellement on pourrait se dire que le recours à Internet est tellement plus simple. Mais voilà, pour un jeune d’Alexandra, qui n’a pas d’ordinateur portable, pas de connection Internet à la maison, passer du temps sur les sites d’universités à la recherche du plan B est pénible par le manque d’ergonomie des sites, et coûteux. La data est horriblement chère en Afrique du Sud. Les sites ne sont pas à jour et ne prévoient pas toutes les possibilités. Les obstacles administratifs à l’inscription sont kafkaïens pour tous ceux qui ne sont pas familiers avec le système… Les lycées des townships n’organisent pas de session avec tous les élèves ayant passé leur matric pour les aider à s’inscrire à l’université, d’ailleurs, ils n’ont pas forcément d’Internet…

Le cas échéant, une fois admis dans un programme, il faut acquitter le montant de l’inscription, 3000 rands. Les étudiants bénéficiant de l’aide de NFSAS (un système d’emprunt d’Etat) sont censés ne pas avoir à les débourser, mais les listes des bénéficiaires ne sont pas encore parues, obligeant les parents à faire des contorsions budgétaires pour assurer une place à leurs enfants. Parfois les parents ne comprennent pas: “mais Zuma a dit que l’université serait gratuite pour les plus pauvres?”. Que feront les refoulés? Sans doute pas les titres des journaux et des médias qui seront passés à autre chose.

#backtoschool2018 : Hoërskool Overvaal, un cas d’école pour la démocratie sud-africaine

Aujourd’hui c’était la rentrée pour les écoles primaires et les lycées de l’enseignement public. Une rentrée normale sauf pour quelques élèves qui n’ont pas pu être inscrits dans une école leur convenant. Les prix prohibitifs de l’enseignement privé fait que pour la majorité des familles l’enseignement public est la seule solution. Le système scolaire public fait face à une forte demande, et ne peut pas toujours accéder aux souhaits des parents. La situation la plus problématique dans le Gauteng est celle qui mené à des protestations et des affrontements devant l’école d’Hoërskool Overvaal de Vereneering, un bastion de culture Afrikaner ce matin.

Manquant de place pour des élèves, le département Education du Gauteng avait décidé de forcer l’inscription de 55 élèves dans cette école publique proche de leur domicile dont la langue d’enseignement est l’Afrikaans. Parmi ces élèves, aucun ne parlait l’Afrikaans et le département éducation du Gauteng a demandé à l’école d’adapter sa langue d’enseignement en créant une classe proposant des cours en anglais. La direction de l’école a refusé, objectant qu’elle manquait de moyens pour ce faire. L’affaire s’est (provisoirement) finie devant la Haute Cour du Gauteng qui a donné raison à l’école contre l’ autorité provinciale.

Hoërskool Overvaal est ce qu’on appelle une “model C school”. Les “model C schools” sont, au sein de l’enseignement public, les anciennes écoles destinées aux élèves blancs, des écoles qui historiquement ont été mieux dotées en infrastructures et en enseignants. Cet avantage historique, et le fait qu’elles sont plutôt dans des “bons quartiers”, font qu’au sein du système public, ces écoles sont réputées être celles qui fonctionnent le mieux et qui donnent les meilleures chances aux élèves. Les files d’attente les jours d’inscription sont impressionnantes tant la demande est forte.

La constitution permet l’existence d’écoles dont la langue d’enseignement est une des onze langues officielles, il se trouve que dans certaines provinces, l’Afrikaans n’est pas une des langues les plus demandées dans l’enseignement public comme dans l’enseignement privé et les écoles dont la langue d’enseignement est l’Afrikaans sont donc moins surchargées que les autres. Les écoles publiques ont l’obligation d’inscrire les enfants habitant dans un rayon de 5 km autour d’elles, mais la direction de l’école a refusé d’inscrire les enfants ne parlant pas Afrikaans. La rentrée s’est donc effectuée aujourd’hui dans une atmosphère tendue, des membres des branches locales de l’EFF et de l’ANC (unis pour une fois) étant venus dans l’intention d’empêcher une rentrée normale.

