Lerato: “ma mère ne m’a jamais pardonné” (Devenir mère à Johannesburg, part 4)

J’ai rencontré Lerato via une amie. Elle est chargée de la communication d’une petite entreprise. Elle m’a fait l’effet d’une jeune femme intelligente, joyeuse, dynamique et éminemment sympathique. J’ai été surprise d’apprendre qu’elle avait déjà une fille. Elle a accepté de me revoir pour me raconter son histoire. Nous nous sommes donné rendez-vous dans un coffee-shop d’un centre commercial un peu déglingué des années 70, près de son boulot. Nous nous sommes placées à l’extérieur, un peu en retrait pour profiter d’un peu plus d’intimité et du soleil d’hiver.

J’ai 23 ans, je suis une ‘born free’, je suis née après l’avènement de la démocratie dans ce pays. Ma mère n’a pas fait d’études, mais elle a créé sa propre entreprise et elle fait maintenant partie de la classe moyenne aisée. Elle s’est arrangée pour nous envoyer, mes frère et soeur et moi dans des bonnes écoles, des écoles ‘model C’ pour que nous puissions être les premiers de la famille à entrer à l’université.

Après mon Matric, j’ai été admise dans une bonne université, j’avais la vie devant moi. En deuxième année, j’ai rencontré ce mec qui était divinement beau, il faisait de la musique, c’était mon premier petit copain. On ne nous a jamais rien dit, on ne nous prépare pas à ça, nous les filles. Les mères noires pensent que tu ne peux pas avoir d’activité sexuelle et que si on t’en parle ça va te donner des idées. Ma mère est très religieuse. Pour elle c’est jamais avant le mariage. Je n’ai jamais connu mon père, je sais vaguement à quoi il ressemble. Même si elle a divorcé très peu de temps après nous avoir eus, elle était mariée quand nous sommes nés. Elle n’a jamais connu la honte d’un enfant hors mariage. Elle avait de grandes ambitions pour moi. Elle voulait que nous fassions honneur à notre lignée.

Je suis l’aînée, personne de mon entourage ne m’a dit de faire attention, de prendre une contraception. Je ne me souviens pas qu’on en ait parlé dans mon lycée. Je ne croyais pas que ça pouvait arriver aussi vite. Je me suis aperçue assez tôt que quelque chose n’allait pas. Je suis allée voir un médecin près de l’université, il m’a confirmé que j’étais enceinte de 6 semaines. Je n’ai jamais pensé à l’avortement, c’était inconcevable pour moi, je n’ai pas pris la peine d’y penser, j’étais tellement amoureuse! Aujourd’hui j’y réfléchirais plutôt deux fois qu’une. J’ai été très déçue par l’attitude du père de mon enfant. Il s’est complètement désintéressé de moi du jour au lendemain. En quelques semaines, il a trouvé quelqu’un d’autre… Ma fille a un frère qui a trois mois de moins qu’elle! Elle s’interrompt et lève des yeux brillants de larmes vers le ciel. Elle le fera à plusieurs reprises pendant l’entretien qui remue des choses auxquelles elle n’aime pas penser. Je lui proposerai d’arrêter mais elle me dit que ça lui fait du bien d’en parler à quelqu’un.

Je l’ai dit à ma mère qui était furieuse. Elle m’en veut toujours, alors que ma fille est née il y a presque deux ans. Elle me mène la vie dure. Au début de ma grossesse, je suis allée à l’hôpital public, parce que ma mère ne voulait plus entendre parler de moi. Quand tu vas à l’hôpital public, c’est une perte de temps, tu y passes ta journée, tu loupes ton travail, et la qualité des soins est très mauvaise. Tous ceux qui peuvent l’évitent à tout prix! Heureusement, ma soeur a plaidé ma cause auprès de ma mère. Comme je n’avais pas encore 21 ans, son l’assurance de santé privée a pris en charge une partie des frais. J’ai fini par échapper à l’hôpital public. Je garde le sentiment d’une très grande solitude pendant cette grossesse, je n’ai eu aucun soutien. J’aurais aimé pouvoir discuter, partager…

