Leur corps, leurs choix? L’accès à la contraception et à l’avortement en Afrique du Sud…

Puisque nous fêtons en France les cinquante ans de la loi Neuwirth qui a permis (enfin) aux femmes d’accéder légalement à la pilule contraceptive et de pouvoir enfin souffler étaler les naissances, échapper à la maternité-fatalité, et envisager des carrières professionnelles, il est intéressant de faire un point sur la question de la contraception en Afrique du Sud, vingt ans après la transition démocratique. Cette question est d’autant plus brûlante qu’à la fois dans mon engagement associatif et à travers ma recherche, je me suis trouvée face à des faits, des histoires qui interrogent la thèse de l’accès généralisé à la contraception dans ce pays.

Pour la première fois dans l’histoire de Sizanani, trois lycéennes du programme sont enceintes, ce qui pose la question de la suite de leur scolarité, elles sont toutes trois dans l’équivalent de la première, soit un an avant l’examen de fin d’études secondaires. Bien que la loi sud-africaine stipule qu’on ne peut pas les priver de scolarité, la poursuite en parallèle de leurs grossesses et de leurs études risque d’être compliquée.

Par ailleurs, dans les entretiens que j’ai effectués pour ma recherche “becoming a mother in Johannesburg” (un peu moins de quarante à ce jour), la différence dans la maîtrise de la fécondité et d’accès à la contraception est frappante entre les catégories sociales (qui sont hélas encore racialisées). Les femmes de la catégorie supérieure, qui a accès au soin médical privé, où les femmes ayant atteint un certain niveau d’éducation, utilisent la contraception et planifient les grossesses, ce qui leur permet de finir leurs études, de s’établir avant de procréer, et d’espacer les naissances (à peu près à leur guise), suivant en cela une “norme procréative” occidentale. Les femmes des classes populaires, (celle que j’ai interrogées sont majoritairement noires) ont toutes eu des grossesses non désirées.

Lorsqu’elles disent avoir eu recours à une contraception, celle-ci se révèle particulièrement inefficace: j’ai été confrontée à un nombre “d’accidents” qui m’ont laissée pensive. Soit elles utilisent des méthodes moins sûres que leurs homologues des classes aisées, soit elles appellent des “accidents de contraception” des périodes où elles n’étaient pas vraiment sous contraceptif. Les résultats d’une étude publiée dans le South African Journal of Medicine parue en 2017 sont d’ailleurs congruents avec les constatations que je fais dans les conversations avec mes informatrices. Celles-ci savent que la contraception existe, connaissent des moyens de contraceptions mais n’y ont pas toujours recours. Ce sont en majorité les jeunes femmes noires qui sont les plus susceptibles de ne pas utiliser de contraception et conséquemment de subir une grossesse non désirée (les deux-tiers des femmes interrogées ont eu une grossesses non désirée dans les cinq dernières années).

L’introduction du planning familial en Afrique du Sud a commencé dans les années 1930 et le gouvernement de l’apartheid a mis en place des politiques d’accès gratuit à la contraception en 1963 (avec, il est vrai l’arrière pensée d’arrêter la “menace démographique” des populations noires). En 1974, alors que d’autres pays voyaient dans le développement le meilleur moyen d’arrêter l’explosion démographique, le gouvernement du Parti National décidait de renforcer son financement du planning familial. Je ne pense pas que les ratés de la contraception aujourd’hui soient imputables à un rejet de méthodes qui seraient assimilées au gouvernement de l’apartheid. L’explication est plus prosaïque: les services de planning familial ne jouent pas leur rôle. La discussion avec les femmes est réduite a portion congrue. Les soignants ont des attitudes autoritaires avec leurs patientes, imposant une méthode plutôt qu’en discutant les avantages et les inconvénients avant d’en laisser le choix aux femmes. Les infirmières rabrouent  les femmes lorsque celles-ci émettent des réserves vis à vis de telle méthode. Les jeunes femmes que j’ai interrogées rapportent souvent des attitudes très négatives des personnels du planning familial à leur encontre. Joy*, l’une des jeunes femmes de mon échantillon se plaignait de ne pas se sentir bien après l’injection, mal écoutée par l’infirmière, elle n’est pas revenue à la date prévue pour le renouvellement de son traitement et s’est retrouvée enceinte un mois plus tard…