Un parent d’élève a été blessé, ainsi que des manifestants blessés par des balles en caoutchouc de la police locale… Les enjeux de la confrontation sont compliqués: on peut comprendre la province du Gauteng et sa volonté de mieux répartir ses moyens en imposant aux écoles ayant des effectifs moins importants d’accepter de prendre des élèves en plus. L’argument que cela permettrait par ailleurs une meilleure compréhension mutuelle des communautés, pourrait avoir du sens. Reste que pour la communauté Afrikaner, ce serait une reddition de plus après l’abandon de l’Afrikaans comme seule langue d’enseignement dans les universités traditionnellement Afrikaners. AfriForum, le think-tank défendant la culture et les intérêts de la population Afrikaner a d’ailleurs marqué son soutien à la direction de l’école…

Ces vignettes de rentrée mettent bien en évidence les défis de l’éducation sud-africaine presque vingt-cinq ans après les premières élections libres. Comment assurer une égalité des chances dans un pays où les écarts entre les plus riches et les plus pauvres ne continuent de se creuser, dans un pays où coexistent deux systèmes d’éducations avec des différences de moyens abyssaux, dans un pays avec onze (11!) langues officielles? Le chantier est immense, se présente à tous les niveaux dans des systèmes d’équations compliqués. On ne peut pas dire que l’ANC ait brillé dans sa façon de se confronter à la tâche…

Girls play sports
Tournoi de sport dans une bonne école privée de Johannesburg…

 

 

 

 

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Other place, same stories… Gender based violence in South Africa…

 

“Gender-Based violence and rape culture on campus – let’s talk about it”

Pour contrer le ton sans doute un peu angélique de mon précédent post, porté par mon enthousiasme de néo-habitante des beaux quartiers de Joburg, j’ai décidé de consacrer ce billet à la réunion organisée à Wits hier soir sur la “gender based violence”.  Résonance ironique avec l’actualité française où un homme politique mis en cause par une quinzaine de femmes pour du harcèlement sexuel a soutenu qu’il ne serait pas le DSK de son parti et où une campagne média est lancée pour prévenir les violences conjugales pendant l’Euro de football…

Organisée par des étudiantes de Wits, cette réunion avait pour but d’alerter sur l’omniprésence de la “gender based violence” en Afrique du Sud et notamment sur les campus et secouer les parties prenantes pour leur faire prendre conscience de la nécessité d’agir réellement et prendre des mesures pour enrayer la violence faite aux femmes dans ce pays. Leur réflexion fait suite aux évènements survenus en avril à l’université Rhodes à Grahamstown où des étudiantes ont publié une liste de onze noms d’hommes (étudiants, professeurs ou membres de l’administration de l’université) présumés coupables de viol ou de violences sexuelles sur des étudiantes, en demandant des enquêtes sur les actes commis et leur exclusion temporaire du campus durant ces enquêtes. Il n’a pas été accédé à cette demande et s’en sont suivi une semaine de manifestations et d’annulation de cours à ladite université. Les manifestantes ont été violemment dispersées et aucune action ferme n’a été engagée contre les supposés coupables de violences sexuelles. Le mouvement ne s’est pas étendu à d’autres campus, ce qui n’a pas empêché les étudiantes d’autres universités d’être solidaires avec la démarche de #RUReferencelist. D’où l’organisation de cette soirée à la School of Public Health de Wits avec la participation de Wiser, le centre de recherche en humanités de l’université.

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Cette réunion a donné la parole à un panel varié d’étudiantes, de chercheuses, de membres d’ONG, pour une assemblée, qui, si elle était majoritairement féminine, n’en comprenait pas moins quelques hommes, en plus grande proportion que je n’aurais pu l’imaginer, ce qui est rassurant. Le panel comportait deux hommes, un jeune poète étudiant à Wits et un représentant de l’ONG Sonke Gender Justice. Le contenu de la soirée était très dense.

Une très émouvante mise en matière et mise en mots par des témoignages de jeunes femmes en colère qui ont raconté leur expérience personnelle de la violence faite aux femmes. Expérience personnelle, vignettes de petits évènements de leur jeune existence où les entourages familial et communautaire taisaient les incidents que personne ne pouvait ignorer. Ces familles qui laissent leur fille de 16 ans à un quadragénaire dont elle a déjà repoussé les propositions parce qu’il a payé la “lobola” (le prix de la fiancée). Ces familles qui regardent de façon suspicieuse la petite fille qui évoque des attouchements d’un cousin presqu’adulte (neuf ans d’écart). Lorsqu’elles n’ont pas été atteintes, ce sont des proches qui ont été victimes, des voisines, des cousines, des camarades de classe. Emotion, colère, dignité de ces femmes qui demandaient à ce qu’on n’enterre pas de nouveau le sujet comme on l’a fait de nombreuses fois. L’actuel président d’Afrique du Sud a fait l’objet d’un procès pour viol il y a dix ans, avant sa désignation par l’ANC. Les juges n’ont pas donné raison à la victime. Indignation vis à vis de l’incrédulité ou du silence lorsque les faits sont révélés, et que les accusations se retournent contre les victimes dont la parole est systématiquement mise en doute. Sont-elles faibles? Ont-elles vraiment refusé? Pensait-il à mal? “Parfois les femmes disent non mais ne le pensent pas vraiment”. La présomption d’innocence pour les perpétrateurs, la présomption d’affabulation pour les victimes. Des histoires banalement désespérantes. Dans un pays où 49000 viols ont fait l’objet de plaintes auprès de la police en 2014, on estime qu’il y a dix fois plus d’actes commis et non dénoncés par les victimes qui ont peu d’espoir qu’on leur rende justice. L’étude Optimus sur les violences subies par les jeunes sud-africains âgés de 15 à 18 ans révèle qu’un sur cinq des adolescents interrogés ont déjà été victimes d’abus sexuels (un sur trois a déclaré avoir été victime de violence, fille ou garçon). Ces jeunes femmes ont rappelé que le plus souvent les actes violents étaient perpétrés par des proches. Celui qui menace peut-être un ami, un parent… et les crimes ont lieu dans des endroits familiers. Les résidences des campus ne sont pas des sanctuaires ni certains bureaux de profs…

