Les révolutionnaires finissent mal… en général!

Semaine politique chargée en Afrique du Sud. Jacob Zuma a survécu mardi 8 août à son septième vote de défiance, avec cependant moins de panache que les fois précédentes. Pourtant, lundi 7 août dans l’après-midi, surprenant un certain nombre d’observateurs, la numéro un du Parlement, Mbaleka Mbete, avait accordé le droit de vote à bulletin secret, une première au parlement sud-africain. D’aucuns y voyaient le prélude à la démission de Zuma, car il “suffisait” d’une soixantaine de votes de députés ANC pour débarrasser le pays de la présidence du rusé Jacob

Le poids des révélations des #wikileaks démontrant l’étendue de la corruption  encouragée par Zuma et ses affidés aurait dû faire réagir les loyalistes de l’ANC, ceux qui n’ont pas oublié les leçons apprises de leurs glorieux aînés auxquels la population sud-africaine est redevable de la chute de l’apartheid il y a 23 ans. Hélas, trois fois hélas, malgré les voix qui se sont élevées au sein du parti, dont une députée, Makhosi Khoza menacée de mort parce qu’elle osait appeler à la démission du président Zuma, malgré les désaccords très prononcés des membres du Parti Communiste Sud-africain, le SAPC, dont Pravin Gordhan, l’ancien ministre des finances limogé est l’un des ténors, malgré le lobbying effectué par Julius Malema, ancien chef des Jeunesses de l’ANC étant entré en dissidence il y a quelques années après avoir été instrumental dans l’accession de Zuma au pouvoir, uBaba (Papa, titre affectueux donné par ses partisans) a remporté encore une fois la partie. Menaces et intimidations se sont fait pressantes au sein de l’ANC et ont suffi pour que le “président Teflon” s’en sorte une fois de plus.

Mardi 8 août, l’atmosphère était électrique sur les réseaux sociaux, mélange d’espoir et de résignation. On a réalisé un peu tard que Zuma ne pouvait pas perdre. Seuls 34 députés de l’ANC (qui vont devoir défendre chèrement leur peau, au sens propre comme au sens figuré) ont voté pour la destitution de Zuma, les 198 autres ont respecté la discipline féodale du parti et tant pis si celui a trahi depuis bien longtemps les idéaux de ses pères fondateurs, ses grands principes généreux et à l’écoute des populations les plus fragiles. La vérité est que l’ANC n’est plus le parti mené par la figure tutélaire de Mandela, il n’est plus le parti de ces hommes qui ont passé plus de vingt ans de leur vie en prison pour défendre leurs idéaux, il n’est plus le parti de ses clandestins d’Umkhonto We Sizwe (la Lance de la Nation, branche armée de l’ANC) qui ont pris les armes pour défendre une Afrique du Sud plus juste et moins blanche. C’est devenu un parti moyenâgeux avec ses seigneurs et ses vassaux qui accumulent les profits en spoliant largement les caisses de l’Etat.

Les parades révolutionnaires que jouent les “vétérans” en treillis, lors des célébration du parti, où qui menacent les manifestants anti-Zuma osant approcher Luthuli House (le siège de l’ANC dans le centre historique de Johannesburg) ne trompent personne. L’esprit de l’ANC s’est usé pendant les vingt années au pouvoir. Il est temps pour les sud-africains, malgré l’immense dette morale qu’ils ont envers l’ANC, d’élire d’autres dirigeants que ceux de l’ANC. Les résultats du vote de mardi laissent en effet présager que le clan Zuma saura verrouiller aussi bien le renouvellement de sa direction en décembre de cette année. L’alternative n’est cependant pas évidente. Le vote pour un autre parti que l’ANC fait encore figure de trahison pour une partie importante de la population: on ne vote pas contre ceux qui vous ont fait accéder à la citoyenneté non? L’Alliance Démocratique (DA) a du mal à se défaire de l’image d’un parti de blancs et ne sera, de ce fait jamais majoritaire. Par ailleurs, les sorties récentes de celle qui en fut longtemps à sa tête sur les “bénéfices de la colonisation” ont laissé des traces durables dans l’opinion publique et annihilé les efforts de Mnusi Maimane l’actuel leader, pour en faire un parti dans lequel pourraient se reconnaître tous les sud-africains. Quant à l’EFF (Economic Freedom Fighters), fondée par Julius Malema après son départ de l’ANC, son modèle est le modèle chaviste du Vénézuela, et ne laisse guère présager de lendemains qui chantent si l’on en croit les informations en provenance de ce qui fut l’un des pays les plus riches d’Amérique Latine.

Alors pourra t’on aller vers une alliance improbable entre la carpe libéralo-démocratique et le lapin re la révolution bolivaro-chaviste “Freedom Fighter”? Cela a été tenté dans certaines des métropoles gagnées sur l’ANC en Août 2016, sans qu’on puisse encore en discerner les effets.

Jacob en rit encore…