J’ai trouvé une gynéco qui officiait dans une clinique privée pas trop loin de la maison. Je suis allée la voir tous les mois jusqu’à la naissance. Elle me faisait tous les examens, plus l’échographie. Ca ne durait jamais très longtemps. Si j’avais des questions, je recherchais sur Internet. Je n’ai pas pris de cours de préparation prénatale, je ne savais pas que ça existait. Gugulethu est née par césarienne à 36 semaines. Je ne la sentais plus bouger comme d’habitude, je savais que quelque chose n’allait pas. Je suis allée voir ma gynéco, elle m’a dit que mon bébé était en détresse, qu’il fallait faire une césarienne d’urgence. J’étais perdue. J’ai appelé le père qui m’a dit de refuser la césarienne. Puis ma mère est arrivée, et j’ai été soulagée.

J’ai eu trois jours/nuits à la clinique pour apprendre comment m’occuper de mon bébé, comment la changer, la baigner, la nourrir. Les infirmières étaient super. L’allaitement a été assez galère au début, mais je me suis accrochée. Pendant les premiers mois, j’ai décidé de vivre au rythme de ma fille. Elle dormait dans ma chambre (nous partageons toujours la même chambre chez ma mère), je dormais quand elle dormait, et quand elle se réveillait je l’allaitais, je la baignais, je jouais avec elle. Nous avons une domestique à la maison, donc je n’avais que ça à faire. ça et aller sur les forums Internet pour avoir des réponses à mes questions, j’ai beaucoup lu aussi. Au bout de trois mois, je suis retournée au boulot.

Lorsque j’ai vu la vie que me faisait ma mère après que je lui aie annoncé ma grossesse, j’ai décidé d’arrêter mes études pour trouver du boulot. Je voulais pouvoir assumer mon bébé. Mon idéal était de devenir indépendante. J’ai trouvé un premier boulot dans une boîte. Ca n’a pas été si compliqué. J’y suis allée au culot, et ça a marché. L’an dernier, j’ai changé pour mon emploi actuel. Mais bon, ce n’est pas suffisant pour me permettre d’aller vivre ailleurs que chez ma mère. Tout ce que je gagne, je le dépense pour ma fille. J’a dû trouver une nounou, qui habite un peu plus loin en bas de ma rue pour s’en occuper.

Ma mère et moi travaillons, mon frère et ma soeur étudient, il n’y personne à la maison pour garder Gugulethu. Ma soeur m’aide un peu, elle me la garde de temps en temps le soir, pour que je puisse sortir, elle joue avec elle. Ma mère est très gentille avec ma fille, elle lui offre plein de trucs. Mon frère s’en désintéresse. Ma mère et moi nous n’avons jamais retrouvé les mêmes relations qu’avant ma grossesse. Je me suis inscrite à UNISA (université d’Afrique du Sud qui donne des cours par correspondance), je vais essayer de passer un diplôme en communication ou en gestion pour trouver un boulot qui paye mieux.

L’histoire de Lerato n’est pas une histoire exceptionnelle. Les grossesses précoces ne sont pas uniquement le fait de jeunes filles des townships. La bigoterie de la société et le manque d’éducation sexuelle (j’en ai parlé ici) sont assez répandus quel que soit le milieu social. L’attitude de la mère de Lerato n’est pas non plus inédite, même si elle est probablement celle qui a le comportement le plus dur envers sa fille. Elle ne la jette pas hors du domicile familial et lui assure le gîte et la couverture médicale, mais toute son attitude souligne sa désapprobation de la situation de sa fille. Elle a aussi une attitude constatée dans des études sur les mères adolescentes, celles-ci ont souvent l’impression que leurs parents reportent sur leurs enfants l’affection et les attentions qu’ils avaient avant pour les jeunes femmes.

