Mémoires de Viet-Kieu, par Clément Baloup, des BD pour comprendre l’histoire des migrations coloniales…

Savez-vous qu’il existe une communauté vietnamienne encore très vivante en Nouvelle Calédonie? Comment sont-ils arrivés, pourquoi sont-ils restés? C’est le sujet de l’excellent quatrième tome des “Mémoires de Viet-Kieu” de Clément Baloup à découvrir ches la @boitesabulles !

Vous prendrez bien quelques bulles? J’ai justement ce qu’il vous faut! Ce mois-ci sort, chez la Boîte à Bulles, le quatrième tome des mémoires de Viêt-Kieu de Clément Baloup, un ouvrage que j’ai eu la chance de lire en avant-première et dont je pense beaucoup de bien. Il ne vous aura pas échappé, chers lectrices et lecteurs que ce thème n’est pas sans rappeler certains pans de mon histoire familiale évoquée dans le précédent billet.

Soixante ans après les indépendances, la période coloniale est soumise dans les colloques universitaires et dans le champ littéraire, à un droit d’inventaire. Dans les “mémoires de Viet-Kieu”, Clément Baloup explore le devenir de ces Vietnamiens que le destin a déplacé dans l’ancien empire colonial français. Le premier tome “oublier Saïgon” revient sur son histoire familiale. Le père de l’auteur est vietnamien, parti de son pays natal dans les années 70, comme un certain nombre de ses compatriotes. Dans ce premier tome on apprend l’histoire du camp de Sainte Livrade sur Lot qui est au réfugiés vietnamiens ce que sont les camps du sud-est de la France pour les harkis quelques années plus tard.

Pour le quatrième tome de ces mémoires de viêt-kieu, l’auteur est parti sur les traces des “engagés volontaires” de Nouvelle Calédonie. Lorsque leur production s’intensifient au début du vingtième siècle, les compagnies minières qui extraient le nickel des mines de Nouvelle Calédonie ont besoin de bras. N’arrivant pas à recruter localement, elles vont puiser de la main d’oeuvre dans les autres colonies françaises, et notamment au Tonkin. Une liaison maritime reliant Haïphong à Nouméa existe depuis la fin du dix-neuvième siècle. On propose des contrats de cinq ans aux volontaires, leur faisant miroiter la possibilité d’un retour au pays après avoir fait quelques économies. Cela ne sera que rarement le cas. L’immigration s’intensifie dans les années 30.

Le livre reprend le même principe que les précédents, des interviews avec des personnes implantées localement, des recueils d’histoires familiales. La dureté du travail dans les mines, le mépris des contremaîtres et des administrateurs, les tentations du retour, les tensions entre les communautés, émergent des récits recueillis. Certaines histoires émeuvent aux larmes. Elles font partie des histoires nécessaires à entendre et à méditer pour ce.lle.ux qui en seraient encore à dépeindre un tableau romantique de la colonisation.

En s’intéressant à cette communauté particulière, l’auteur raconte une histoire souvent minorée, celle des échanges entre les différentes colonies des empires. Les travailleurs engagés volontaires ont existé dans l’Empire français, mais aussi dans l’Empire Britannique où les coolies indiens sont venus remplacer les esclaves dont le commerce avait été interdit au début du dix-neuvième siècle, ouvrant la voie aux communautés indiennes dans toutes les colonies de l’Afrique de l’est et de l’Afrique australe. Ce travail m’a fait penser au travail de Claude Pavard, “Mémoires de couleurs” sur les différentes vagues de migrations venant d’Inde à l’île Maurice après l’arrivée des anglais.

Ces histoires sont aussi intéressantes dans ce qu’elles ne disent pas. Le narrateur soulève sans grand succès la question des relations avec les population d’origine kanak. Les travailleurs vietnamiens, après la levée des contraintes pesant sur leur lieu de résidence (en tant qu’employés des mines ils ne pouvaient pas s’installer partout sur le territoire) et leur type d’occupation (très restreinte par leurs contrats), se sont installés partout sur le territoire et ont pu entreprendre (et réussir) dans le commerce notamment. Cela qui a causé des frictions entre le différentes populations au cours des dernières décennies. Aujourd’hui, malgré tout, une grande partie de ces travailleurs a fait souche sur le Caillou et n’envisage pas de vivre ailleurs.

Cela fait cent-vingt-neuf ans que les premiers travailleurs vietnamiens, les “chang dang” sont arrivés en Nouvelle Calédonie, comme le raconte ce reportage, une bonne occasion de célébrer leur mémoire! Le centre culturel vietnamien permet aux jeunes générations de toutes les origines de comprendre comment est arrivée la communauté et comment elle en est venue à s’insérer dans la société calédonienne. Une initiative importante pour éviter les malentendus et promouvoir le dialogue sur les identités dans une société néo-calédonienne riche de sa diversité et de son histoire.

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