L’avortement a été autorisé en Afrique du Sud en 1975, mais avec des conditions tellement strictes qu’il était assez rare, contrairement aux morts de femmes ayant cherché secours auprès de pourvoyeuses d’avortements clandestins. Depuis le 11 décembre 1996, le “Choice of Termination Of Pregnancy Act” (CTOPA), porté à l’époque par l’actuelle candidate à la présidence de l’ANC, madame Dlamini Zuma, permet aux femmes sud-africaines de pouvoir demander à avorter jusqu’à 12 semaines, et en étend la possibilité jusqu’à 20 semaines sous certaines conditions. Dans les faits, les services publics proposant l’avortement sont assez déficients, voire inexistants dans certaines parties du territoire. Un rapport d’Amnesty International publié récemment montre que le droit à l’avortement est loin d’être effectif sur tout le territoire. Selon les données communiquées par le Ministère de la Santé à l’organisation internationale, sur 505 centres supposés fournir ce service, seulement 264 (un peu plus de la moitié!) le font en réalité. Le rapport cite une étude effectuée par l’Université de Cape Town ou plus de 40% des femmes ayant essayé d’avorter n’avaient pas pu avoir accès à ce service dans un centre de soins public. La situation est encore pire pour les femmes en zone rurale.

La non accessibilité de l’avortement est à la fois le résultat de la clause de conscience évoquée par le personnel soignant, et d’une certaine attitude des mêmes personnels face à la demande des femmes. Le fait qu’on fasse jouer la clause de conscience n’est pas répréhensible en soi, mais le gouvernement et ses services de santé doivent faire en sorte que cela n’empêche pas ces services de fonctionner.

Les conséquences de tout cela sont multiples. Le recours aux avortements clandestins reste élevé (même s’il a beaucoup baissé depuis 1996) et met en danger les femmes et leur santé reproductive. Les inégalités se perpétuent entre celles qui peuvent avoir accès à une médecine privée où des médecins accepteront de prendre en charge les femmes ou de les orienter vers qui de droit et les femmes ne pouvant se retourner que vers le service public ou les fournisseurs de “quick abortion” dont les publicités sauvages ornent les carrefours, et qui font de très beaux macchabées.

Parmi mes informatrices, malgré le nombre élevé de grossesses imprévues, celles qui ont envisagé l’avortement sont une minorité. C’est un acte très fortement réprouvé par leur communauté. Deux (toutes deux ayant accès à une médecine privée) ont pu aller jusqu’au bout. Pour les deux autres, les procédures ont eu raison de leur décision. Hana*, jeune femme, entrepreneure issue d’un township, très décidée et ambitieuse a renoncé après qu’on lui a fait regarder une échographie de son foetus et qu’on lui en a fait entendre les battements du coeur: “à partir de ce moment-là, je n’ai pas pu aller au bout!”. Blessing*, lycéenne de 19 ans s’est vu refuser un avortement dans deux hôpitaux publics différents sous prétexte qu’elle devait venir avec ses parents (alors que l’âge de la majorité est à 18 ans). Elle a envisagé d’effectuer un avortement clandestin, mais n’est pas allée jusqu’au bout. Il était impensable pour elle que ses parents acceptent l’avortement. Malgré la déception souvent énoncée par les parents lorsqu’ils découvrent la grossesse de leur fille, celle-ci est globalement vécue comme un “don du ciel” qu’on ne peut refuser.

Pour les deux jeunes femmes, ces naissances ont eu des conséquences, même si elles sont heureuses d’être mères. Les pères sont peu présents dans le sens où l’entend la norme occidentale. Il n’y a pas cohabitation du jeune couple parental, les hommes ne sont pas acceptés à l’accouchement dans les hôpitaux publics où les salles de travail sont des salles communes. Le père du bébé de Blessing n’a pas d’argent pour payer l’ enhlabulo (compensation pour la grossesse) et donc ne joue pas de rôle auprès du bébé. La famille de Blessing lui bloque l’accès à l’enfant. Celui du bébé d’Hana ne vient voir son fils que de façon épisodique, c’est donc aux mères et à leurs familles que revient de s’occuper de l’enfant. Blessing n’a pas pu intégrer le programme universitaire qu’elle aurait souhaité. Hana essaie de jongler entre le développement de son entreprise et ses devoirs de mère. Même si sa mère est venue s’installer chez elle avec son jeune frère pour s’occuper du bébé, elle lui rappelle régulièrement qu’elle doit être là pour lui. Lui imposant de fait des contraintes qui s’accordent mal avec ses impératifs professionnels.