Contrairement aux autres interviewées pour lesquelles l’ire maternelle s’est éteinte avec l’arrivée de l’enfant, la mère de Lerato ne montre pas plus de mansuétude après la naissance. Parmi les histoires recueillies, il semblerait que les milieux sociaux les plus favorisés tolèrent moins les écarts à la norme du ‘pas d’enfant hors mariage’ que les autres et qu’ils le font payer plus durement à celles qui dévient. Une des mes interviewées m’a parlée d’une des ses cousines, ayant eu un enfant alors qu’elle était à l’université, et qui travaillait pour reprendre ses études, mais dont la famille sollicitait qu’elle envoie toujours plus d’argent pour payer la garde de son enfant (elle l’avait envoyé dans le Eastern Cape chez une de ses tantes), compromettant les chances que la jeune femme puisse économiser assez pour finir sa scolarité… 

 

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Mère malgré elle… (Devenir mère à Johannesburg part 2)

La maternité choisie n’est pas encore une réalité pour toutes les femmes sud-africaines. J’ai déjà évoqué les difficultés d’accès à la contraception et à l’avortement. La pression sociale fait également qu’une partie importante des femmes noires que j’ai interrogées ont été mères sans l’avoir vraiment cherché. C’est le cas de Joyce.

Joyce est une jeune femme qui inspire admiration et respect. Elle ne répond pas à l’image des “mères adolescentes” des Townships, victimes d’hommes prédateurs plus âgés (les “blessers”) déclinée à l’envi dans les politiques publiques ou les émissions radiophoniques populaires. A vingt-neuf ans, elle est née alors que le régime de l’apartheid avait du plomb dans l’aile. Grandie dans le township d’Alexandra (appelé familièrement Alex), elle a été une bonne élève et a bénéficié d’abord d’un programme d’aide aux jeunes lycéens des quartiers défavorisés d’un lycée privé chic de Johannesburg. Puis son Matric (équivalent du bac) en poche, elle a obtenu une bourse d’une entreprise pour effectuer des études supérieures en informatique et devenir informaticienne. Elle a fondé ensuite sa propre entreprise de services informatiques.

Les affaires marchaient assez bien pour qu’elle puisse s’acheter une petite maison en dehors d’Alexandra. Pas immense, elle compte deux chambres et une pièce à vivre, mais elle est située dans un quartier moins stigmatisé, à quelques encablures d’Alex, de l’autre côté de l’autoroute N3. Avec ses revenus, elle s’est même offert une berline allemande*, symbole éclatant de sa réussite matérielle dans les townships. Elle m’a donné rendez-vous dans le restaurant le plus chic du Alex Mall, un lundi d’hiver. J’avais peur de ne pas trouver, mais l’offre en cafés et restaurants est assez restreinte dans ce mall désert. La lumière hivernale est douce et nous nous installons sur la terrasse, pour profiter du pouvoir réchauffant du soleil, sinon de la vue sur l’étendue poussiéreuse du township.

La maternité a pris Joyce par surprise. Elle me dit avoir eu du mal à s’en remettre. Elle a mis du temps à l’accepter. Avoir un enfant ne figurait pas dans ses plans. La réussite professionnelle lui a ouvert une nouvelle vie. Elle travaillait beaucoup, mais pour la première fois de sa vie, elle pouvait voyager pour des week-ends ou de courtes vacances. Elle est allée à Durban, à Cape Town, elle a vu la mer. Bref elle a appris à profiter de la vie, un privilège dont n’aurait pu bénéficier la génération précédente, et ça lui convenait bien. Elle acceptait avec gratitude les périodes de stress et de challenge parce qu’il fallait convaincre un nouveau client de lui confier un contrat, ces périodes où elle ne comptait pas ses heures. Elle savait que leur contrepartie serait des périodes de répit où elle s’offrait des petites fêtes.

C’est d’ailleurs lors d’une de ses périodes de fêtes, les vacances de décembre, qui sont pour les sud-africains les vacances d’été, que son bébé a été conçu, bien involontairement. Elle prenait la pilule, mais apparemment il y a eu un loupé. Elle avait passé de superbes vacances, elle avait été à des fêtes, bien bu, bien mangé, etc. La nouvelle de la grossesse deux mois plus tard, l’a totalement paniquée. Elle ne se sentait pas prête. Elle avait toujours pris ses précautions, écouté les cours d’éducation sexuelle à l’école, Faith, sa mère, parlait librement de la contraception à la maison. Elle ne pensait pas qu’une grossesse imprévue pouvait arriver.

