Mort d’une adolescente mauricienne…

On ne devrait pas mourir à treize ans. Cette semaine, de ce côté-ci du paradis, j’ai envie de pousser un coup de gueule pour dénoncer l’hypocrisie monstrueuse d’une nation “arc-en-ciel” où la fiction de la “cohabitation pacifique des communautés” à mené à la mort d’une jeune fille de treize ans prénommée Ruwhaida.

L’Express, mon quotidien de référence sur l’île, s’est fait l’écho de la mort subite, le 21 juin, d’une jeune adolescente. Ruwaidha était, épileptique, elle s’était mariée en janvier 2018 et attendait un enfant. La belle famille avait l’intention de la faire enterrer dans la foulée, mais les parents de la jeune femme, choqués (un peu tard hélas) ont demandé une autopsie. La jeune femme était revenue chez ses parents quelque temps auparavant, arguant de mauvais traitement et de violences conjugales, mais elle était finalement repartie vivre dans la famille de son mari (âgé de 19 ans). L’autopsie aurait conclu à une “mort naturelle” conséquence d’une crise d’épilepsie compliquée d’une cris d’asthme non soignées. Il n’en reste pas moins que cette histoire est symptomatique d’une société qui, sous couvert de respect des cultures, ne sait pas protéger les plus vulnérables de ses membres.

Le mariage civil n’est pas autorisé à Maurice avant 18 ans, mais il est possible à 16 ans avec le consentement des parents. La jeune femme était donc en dessous de l’âge minimal légal, et même en dessous de la maturité sexuelle fixée à 16 ans. Maurice reconnaît également les mariages coutumiers. Les familles avaient donc effectué la cérémonie d’usage (le Nikkah), entre leurs enfants, en évitant de le signaler au Muslim Family Council qui aurait pu/dû leur signaler qu’une union avec une mariée de cet âge était illégale. C’est ce qui se fait dans de nombreuses familles de la communauté musulmane. L’Etat Mauricien ferme les yeux. Les partis politiques ayant besoin du vote musulman pour gouverner.

Selon les témoignages recueillis par l’Express, la famille de la jeune fille avait décidé de consentir au mariage après que celle-ci ait rencontré son futur mari par Internet. Malgré son jeune âge et sa condition médicale exigeant un suivi, elle a préféré avoir recours au mariage traditionnel, pour éviter la honte d’une idylle hors mariage. La jeune femme est partie vivre dans la famille de son nouveau mari, elle est revenue brièvement chez ses parents il y a quelques mois en disant qu’elle avait été battue. Ses parents l’avaient laissée repartir lorsque son mari était allé la chercher car elle était enceinte. Malgré la promesse faite à ses parents de continuer l’école, obligatoire jusqu’à 16 ans. Elle y allait de plus en plus épisodiquement. Et elle est morte la semaine dernière, si ce n’est des effets de sa grossesse sur sa condition, du moins d’un manque de soins.

On peut arguer que ce n’est pas de chance, que l’on ne peut pas réfréner les adolescentes amoureuses et qu’Allah interdisant toute relation adultère il n’y avait pas d’autre voie pour cette jeune femme que le mariage et la mort. Ce qui, pour d’autres jeunes femmes aurait pu être qualifié de viol sur mineure, voire de viol statutaire, et qui a entraîné une grossesse probablement fatale, est passé presque inaperçu ici, les politiques n’ayant même pas pris la peine de commenter l’évènement.

La défenseure des droits des enfants a diligenté une enquête, reste à voir si celle-ci aura des conséquences concrètes, plutôt que des déclarations de bonnes intentions et des déclarations faussement attristées avant que l’affaire ne soit classée. Le jeune mari est interrogé par la police. Il aurait déclaré à des journalistes qu’il n’avait rien fait de répréhensible et qu’à ses yeux respecter la loi coranique était plus importante que respecter la loi mauricienne.

Aucune alerte n’avait été lancée sur la situation de cette jeune fille. Ni l’école (qui aurait pu s’alerter de sa grossesse et de ses absences répétés), ni le Muslim Family Council (auquel, théoriquement, tous les mariages célébrés selon la Nikkah doivent être déclarés et qui ne peut accepter des mariages contrevenant à la loi de la République, donc concernant des mineurs de moins de 16 ans sans le consentement de leurs parents), ni le médecin ou le personnel de soins consultés pour le suivi de grossesse. Or ceux-ci ne pouvaient ignorer que le jeune âge de Ruwhaidha plus sa condition d’épileptique étaient des risques obstétriques identifiés. Tous ces adultes en position d’intervenir se sont bien gardés de soulever des objections ou de signaler une mineure potentiellement en danger.

On sait que les mariages précoces sont un fléau qui obèrent particulièrement les espérances de vie et d’épanouissement des filles, les soumettant à des grossesses précoces qui sont médicalement plus risquées que pour les femmes adultes, compromettant leur accès à une éducation qui pourrait leur permettre de devenir des adultes autonomes, et augmentent les risques qu’elles soient victimes de violences conjugales. Plusieurs conventions internationales ont été passées, qu’il s’agisse de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, ou le Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement. Si Maurice a signé la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, elle a buté en 2015 sur la signature du Protocole de la SADC à cause de la position de la loi musulmane sur les mariages précoces. Le gouvernement d’alors trouvant trop risqué d’amender la loi nationale interdisant tout mariage avant 18 ans.

Ce n’est pas la première fois que Maurice est montrée du doigt pour cette ambiguïté. La République Mauricienne est prompte à mettre en avant son statut de démocratie en pointe sur le continent africain, et l’exemplarité de son développement économique. Sa classe politique est, en revanche, particulièrement frileuse sur les questions sociales et familiales, notamment lorsqu’il s’agit de faire valoir la loi pour tou.te.s. On l’a vu il y a deux semaines avec l’entrave à la manifestation de la marche des fiertés à Port Louis par des représentants de la communauté musulmane et sans aucune réaction du gouvernement.

Pour les cinquante ans de la République de Maurice, le gouvernement a fait afficher sur des bâtiments administratifs deux mains serrées avec le slogan “La me dan la me” (la main dans la main). Force est de constater que cette belle solidarité joue surtout pour les représentants du patriarcat, et les adeptes de la domination masculine, mais que personne n’a tendu ‘la me’ pour une adolescente risquant sa vie par un mariage et une grossesse trop précoces.

Le décès d’une presque-enfant, par la faute d’une conjuration de lâches, de bigots, d’ambitieux et d’imbéciles, permettra t’il enfin de faire bouger les choses dans une société encore très patriarcale (et ce quelles que soient les communautés concernées)? Permettra t’il de changer la loi et faire prendre conscience des dangers des pratiques marginales? C’est ce qu’on peut espérer, pour Ruwaidha, hélas, c’est déjà trop tard…

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