L’accès à des services de planning familial et la maîtrise de la fécondité font partie des objectifs de développement du millénaire. La contraception a permis aux femmes des pays développés de pouvoir envisager des carrières professionnelles et d’avoir une maîtrise de leur vie. L’Afrique du Sud a adopté, dès la transition démocratique, des lois sur l’accès à la contraception et l’avortement qui sont parmi les plus progressistes du continent. L’application de ces lois fait cependant défaut. Dans un pays où les femmes noires cumulent les handicaps sociaux du fait d’une histoire politique et de traditions qui les cantonnent aux marges de la société, ne pas leur donner accès aux instruments qui peuvent leur permettre de dépasser les conditions de leur naissance est une trahison manifeste des espoirs qu’a fait naître la chute de l’apartheid.

*Ce sont des pseudonymes

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L’opium du peuple sud-africain?

Pour l’observateur venu des vieilles démocraties de l’hémisphère nord, il est assez habituel de supposer que la modernisation et la montée de la rationalité économique s’accompagnent d’une sécularisation de la société, et d’un repli des religions de l’espace public. Le “désenchantement du monde” moderne (cf Max Weber) suppose un déplacement de la vie religieuse vers la sphère privée. Venant de France où la séparation de l’Eglise (catholique) et de l’Etat en 1905 a laissé des traces vives, où il est interdit dans les recensements de demander l’appartenance religieuse des personnes, on ne peut qu’être surpris de la place que prennent les religions dans l’espace public de l’une des démocraties les plus avancées d’Afrique. L’inscription des religions dans la vie et l’espace public peut parfois entrer en contradiction avec la lettre d’une des constitutions les plus inclusives du monde.

La religion est l’un des éléments structurant de la vie (et notamment de la vie des Townships) en Afrique du Sud. Pour nous autres qui venons d’un pays où la religion est une affaire privée et relativement discrète, la présence de la religiosité dans la vie de tous les jours est un élément surprenant. La constitution sud-africaine de 1996 énonce dans son préambule: “May God protect our People” et le paragraphe 15 de ladite constitution garantit la liberté de culte. L’hymne sud-africain, “Nkosi sikelel’iAfrika” proclame également “Dieu sauve l’Afrique” et chaque année, au moment de Pâques mon hebdomadaire de référence (le Mail & Guardian) publie un cahier, “the God Issue”, qui traite de différents aspects des religions en Afrique du Sud, donnant la parole à des représentants des religions variées présentes dans le pays.

L’Afrique du Sud est un creuset de religions autant que de peuples. En tant que terre de migrations elle a accueilli de nombreux immigrants avec leurs croyances propres. Les statistiques officielles montrent que 90% des habitants déclarent une religion. Les religions dominantes sont les religions chrétiennes (une soixantaine d’appellations regroupant 85% des croyants) et notamment la Zion Christian Church qui compte plus de cinq millions d’adeptes (un septième de la population adulte), ce qui en fait de loin l’église la plus puissante. Pour information l’église catholique compte 2,5 millions de fidèles, l’église anglicane 1,6 millions la population musulmane (essentiellement venue d’Inde pendant la période coloniale) représente 2% des adultes et l’hindouisme 1% des adultes.