Certes, elle avait un travail avec un revenu confortable, une voiture, un petit-ami régulier, une famille (sa mère et sa soeur Grace) qui pourrait l’aider, une assurance santé privée, mais elle n’avait pas envie d’assumer cette charge. L’idée d’avoir des enfants lui paraissait sympathique dans un avenir lointain, mais pas à ce moment de sa carrière, alors qu’elle n’avait pas trente ans, à ce moment où elle jouissait pleinement de la liberté d’être soi, sans attache autre que son entreprise. Faith et Grace étaient contre l’avortement, elles lui disaient de ne pas être égoïste, de ne pas avorter, qu’elle s’en sortirait toujours. Elles l’aideraient. D’ailleurs sa mère n’a elle pas toujours été là pour elle?

Joyce était déterminée. Elle est allé voir son gynécologue. Celui-ci est musulman, il ne pratique pas les avortements, mais il l’a aiguillée vers une autre clinique. Joyce était prête à débourser les 15 000 rands nécessaires à l’opération. Arrivée à la clinique, on lui a donné une de ces fameuses chemises d’opération et on l’a conduite dans la salle. Elle a été impressionnée par la salle d’opération, cette horrible machine qui ressemblait à une pieuvre (l’aspirateur Karmann?), les écrans et les hauts parleurs. Le médecin a effectué une échographie, il a laissé le son. “J’ai entendu les battements du coeur, et je me suis dit que je ne pourrais pas supporter d’avorter, ayant entendu ça”. Joyce a demandé à se rhabiller et est repartie. Elle s’est dit qu’elle aurait ce bébé, tant pis.

Faith est venue s’installer chez elle, pendant la grossesse, avec Blessing, sa jeune soeur d’une dizaine d’années. Grace, étudiante, venait passer ses périodes de vacances. Faith a joué le rôle qu’un compagnon/partenaire aurait pu jouer. “Tu sais, me dit-elle, ce n’est pas facile pour les femmes noires d’assumer la maternité, parce qu’elles sont seules. Souvent les hommes noirs n’encouragent pas les femmes à avoir leur propre carrière. Moi je ne voulais pas d’un mari, je voulais un partenaire qui m’encourage à continuer ma carrière et à poursuivre mes objectifs professionnels … Mon petit-ami n’était pas de cet avis. Nous ne sommes plus ensemble. Il a été assez présent à la naissance de l’enfant, mais depuis, il s’est éloigné. Lorsque j’ai besoin d’argent pour la crèche ou pour l’assurance santé je lui demande. S’il peut, il me donne. Il ne fait pas de contribution régulière. Sa famille ne s’est jamais intéressée à l’enfant, mais ce n’est pas grave. Ma mère a joué le rôle du partenaire que le père de mon enfant ne voulait pas être”.

Pendant la grossesse Joyce était suivie par son gynéco, un vieux docteur indien. Cela s’est bien passé, une consultation tous les mois, puis toutes les deux semaines vers la fin de la grossesse. Elle avait une bonne assurance qui a tout remboursé. Elle est allée régulièrement aux cours de préparation prénatale, c’était utile, pour le partage d’expérience et parce qu’elle pensait que si elle écoutait bien les cours, comme en classe, tout se passerait bien. Elle avait l’impression que tout aller bien se dérouler. Et quand ses eaux ont rompu, elle était assez confiante.

Elle a appelé l’hôpital, puis est allée chercher sa mère, et s’est rendue à la clinique. Elle faisait ses exercices de respiration. Elle était tellement en forme qu’elle riait lorsqu’elle est arrivée à l’hôpital. L’infirmière lui a dit: “si vous étiez sur le point d’accoucher, vous ne ririez pas comme ça!”. Elle l’a installée dans une chambre, lui a donné un décontractant pour qu’elle se repose un peu. Lorsque les contractions se sont accélérées, elle a été surprise par la douleur qu’elle n’arrivait plus à maîtriser. Le médecin est arrivé et lui a dit qu’elle se débrouillait très bien, et qu’elle n’aurait pas besoin de péridurale. Elle a accouché sans aucun anti-douleur. Elle garde un souvenir intense de la douleur. Elle a été surprise que celle-ci disparaisse dès la sortie du bébé, un beau garçon.