Au-delà du constat, qui était partagé par une grande partie de la salle (sauf le monsieur qui a dit que le viol ce n’était pas bien mais tout de même, il fallait se demander si les filles qui mettaient des mini-jupes, se baladaient tard dans la rue, et se comportaient d’une certaine manière elle ne cherchaient pas un peu les ennuis), le chapitre le plus complexe concernait les solutions.

La responsable du Gender Equity Office de Wits a décrit les mesures mises en place sur le campus, solutions qui n’ont été jugées très probantes et dont la pertinence a été contestée. Assister les étudiantes agressées est nécessaire, encore faut-il que les étudiantes sachent que ce recours existe. Par ailleurs l’intermission de l’université dans l’enquête risque de fausser celle-ci, les universités ne voulant pas voir ternir leur réputation auraient tout intérêt à minimiser les incidents plutôt qu’à insister pour que l’incident aboutisse au tribunal. Encore faudrait-il que la police prenne l’affaire au sérieux ce qui reste à démontrer.  Les étudiantes ont également relevé le fait que les informations du gender equity office consistait à mettre en garde les jeunes femmes qui ne devaient pas se promener seules dans des endroits peu éclairées, mais être de préférence toujours en groupe. Lorsque des auteurs présumés d’agression sont identifiés, ils ont droit à du “counselling” du gender equity office pour leur faire comprendre la portée de leurs actes et le caractère incontournable du consentement. Cette solution “soft” est peu appréciée des étudiantes qui voudraient des mesures conservatoires: exclusion du campus de tout étudiant ou professeur accusé d’abus sexuel sur une étudiante.

Le mot d’ordre sur les campus universitaires est de combattre la culture du viol (“rape culture”) qui légitime/encourage les comportements violents des violeurs. La chercheuse Lisa Vetten (auteure d’un papier très intéressant sur le jugement du procès pour viol de J. Zuma en 2006 à lire ici) a fait remarquer que l’expression “rape culture” si elle était une désignation pratique cachait la complexité des causes enchevêtrées qui mènent à la violence contre les femmes qui n’est qu’une des facettes d’une société sud-africaine dont l’histoire est dominée par la violence. Violence de la colonisation, de l’apartheid, et de l’avènement de la démocratie.

La conclusion sans surprise de cet évènement était la nécessité de continuer la mobilisation, de continuer à dialoguer avec les hommes, de les mobiliser sur la question, pour qu’ils convainquent à leur tour leurs amis, leurs pères, leurs frères…

La société sud-africaine, s’est dotée de l’une des constitutions les plus éclairées du monde en termes d’égalité des droits. Le rôle des femmes dans la lutte contre l’apartheid a été déterminante, en témoigne la statue dont la photo chapeaute ce blog, située près de Luthuli House (le siège de l’ANC) et qui tourne le dos à la centenaire bibliothèque de Johannesburg. Elle représente une manifestante d’une marche des femmes sur Pretoria au temps de l’apartheid. J’aime la vitalité rustique de la statue et son côté ironique, elle affirme que “la démocratie c’est le dialogue” tout en brandissant un cocktail molotov… c’est un des charmes de ce pays… Mais vingt-deux ans après les premières élections démocratiques, les dirigeants de ce pays n’ont pas réussi à tenir leurs promesses, l’Afrique du Sud est sur le podium des pays les plus inégalitaires au monde et les droits des femmes et des plus faibles sont régulièrement bafoués. Espérons que la mobilisation d’hier soir suscite des réactions et qu’au delà de la prise de conscience du problème, elle servira de déclencheur à des actions ayant un impact sur l’un des phénomènes les plus préoccupants de la jeune nation arc-en-ciel…

 

“to be free is not to merely cast off one’s chains, but to live in a way that respects and enhances the freedom of others” Nelson Rohihlala Mandela