Et Dlamini coula SASSA…

J’avais conclu mes précédents billets sur la vie politique sud-africaine sur l’espoir que représentent, contre une certaine classe politique corrompue, les associations de la société civile et la justice sud-africaine. Cette constatation est renforcée à la vue de la dernière en date, celle concernant le système de sécurité sociale sud-africaine la SASSA.

Une nouvelle fois un membre du gouvernement sud-africain a fait preuve de son plus total mépris pour les plus pauvres de ses concitoyens et pour les injonctions de la cour constitutionnelle. Ce mois-ci, l’affaire qui a agité les médias sud-africains avait pour étiquette l’acronyme SASSA (South African Social Security Agency), et le contrat passé avec la société CPS (Cash Paymaster Services) pour la distribution des allocations (“social grants”) à un nombre de bénéficiaires estimé entre 14 et 17 millions de personnes selon les sources.

De quoi s’agit-il? En 2014, une décision de la cour constitutionnelle d’Afrique du Sud rend un jugement qui estime illégale l’attribution à CPS de la sous-traitance du paiement des “grants” à leurs bénéficiaires. Les sommes accordées ne sont pas mirobolantes (quelques centaines de rands mensuels) mais représentent souvent la seule rentrée d’argent pour des familles pauvres qui n’ont pas d’autres sources de revenus. Le jugement de la Cour Constitutionnelle en 2014 demandait au ministère du développement social, ministre de tutelle de SASSA, de trouver une autre solution que CPS pour la distribution des allocations, constatant des irrégularités dans le processus d’attribution du marché et dans l’exécution des missions du prestataire. Etaient soulignées notamment quelques pratiques abusives du prestataire qui effectuait des prélèvements sur les sommes versées par SASSA au titre de créances qu’il avait consenties, à des taux élevés, aux allocataires. Compte-tenu de l’importance du problème, et ne souhaitant pas pénaliser les bénéficiaires des “grants”, la décision de justice donnait jusqu’au 31 mars 2017 (soit trois ans) au ministère pour s’exécuter. Un premier appel d’offre de services pour remplacer CPS n’ayant rien donné en 2015, le ministère se trouvait alors dans l’obligation de trouver des ressources/une structure pour le faire au sein de l’administration. Interrogée au Parlement fin 2015 à ce sujet, la ministre répondait que SASSA prendrait en main les paiements.

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Fin février 2017, les associations de défense des droits ont commencé à demander à la ministre Bathabile Dlamini, quelle solution alternative elle avait trouvé au contrat avec CPS. Les réponses plus qu’évasives de la ministre laissaient entendre qu’aucun plan n’avait été envisagé, ou que la solution interne évoquée avait peu de chance d’être opérationnelle. Sauf à prolonger le contrat du fournisseur en place,  contrairement à la décision de la cour constitutionnelle, il y avait peu de chances que les les bénéficiaires des “social grants” perçoivent leur mensualité au premier avril. Vendredi 17 mars, la cour constitutionnelle a de nouveau statué sur le cas SASSA/CPS et le jugement énoncé est particulièrement sévère avec la ministre dont il a souligné l’incompétence crasse tout au long du processus. Cependant, dans l’intérêt des bénéficiaires des aides sociales, la cour ne voit pas d’autre moyen que de prolonger pour un an maximum le contrat de CPS, mais demande à ce que des comptes lui soient rendus régulièrement sur la progression de la procédure de substitution. Elle demande à ce que la ministre donne des explications sur la débâcle ou soit contrainte à payer elle même les frais de justice encourus.

Des articles de presse ayant interrogé des titulaires de l’administration mettent en évidence l’incurie qui régnait au ministère et l’impossibilité dans laquelle la ministre était d’affirmer à quelque moment que ce soit de la procédure qu’il n’y avait pas de crise de SASSA et que l’agence serait en mesure d’assurer son rôle au premier avril 2017.

Mois après mois le gouvernement du dernier mandat de Zuma, qui voudrait voir les pouvoirs du président renforcé, montre l’inexorable dérive de l’ANC, parti qui a suscité tant d’espoirs mais qui se trouve aujourd’hui à bout de souffle et incapable d’insuffler une nouvelle dynamique à une société où la population noire commence à se demander si elle n’ont pas été le dindon d’une farce qu’elle trouve de plus en plus indigeste.

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