Le post-partum a été très pénible. Elle a détesté allaiter, même si elle s’y est contrainte les  neufs premiers mois.  Sa mère l’y a contrainte. “Elle m’a dit: ‘tu dois allaiter ce bébé’. Je n’avais qu’une envie, retourner au boulot et ne pas m’occuper du bébé…  J’avais l’impression de n’être pour lui qu’une paire de seins. J’ai recommencé à travailler lorsque mon bébé avait deux mois. Je l’allaitais le matin et le soir, et j’exprimais mon lait dans la journée pour qu’il ait des biberons d’avance… J’ai détesté allaiter, les sensations, etc. C’était tellement embarrassant quand, en plein milieu d’une présentation à un client, mes seins se mettaient à fuir et ma chemise se tachait de lait! Pendant toute cette période, je gardais des serviettes de toilette et des chemises de rechange dans ma voiture, en cas d’accident!”. 

Joyce n’a jamais retrouvé son niveau d’activité professionnelle d’avant la grossesse. Elle est reconnaissante à sa mère de s’occuper de son fils. Mais celle-ci lui rappelle régulièrement qu’elle doit désormais prioriser son rôle de mère. Rentrer du travail à cinq heures, bien s’alimenter, ne pas boire d’alcool lorsqu’elle allaitait. Joyce exprime à la fois une plus grande proximité à son fils à mesure que celui-ci grandit. Il parle, c’est plus intéressant, elle dit mieux en profiter maintenant.

Mais elle reconnaît qu’elle prend moins de risques professionnellement depuis qu’il est là. Elle admet qu’elle serait sans doute plus à l’aise dans son activité sans son fils. Elle sent qu’elle est à la croisée des chemins, il faut qu’elle fasse grandir son entreprise, mais elle ne s’en sent pas la disponibilité suffisante. Elle doit démarcher de nouveaux clients, diversifier son offre. Peut-être faudrait-il qu’elle embauche des personnes plus chevronnées qu’actuellement, mais cela demande des fonds. Il faudrait qu’elle demande un prêt, mais les banques commerciales ne prêtent pas d’argent sans garantie. Joyce ne veut pas hypothéquer sa maison. Même si celle-ci a beaucoup rétréci depuis l’installation de sa mère et de sa soeur, la naissance de son fils et l’arrivée de son neveu nouveau-né, le fils de Grace. C’est le toit qui abrite toute sa famille. “Je dois me montrer plus responsable. Mes décisions engagent plus que ma seule personne maintenant”.

Sa famille s’est révélée à la fois une ressource et un poids pour Joyce. Elle a bien joué son rôle d’amortisseur des coups durs. Mais elle a constitué un frein au développement individuel, avec des exigences pesant plus strictement sur les femmes.

Joyce reste l’héroïne d’une “success story,” mais elle démontre à quel point être femme, même talentueuse, venant d’un township demeure un double handicap. Si elle a pu surmonter l’écueil de l’éducation, sa condition de femme n’ayant pu échapper à la maternité, lui impose de mettre un frein à ses rêves. Plus d’espace individuel possible pour Joyce, dans sa maison bondée, plus de “chambre à soi”, plus de rêve de développement qui ne passe par la prise en considération de ses responsabilités familiales. Une situation complètement asymétrique vis à vis de ses homologues masculins.

“Si tu veux atteindre la lune, vise les étoiles” dit un proverbe abondamment cité dans les séminaires pour jeunes entrepreneurs. Viser les étoiles avec les jambes dans des plots de béton, c’est tout de même un sacré défi!

* L’achat d’une Mercedes ou d’une BMW est un signe d’aisance matérielle. Le surnom donné à Soweto aux BMW serait les “Be My Wife”. La légende du Township prétend que le week-end, les jeunes ambitieux paradent en Mercedes ou BMW devant les bars et restaurants de Villakazi Street, pour y faire de nouvelles conquêtes.