Une religiosité présente et visible

Au quotidien, la religiosité est très présente.  Les signes d’appartenance à une religion sont présents dans l’espace public et cela ne semble pas gêner grand monde. Dans les malls ou les quartiers de bureaux on croise couramment des gens arborant des habits traditionnels ou des signes religieux. J’habite dans un quartier où beaucoup d’habitants sont juifs. Et toutes les semaines, lors du shabbat, je croise une partie de mes voisins, les femmes dans des tenues sombres et sobres, et les hommes en costume arborant la kippa, marchant vers la Schul du quartier. Les adeptes de la Zion Christian Church arborent dans leur vie quotidienne leur badge, un ruban orné d’une étoile métallique. Certains hommes portent même un uniforme et une casquette étoilée. Le week-end, dans mon quartier, je ne peux manquer d’apercevoir une partie des domestiques endimanchés, souvent habillés dans leur uniforme de la Zion Christian Church, il y a des codes couleurs précis, partant pour leurs célébrations. L’un des guides qui m’a fait visiter Soweto m’a confié que quand il n’avait pas grand chose à faire le week-end, il allait aux célébrations de la ZCC à Alexandra qui étaient très festives, les chants et les danses étant particulièrement entraînants.

Quand on lit les auteurs sud-africains, noirs comme blancs, la présence de la religion est assez nette. Les Afrikaners sont des descendants de calvinistes européens croyant à la prédestination et qui se sont ancrés sur ces terres persuadés que c’était Dieu qui les y menaient. Dans le roman “Agaat” de Marlene Van Niekerk déjà évoqué dans ce blog, on voit comment la société Afrikaner de l’apartheid justifie par des raisons religieuses sa domination. Les récits de l’épopée du Grand Trek sont également teintés de cette conviction que Dieu était du côté des boers et leur avait réservé cette terre à faire fructifier.

Le romancier Niq Mhlongo dans son roman “after tears” qui se déroule à Soweto raille la religiosité de la mère du héros et des amies de celles-ci et le côté pique-assiette du pasteur qui habite juste à côté. Dans son autobiographie, peu intéressante par ailleurs, Trevor Noah, comédien qui fait désormais carrière aux Etats-Unis, raconte une enfance rythmée par les évènements religieux, sa mère fréquentant parfois jusqu’à trois églises par week-end et assistant à des réunions de prières certains soirs de la semaine.

Les églises des township débordent. Les célébrations du samedi ou du dimanche y durent facilement quatre heures. Les assemblées religieuses sont une distraction dans ces quartiers dénués d’autres distractions. L’une de mes amies qui a créé une ONG me disait récemment qu’une des lycéennes avec lesquelles elle travaillait lui avait fait part de son dégoût pour la religion. Sa mère, seule adulte référente de la maisonnée, passait la plus grande partie de son temps en prières et en réunions religieuses, la laissant seule. L’adolescente trouvait que sa mère consacrait plus de temps à sa prière qu’à s’occuper de ses enfants. Avec humour elle ajoutait qu’au moins chez les blancs, l’office du dimanche durait une heure, une fois par semaine et qu’après on en était débarrassé du sujet jusqu’à la semaine suivante!

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Garantir la liberté (religieuse ou pas) dans une jeune démocratie, un impératif pas si facile…

Le fait religieux en Afrique du Sud met en évidence les contradictions et les paradoxes à tenir pour cette jeune démocratie. Certes, ses pères fondateurs, dans leur élan humaniste initié par la Charte des Libertés de 1955, ont voulu faire de la constitution de leur pays un exemple de tolérance et de cohabitation des peuples, des croyances et des choix de vie. Dans les faits, l’exercice apparaît plus compliqué.

Le rôle des religions dans l’héritage historique a laissé des traces mitigées. La colonisation a aussi été confortée par les missionnaires. En témoigne cette petite phrase figurant sur les murs du Musée de l’apartheid à Johannesburg.

“When the European came, they had the Bible and we had the land. Now we have the Bible and they have our land”

Certaines églises ont cautionné les positions idéologiques de l’apartheid. Mais des religieux comme le pasteur Beyers-Naudé ont commencé à partir des années 60 à souligner les abominations du régime.

Certaines églises ont joué un rôle certain dans l’avènement de la démocratie. A Soweto, l’église Regina Mundi a servi de sanctuaire au moment des affrontements les plus sanglants entre manifestants et forces de l’ordre pendant les décennies 70 à 90. Nelson Mandela a salué à plusieurs reprises l’importance des églises qui s’étaient engagées dans la lutte contre les injustices.

Desmond Tutu est un exemple de ces ecclésiastiques qui ont défendu un monde plus juste, ont soutenu les mouvements de libération et contribué à l’avènement de la démocratie. Sa contribution décisive à la commission “vérité et réconciliation” a été déterminante pour éviter que le pays ne sombre dans le chaos et la violence. C’est d’ailleurs ce qu’a reconnu le comité Nobel en lui accordant le prix Nobel de la Paix.

Dans les soubresauts politiques qui agitent actuellement le pays, certaines églises et leurs représentants cherchent à faire entendre la voix de la raison. L’archevêque Tutu a même fait une apparition remarquée lors des dernières manifestations contre Zuma au Cap après le remaniement ministériel. Un grand nombre d’organisations non gouvernementales qui cherchent à faire avancer la condition des plus démunis ont une origine confessionnelle.

Cependant, à côté de ces forces progressistes, les pratiques de certaines chapelles, tenues par des prêcheurs noirs comme blancs contredisent les valeurs de l’Ubuntu. Les croyances et les pratiques de certains représentants des églises chrétiennes en Afrique du Sud rappellent les pratiques contestables des pasteurs de la “Bible Belt” du Sud des Etats Unis. Ainsi un pasteur Afrikaner a réussi à réunir le week-end dernier une foule compacte et remarquée à Bloemfontein pour “prier pour l’Afrique du Sud”.  Si l’intention est bonne, les valeurs portées par ses prêches contredisent ouvertement  certaines sections de la constitution sud-africaine. Les discours masculinistes et anti-gay du pasteur vont à l’encontre des droits des femmes et à la liberté de préférence sexuelle prônés dans la constitution. Le mois dernier, un pasteur de la Province du Limpopo a été interdit d’exercer par le tribunal. En effet, il avait imaginé soigner les maux dont souffrait sa congrégation en les aspergeant d’insecticide (Doom!).

Dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive, le poids des églises est également souvent évoqué comme un des freins à l’information sexuelle et de la perpétuation de l’épidémie de SIDA dont les chiffres d’infection sont en hausse chez les jeunes. Il joue un rôle dans les difficultés d’accès à l’avortement, laissant les jeunes femmes aux mains de faiseuses d’anges insuffisamment qualifiées. Dans un pays où la prévalence du SIDA, le nombre de viols et de grossesses adolescentes sont importants, l’impact sur l’avenir de ces jeunes filles est souvent terrible.

Une association (opportunément appelée OGOD!) a récemment porté devant la Haute Cour de Johannesburg pour faire interdire dans six écoles publiques la lecture de textes sacrés, l’exécution de prières chrétiennes en assemblée, et toute référence à des symboles chrétiens dans les blasons portés sur les uniformes des élèves. L’argument de l’organisation est que l’affichage de valeur chrétiennes peut servir de repoussoir pour les élèves d’autres confessions. On pourrait arguer aussi que ces pratiques nuisent à la liberté de conscience des enfants. Les directions de ces écoles publiques arguent du fait que leurs élèves étant massivement chrétiens, il n’y a rien de mal à se valoir d’un ethos chrétien et à propager des valeurs chrétiennes. Le jugement de la Haute Cour est très attendu pour réaffirmer les principes permettant aux différentes communautés de vivre ensemble.

Les sociologues travaillant sur les pays du sud ont fait le constat que finalement la sécularisation n’était pas forcément la conséquence logique de la modernisation. Il sera intéressant d’observer, dans des démocraties comme l’Afrique du Sud, la façon dont va se jouer cette délicate cohabitation entre le respect des croyances de chacun et l’application de principes constitutionnels qui peuvent être en contradiction avec certaines croyances ou certains comportements prescrits par les religions. Encore une fois, la parole des juges sera déterminante, c’est entre leurs mains que reposent le difficile défi de la conciliation des contraires. Leurs jugements seront peut-être des inspirations pour des pays où la sécularisation subit actuellement des reculs posant des questions auxquelles le politique ne semble pas en mesure de répondre de façon satisfaisante.

“Always make religion a personal and private affair confined to yourself. Do not burden others with your religious and other personal affairs” Nelson Mandela

Letter to Makaziwe Mandela Robben Island 21 décembre 1978